Pour notre rédacteur en chef Jérôme Blanchet-Gravel, notre société ne se contente plus de voir ses citoyens de plus en plus anxieux, elle alimente elle-même le problème en vouant un culte à la fragilité.
Le Québec va mal, très mal, mais personne ne semble le réaliser. Ou plutôt, personne ne semble vouloir le réaliser, tellement le déni est fort dans cet endroit écrasant et conformiste où le critiquer lui et son modèle est vu comme un acte de trahison.
Ce mal-être est d’abord psychologique, mais a des racines sociologiques. Et médiatiques.
Plus un jour ne passe sans que les grands médias rapportent un fait «d’actualité», un «grand enjeu» traduisant cette incroyable fragilité, cette vulnérabilité pathologique qu’aucun auteur n’aurait pu imaginer pour une œuvre de science-fiction.
«Surmonter la douleur» d’un désabonnement à Netflix
Ce 20 février, Radio-Canada a dépassé les limites du ridicule en publiant un article destiné à nous aider à annoncer à un proche son désabonnement de Netflix, plateforme devenue emblématique de cette société de cocooning renforcée par le confinement.
En effet, le géant du divertissement a annoncé qu’il comptait mettre fin au partage des comptes, une nouvelle qui – du moins à l’en croire les médias – a créé une onde de choc au pays, détrônant peut-être au passage les dernières révélations sur l’ingérence chinoise dans les élections fédérales.
Il faut lire l’article au complet pour prendre la pleine mesure de l’état mental alarmant d’un nombre grandissant de nos concitoyens, le réseau public nous invitant à «surmonter la douleur» d’un désabonnement à Netflix, notamment grâce à une «séance d'entraînement», en écoutant de la musique ou en faisant «quelque chose d'amusant».
On pourrait dire que le point de vue relayé par Radio-Canada est exagéré et ne reflète pas la réalité, mais des psychologues vous confieront en privé qu’il traduit bien quelque chose.
Des records d’insignifiance
Il y a quelques semaines, je rappelle que c’était la ville de Gatineau qui intervenait pour inciter les gens à ne plus se parfumer ou à le faire avec modération, dans le but de ne pas incommoder la minorité «hypersensible» aux odeurs vives, pour ne pas dire allergique aux autres.
Imaginez une société qui n’a plus rien de mieux à faire que de légiférer sur l’utilisation du parfum. Il n’y a pas de mots pour décrire un tel niveau d’insignifiance.
Je rappelle aussi que l’été dernier, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec nous avertissait des risques épouvantables que l’on courait en s’exposant au «bruit environnemental», apparemment le nouveau fléau de notre époque. Le seul fait d’entendre un autobus rouler la nuit augmenterait ainsi nos chances de faire une crise cardiaque ou de ruiner notre santé cardiovasculaire.
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Ayant passé l’essentiel des quatre dernières années dans la ville de Mexico, je m’étonne toujours de voir des gens dont tous les besoins essentiels sont comblés vivre avec une telle anxiété. Avec une telle détresse. Quelque chose ne tourne pas rond.
On dirait que plus les gens vivent dans l’abondance et la sécurité, moins ils sont sereins. Ce phénomène est observable dans tous les pays occidentaux, mais atteint des sommets au Québec et dans l’ensemble du Canada, cette longue banlieue limitrophe des États-Unis où le plaisir et la joie de vivre semblent en voie de disparition.
Le culte de la fragilité
Non seulement toutes les données disponibles indiquent une explosion sans précédent des problèmes psychologiques, mais notre société s’est mise à les alimenter à travers son culte de la fragilité, sa nouvelle religion d’État. Les contribuables paient la facture de cette valorisation institutionnelle de la victimisation.
On n’apprend plus aux enfants que la vie est dure et tragique, quoiqu’aussi magnifique, mais que la société entière doit être mise au service de leurs peurs et fantasmes, on leur dit que c’est la société qui sera responsable de tous leurs échecs.
Bien sûr, la gestion de la pandémie a renforcé cet état d’esprit, l’évitement de toute forme d’adversité étant devenu le mot d’ordre de nos bons gouvernements technocratiques.
L’ironie veut que les médias qui alimentent un tel climat psychologique soient les mêmes qui accueillent des analystes favorables à la poursuite de la guerre en Ukraine. Comme si des gens pour qui se désabonner de Netflix peut représenter une dure épreuve étaient prêts à être entraînés dans une Troisième Guerre mondiale. Bonne chance.











