Les Québécois «de souche» et les Autochtones ont tout intérêt à renouer avec leurs ancêtres et leur territoire à travers ce qu’on appelle l’archéologie vivante, estime notre contributeur Laurent Sioui.
De toute évidence, l’arbre se nourrit de la terre par ses racines. S’il en est déconnecté, comment peut-il espérer grandir en bonne santé et fleurir, voir simplement survivre?
Les pionniers que l’on a appelés Canadiens ont vécu un déracinement de leur propre territoire ancestral, la France. Pour s’enraciner dans leur nouvelle terre, une minorité considérable a choisi de s’intégrer au mode de vie autochtone des Amériques, tandis que la majorité a plutôt opté pour recréer tant bien que mal son ancien système.
Il est donc pertinent d’aller déterrer les racines du peuple français afin de permettre aux descendants de leurs colons de rétablir un lien sacré avec le sol canadien qu’ils occupent.
Retour aux sources
Beaucoup d’Occidentaux oublient qu’il y a déjà eu des peuples autochtones en Europe. Quel serait donc celui de la France?
Depuis à peine deux siècles, les Français ont choisi comme lointains ancêtres le peuple gaulois. Hormis leur peur que «le ciel leur tombe sur la tête», quel était donc le rapport des Gaulois à la nature et leur rôle au sein de celle-ci?
Il est important pour une culture de créer des espaces qui la reflètent, où le passé nourrit le présent et où celui-ci inspire l’avenir.
-Laurent Sioui, traducteur
Pour répondre à cette question et par besoin de renouer avec leurs ancêtres et leur territoire, c’est-à-dire leur autochtonie, des collectifs français se sont donné comme défi remarquable de reconstituer un village gaulois avec les techniques et les matériaux de l’époque.
Les plus connus sont le parc de Samara dans le département de la Somme, et le Village Gaulois — l’Archéosite, celui-ci près de Toulouse. C’est ce qu’on appelle l’archéologie vivante, car les gens qui y travaillent en vivent et réveillent un vécu endormi.
Ressusciter le passé
Cette approche ne se limite pas au temps des Gaulois; le château de Guédelon, près d'Orléans, en est un autre exemple. Il y a déjà plus de 20 ans, des chercheurs ont décidé de reconstruire une forteresse médiévale du XIIIe siècle en suivant le même procédé, c’est-à-dire avec les outils et le savoir-faire de cette période historique.
Des hommes et des femmes se sont mis à la tâche en exploitant les ressources naturelles du site, puis en édifiant le château pierre par pierre. Aujourd’hui, chacun continue d’y apporter sa contribution; le bâtiment n’est toujours pas terminé, alors qu’il n’aurait fallu que de quelques années pour l’achever à l’époque. L’équipe du château recrute toujours, si cela vous intéresse.
Du même auteur: L’autochtonie, un nouveau modèle d’intégration?
Dans tous les cas, des visites guidées sont offertes pour expliquer aux curieux les méthodes de l’époque et pour leur montrer les différences frappantes entre cet ancien mode de vie et celui du monde moderne.
Ce qui ressort de ces reconstitutions historiques, c’est l’importance accordée collectivement à la transmission d’un savoir-faire ancestral, et par conséquent, d’un savoir-vivre avec l’environnement. Les membres d’une même communauté culturelle peuvent donc s’inspirer d’expériences communes du passé pour donner un sens à leur vie.
Pourquoi pas aussi au Québec?
Pourquoi n’y a-t-il pas de projets historico-archéologiques d’une telle ampleur au Québec? Pourquoi ne pas créer un village autochtone «à partir de rien» avec leurs techniques ancestrales, dans un tel souci du détail? Ou encore de la Nouvelle-France? Ou même du XIXe siècle?
Le Village québécois d’Antan de Drummondville ou encore Onhoüa Chetek8e de Wendake, bien qu’ils soient instructifs et divertissants, ne rentrent pas dans cette catégorie. Il ne s’agit pas de les critiquer, car ils remplissent très bien leur rôle. Toutefois, ces reconstitutions n’ont pas été réalisées avec le savoir-faire et les matériaux de l’époque comme les sites français mentionnés précédemment.
Les Québécois «de souche» et les Autochtones ont tout intérêt à renouer avec leurs ancêtres et avec leur territoire, ainsi qu’à maintenir ce lien en vie. La construction d’un petit village historique selon la démarche suggérée pourrait être une solution fascinante vouée au succès.
Il va de soi que tous les autres Québécois, peu importe leur origine, devraient pouvoir participer à de tels projets; à eux de choisir s’ils préfèrent simplement s’y immerger ou les enrichir avec leurs propres traditions et connaissances.
Il est important pour une culture de créer des espaces qui la reflètent, où le passé nourrit le présent et où celui-ci inspire l’avenir, c’est-à-dire où les trois cohabitent harmonieusement. Nous pourrions ainsi retrouver un peu de confiance, de dignité humaine et de passion.
Au lieu de nous conforter dans l’illusion de pouvoir bien vivre tout en étant déconnectés de nos racines, nous pourrions repartir à leur découverte pour consolider notre tronc en prenant conscience de notre propre vulnérabilité au sein de la nature.













