À en croire les grands médias occidentaux, les forces russes enfilent les défaites et sont sur le point de s’effondrer, alors que plusieurs analystes croient qu'une victoire ukrainienne est improbable à ce stade du conflit.
Après plus de cinq mois de guerre en Ukraine, il est encore difficile de déterminer qui est en voie de remporter une victoire militaire et quelle forme prendrait une résolution à ce conflit.
En présumant un biais et une certaine propagande du côté occidental et russe, comment savoir précisément qui semble l’emporter dans ce conflit?
Après des victoires tactiques initiales des forces ukrainiennes, la Russie semble avoir repris l’initiative.
L’échec russe du départ
Si l’objectif initial de l’invasion russe était de prendre Kiev rapidement par le nord face à des forces ukrainiennes jugées inférieures et désorganisées par les services de renseignements russes, force est de constater, plus de cinq mois plus tard, que cette phase du conflit fut un échec pour la Russie et une victoire militaire, morale et surtout politique pour l’Ukraine.
Cela est d’autant plus vrai que le Kremlin anticipait une déroute rapide du gouvernement et une fuite éclair du président Volodymyr Zelensky et de son administration.
Non seulement les Ukrainiens ont sauvé Kiev, mais ils ont également réussi un deuxième grand coup en peu de temps en coulant le croiseur fleuron de la marine russe dans la mer Noire, le Moskva.
La résistance ukrainienne a permis à Zelensky de devenir un emblème et une inspiration, alors que les puissances occidentales s'activaient dans l’envoi massif d’équipement militaire avec des conséquences lourdes pour les forces russes sur le terrain.
Vladimir Poutine aura peut-être espéré qu’après 20 ans de guerre de l’OTAN en Afghanistan et en Irak et l’humiliation encore récente de la chute de Kaboul en août 2021, l’Occident souffrirait d’une fatigue telle qu’elle resterait relativement à l’écart face au fait accompli d’une victoire russe rapide, à l’instar de l’annexion par la force de la Crimée à la Russie, en 2014.
Ce fut tout l’inverse. Les conséquences de l’invasion de l’Ukraine furent l’agrandissement de l’OTAN –une alliance qui semblait alors moribonde– le réarmement des puissances européennes et une série de sanctions économiques sévères contre la Russie qui l’excluent, essentiellement, du marché mondial et du système bancaire qui y est rattaché.
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Si Poutine devait tout de même avoir anticipé une réaction occidentale, il en a sûrement sous-évalué l’ampleur, au point où son «opération militaire spéciale» était alors en péril.
Inverser la tendance, une tradition russe
L’histoire militaire russe est ponctuée de défaites majeures en début de conflits pour ensuite s’ajuster et inverser la tendance et le conflit ukrainien semble faire partie de cette tradition russe.
En premier lieu, il semble que Moscou ait abandonné l’idée de prendre Kiev et de remplacer le gouvernement ukrainien par un autre, pantin de la Russie.
Les objectifs russes révisés semblent relativement clairs dans cette nouvelle phase du conflit, c’est-à-dire conquérir et annexer l’Est du pays, soit le Donbass russophone, et le Sud qui constitue l’accès ukrainien aux marchés internationaux par la voie maritime de la mer Noire.
Ces objectifs sont maintenant largement accomplis, alors que le Donbass est presque entièrement sous contrôle russe et que la Crimée est maintenant reliée à la Russie par un pont terrestre.
Notons que les villes de Mykolaïv et d’Odessa, une ville portuaire critique pour l’exportation de grains, résistent toujours au Sud.
Les Russes se sont également ajustés tactiquement.
Au-delà des médias, la réalité du terrain
Après leurs tentatives manquées de guerre de mouvement et d’encerclement des troupes ukrainiennes, les forces russes ont adopté une approche méthodique de pilonnage des cibles à conquérir par sa toute puissante artillerie pour ensuite se les approprier par poussée massive d'infanterie et de char blindés en fer de lance, une fois toute résistance ukrainienne enterrée sous les décombres.
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Cette tactique digne du 20e siècle a l’avantage de minimiser les failles opérationnelles et les déboires logistiques russes, tout en imposant des pertes significatives du côté ukrainien.
Les pertes ukrainiennes, peu rapportées dans les médias occidentaux, sont estimées entre 200 et 1000 soldats quotidiennement, d’après différents rapports.
Ces pertes sont très probablement supérieures aux capacités de l’armée ukrainienne de se régénérer, menant à une usure potentiellement fatale à terme.
De plus, aussi médiatisées fussent-elles, l’impact des livraisons d’armes occidentales a peut-être déjà atteint un plafond alors que les réserves de munitions des puissances européennes sont à leur plus bas.
On observe également un usage relativement peu efficace de ces systèmes d’armements par les forces ukrainiennes qui sont équipées d’un mélange d’armes datant de l’époque soviétique et d’équipements occidentaux de différentes générations demandant une expertise qui manque largement aux Ukrainiens.
Un dénouement difficile à prévoir
Malgré des pertes élevées des forces russes estimées à 15 000 hommes par les services de renseignements américains (la CIA), l’armée russe s’installe dans le Donbass et le sud de l’Ukraine.
Son avance, lente, mais efficace, semble difficilement arrêtable et les forces ukrainiennes ne semblent pouvoir espérer mieux faire que de ralentir l’avancée russe, pour l’instant.
Seule une intervention de plus grande envergure des puissances occidentales, surtout de la part des États-Unis, par l’envoi de systèmes d’armements toujours plus sophistiqués et permettant de frapper des cibles plus profondément derrière les lignes russes, pourrait potentiellement influencer l’issue de ce conflit en faveur de l’Ukraine.
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Les Russes ne peuvent pas crier «victoire!», loin de là. La forme que prendrait une «victoire» ukrainienne, soit un traité de paix acceptable par Kiev (et pour Moscou), est aujourd’hui difficile à imaginer, alors que la reconquête totale des territoires perdus semble irréaliste.
L’Occident vers une économie de guerre?
Depuis le début du conflit, une «victoire» ukrainienne dépend entièrement de l’appui européen et américain.
Au-delà de l’aide octroyée à même les réserves militaires occidentales, un effort suffisant pour permettre à l’Ukraine d’envisager un renversement de la situation passerait par l’adoption d’une économie de guerre axée sur la production industrielle de masse d’équipement d’artillerie, d’un côté, et de sacrifices économiques et énergétiques pour la population, de l’autre.
De plus, un tel effort de guerre des puissances européennes, une première depuis 1945, qui pourrait bien durer plus d’un an, provoquerait assurément une escalade de la part de la Russie, un risque que l’Europe devra sérieusement considérer également avant de s’engager dans une telle voie.
En d’autres mots, le conflit ukrainien pourrait prendre des allures de guerre par procuration d’envergure mondiale, surtout au moment même où les tensions entre la Chine et les États-Unis au sujet de Taïwan sont à leur comble.











