En Amérique, on peut observer un contraste frappant entre la culture autochtone, qui continue de nourrir tant bien que mal ce lien sacré, et une culture impérialiste qui tend à l’ignorer, parachutée en sol américain il y a quelques siècles.
La culture expansionniste, notamment européenne, privilégie plutôt une relation de possessivité, de domination et d’exploitation vis-à-vis de la nature et le vivant.
Dans beaucoup d’autres régions du monde, ce choc culturel s’est fait il y a des millénaires.
Les cultures de ces pays ont donc évolué en fonction de ces mélanges culturels. Pourtant, l’autochtonie s’est préservée dans toutes les cultures du monde, et son esprit demeure le même, peu importe le territoire: il prône le respect de la technologie naturelle, et par conséquent, de ses créations, y compris l’être humain.
Au Québec, Boukar Diouf et sa sagesse autochtone (dans le sens français et non ethnoculturel) en sont un bon exemple; malgré son déracinement, l’auteur ressent le besoin de nourrir et de partager son autochtonie, qui trouve un écho dans la culture autochtone d’ici.
Qui dit perte de territoire dit perte de mémoire
Depuis toujours, les populations humaines ont constamment été en mouvement, partout sur le globe. Elles se sont toujours mêlées les unes aux autres, à certains endroits plus que d’autres.
Cependant, le souci de notre époque, c’est que d’innombrables familles émigrent simultanément d’un bout à l’autre de la planète: du jamais vu dans l’histoire de l’humanité.
Par conséquent, ces gens vivent un déracinement souvent abrupt. S’enraciner dans un nouveau pays tout en préservant une partie des traditions et de la culture liées à son ancien territoire exige notamment beaucoup de flexibilité et de capacité d’adaptation.
Pour résorber cette perte de lien avec le territoire ancestral, les nouveaux arrivants doivent apprendre à vivre sur leur nouvelle terre d’accueil; ils ont donc besoin de l’aide de ceux qui l’habitent depuis longtemps.
Ces derniers, s’ils souhaitent entretenir une relation saine et durable avec les immigrants et leurs descendants, ont donc intérêt à échanger avec eux.
Lorsque l’autochtonie est bien vivante dans chacune des deux cultures et de leurs traditions, elle peut les unir malgré leurs différences. Le territoire, lui, influe surtout sur la forme que prennent les savoir-faire, d’où la richesse et l’unicité de chaque culture qui reflète leur paysage ancestral.
Cependant, une population d’accueil déconnectée de son territoire et de son passé aura du mal à tisser des liens avec les familles qui s’installent à côté d’elle, et vice-versa.
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Sans la transmission de ses traditions, une culture s’effrite et perd confiance en elle, comme au Québec. Elle n’a plus de points de repère et demeure paralysée par la peur de l’étranger et de la mort. C’est pourtant aussi le cas de la culture d’une personne qui change de pays, étant déracinée.
C’est en effet à travers l’art, la communauté et les connaissances qu’un peuple exprime son rapport à l’environnement. Autrefois, c’était de la Terre qu’il recevait les matériaux pour fabriquer ses vêtements et ses instruments de musique, construire ses bâtiments et créer sa gastronomie.
Lorsqu’il est en bonne santé physique et mentale, un peuple maintient vivant le lien qui unit l’esprit d’un être à la matière, et ce d’une génération à l’autre: il entretient un rapport sain avec le passé.
Les traditions aident donc à garder ce lien en vie; or, le déracinement d’une population complique la transmission de ces savoirs. C’est pourquoi elles sont si importantes pour de nombreux immigrants (et leurs descendants) ainsi que les Autochtones, qui ont quant à eux été déracinés de leur propre territoire.
À la défense du territoire
Face à l’ascension fulgurante du transhumanisme, l’autochtonie se sent menacée un peu partout sur le globe. Pourtant, le développement technologique n’est pas nécessairement opposé à l’autochtonisation.
Il s’agirait de trouver un juste milieu entre autochtonie et modernité, où l’être humain ferait de son mieux, de bonne foi, pour respecter les êtres vivants tels qu’ils ont été créés. Il utiliserait les technologies humaines comme outils pour l’aider à vivre sainement, et non en être dépendant.
En bref, pour répondre intelligemment à la crise migratoire mondiale actuelle (c’est-à-dire sans tomber dans le nationalisme xénophobe), les Québécois d’aujourd’hui pourraient choisir de s’autochtoniser, c’est-à-dire de se responsabiliser vis-à-vis de la nature et leur nature comme peuple, de regagner toute leur autonomie, leur dignité en tant qu’être vivant ainsi que leur juste place au sein de leur territoire.
Un nouveau modèle interculturel?
Avant de demander aux immigrants de «s’intégrer à la culture québécoise», les Québécois dits de souche pourraient se poser les questions suivantes:
-À quand remonte le déracinement de ma famille ou de mes ancêtres?
-Dans quelle mesure nos ancêtres se sont-ils intégrés à la culture autochtone, alors que nous demandons aux nouveaux arrivants de le faire?
-Quelle est la place de nos traditions dans notre société et comment les transmettons-nous?
-Quels échanges avons-nous avec les immigrants?
- Qu’est-ce qui est sacré pour nous? Et pour les autres?
De là, la société québécoise pourrait redécouvrir son passé, faire la paix avec lui, concevoir un nouveau modèle d’accueil pérenne pour les immigrants, et surtout, entretenir une relation plus saine avec elle-même ainsi qu’avec eux.












