Dans une pièce de théâtre expérimental, Safia Nolin poussera plus loin que jamais son statut de fausse victime dont elle fait un mode de vie, mais surtout son fonds de commerce avec l’appui des médias woke. L’analyse de Jenny Langevin.
L’ère des héros, où l’on célébrait ceux qui restaient debout face à l’adversité en usant de leur force, de leur caractère volontaire et d’un sens moral supérieur afin de triompher, est bel et bien terminée.
C’est ce que confirme la pièce de théâtre expérimental intitulée «Surveillée et punie» dont les représentations au théâtre Prospero auront lieu les 30 et 31 mai ainsi que le 1er juin prochains dans le cadre du festival «TransAmérique».
Cultiver le rejet
Dans cette pièce écrite par l’inénarrable Safia Nolin et le chroniqueur et auteur chouchou radio-canadien Jean-Philippe Baril-Guérard, dont le titre est inspiré de celui de l’essai de Michel Foucault Surveiller et punir, Nolin y joue son propre rôle.

L'un des visuels promotionnels de la pièce Surveillée et punie.
On l’y verra accompagnée d’un choeur de plus de vingt voix qui, tout au long de la représentation, vont l’insulter en utilisant des commentaires haineux écrits à son endroit sur les réseaux sociaux, commentaires qu’elle a, depuis des années, soigneusement consignés et archivés dans son ordinateur.
C’est à la fois tragique et drôle.
Safia Nolin aime l’attention négative, on l’aura depuis longtemps compris. Son image est étudiée et savamment modelée afin d’engendrer le rejet du plus grand nombre.
On se retrouve, face à elle, devant une chanteuse qui, curieusement, a fait son fonds de commerce non pas de sa voix ou de la qualité de ses arrangements, mais plutôt du désamour qu’elle suscite chez la majorité des gens.
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Presque toutes ses interventions publiques s’articulent autour de ce désir d’étoffer son statut de victime.
C’est comme si une pulsion autodestructrice l’habitait, et d’autre part, comme si cette autodestruction nourrissait chez elle une satisfaction, presque une euphorie du désespoir et du rejet.
Cette fois-ci, presser le citron de son litige de bar avec Maripier Morin, qui est à proprement parler son antipode, ne suffisait plus.
Victime ou bourreau?
Safia Nolin, avec ce spectacle pathétique au sens propre du terme, démontre non seulement qu’elle a bien saisi l’esprit de notre époque, mais qu’elle incarne la figure archétypale de la victime, celle avec un grand V, qui a remplacé aujourd’hui la figure de celui qu’hier on appelait héros.
Il ne s’agit même plus seulement de se montrer vulnérable, mais de chercher l’attention en suscitant la pitié et en mettant en scène, ici littéralement, son statut de victime.
Mais qui, ici, est la victime de qui?
Nolin est certainement, d’abord et avant tout, sa propre victime avant d’être celle de la «misogynie» et de la «haine» dont se désole, dans un incertain spasme de wokisme, son metteur en scène dans un article paru récemment dans Le Devoir.
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Elle est victime d’une soif d’attention négative qui semble sans limite. D’un désir de s’élever en agneau sacrificiel sur l’autel de la méchanceté supposée du monde «normé».
Elle s’immolera indéfiniment tant que les vautours des médias progressistes lui accorderont de l’attention. Et elle en fait, paradoxalement, son pain et son beurre.
Safia Nolin est, à cet égard, le plus pur produit de notre époque, et bien franchement, c’est tout sauf édifiant. S’en rend-elle seulement compte? Je crains que non, et que l’attention qu’elle reçoit en échange de son sacrifice public perpétuel contribue grandement à l’aveugler face à elle-même et au fait qu’elle est, en réalité, son propre bourreau.
L’euphorie du désespoir
Son acharnement sur le cas de Maripier Morin s’inscrit d’ailleurs dans cette immolation. Tout en ayant réussi à gâcher plusieurs années de la carrière de cette dernière afin de se propulser brièvement à l’avant-scène de l’actualité, elle a réussi, en s’attaquant à une personnalité populaire ayant talent et beauté pour elle, à amplifier l’animosité d’une grande partie des gens à son endroit.
S’il est difficile d’établir son désir conscient de nuire sans lui mener de procès d’intention, son rôle dans le dossier Morin a certainement eu cet effet: servir de tremplin à une forme très contemporaine de médiocrité.
Ses propos orduriers et parfois scatologiques sur les médias sociaux, qui volent souvent à la même altitude que ceux qui lui sont adressés et avec lesquels elle mettra en scène sa flagellation larmoyante dans sa pièce de théâtre, n’aident certainement pas à sa cause et s’inscrivent dans cet esprit.
En s’attaquant systématiquement à la beauté et à l’élégance tant sur le plan esthétique que moral, la chanteuse ne fait que propager le nihilisme et la dépression.
Il y a, dans certains cas de dépression, une composante paradoxale d’euphorie: l’euphorie du désespoir et de l’autodestruction.
Je ne serais pas surprise que Safia Nolin carbure, en partie, à cette énergie, et l’époque ne fait que renforcer ce pathos troublant chez quelqu’un qui, dans un monde normal, devrait aller chercher de l’aide.
Chose certaine, je n’irai pas voir «Surveillée et punie». J’aurais l’impression d’être une voyeuse et d’encourager de façon malsaine une morbide névrose.













