Pour notre contributrice Marie-Josée Hélie, il serait naïf de croire que les pays plus pauvres renonceront à atteindre notre qualité de vie. Éradiquer la pauvreté et protéger l’environnement doit devenir un seul et même combat.
Un article de L’Actualité paru en 2020 explore l’idée de décroissance dans un monde de plus en plus préoccupé par l’environnement. Le texte fait état de divers groupes et initiatives prônant la décroissance au Québec et expose des points de vue économiques diversifiés sur la question.
D’emblée mon premier constat est le bel esprit de communauté qui ressort des divers regroupements militants de la décroissance. Loin de moi de le condamner. Je cautionne entièrement cette volonté d’entraide et de partage de biens et d’idées.
Un être d’adaptation
Cela dit, si l’humain excelle en quelque chose, c’est bien en l’adaptation. On condamne à la légère notre système économique en en faisant l’ultime responsable de la dégradation de l’environnement. Ce système qui a permis de soustraire des pans entiers de l’humanité à la misère matérielle, à une mortalité infantile dévastatrice, à la fatalité de maladies aujourd’hui aisément soignées, à la menace constante d’un climat hostile, etc. La liste ici serait longue.
En pouvant bénéficier d’une énergie abondante et bon marché, l’humain a accompli des miracles en termes d’avancées grâce à cette synergie économique-énergétique.
Alors, pourquoi aujourd’hui démoniser ainsi notre système économique, alors que nous nageons littéralement dans ses bienfaits, et que tous ceux qui n’ont pas ce privilège y aspirent?
Pourquoi, plutôt, ne pas miser sur l’indéfectible capacité d’adaptation qui nous caractérise et s’appuyer sur des bases économiques ayant fait leurs preuves? Nous pourrions ainsi répondre de la manière la plus efficace aux problèmes environnementaux qui nous préoccupent.
Le prix de l’écologisme
Je m’explique: à mesure que l’humanité s’enrichit, les perspectives et les besoins des individus qui la composent évoluent. Les gens pauvres ou démunis, dont la priorité est de nourrir leur famille, ne peuvent raisonnablement se préoccuper des questions d’environnement. Ils ont bien d’autres soucis. Ils rechercheront les prix les plus bas et feront peu de cas de la provenance et de la durabilité d’un bien ou d’un produit.
Plus le citoyen connaitra la sécurité matérielle et physique, plus il s’intéressera à son environnement. Il réfléchira en fonction de l’avenir plutôt que de vivre que dans l’immédiat. La mise en marché d’innovations qui répondent à ces nouvelles préoccupations aura aussi un impact sur ses choix politiques. Le contraire ne se produira pas. Que dans l’esprit de rêveurs.
Un écologisme technophobe?
N’est-ce pas justement le rôle du libre marché, c’est-à-dire répondre à des besoins en constante évolution? Tandis qu’une révolution culturelle a cours par rapport à notre façon de percevoir notre milieu, nous pourrons compter sur l’innovation et l’adaptation technologique pour apporter des solutions concrètes.
Prenons par exemple nos téléphones cellulaires qui combinent des fonctions qui auparavant nécessitaient quantité d’appareils différents: téléphone, caméra vidéo, radio, appareil photo, journal, compas, réveil matin, album photos, enregistreur, etc. N’est-ce pas étonnant? L’innovation permet la dématérialisation. Ce courant positif chez les environnementalistes se nomme le «découplage».
La solution n’est pas plus d’État. Nous connaissons déjà le résultat lorsqu’il se donne toujours plus de pouvoir pour contrôler la production et la distribution des biens et services. Quand l’État se croit plus sage que l’individu et choisit tout à sa place. Ce résultat ne sera pas différent parce que cette solution est aujourd’hui présentée sous le justificatif de la «crise climatique».
Barrer le chemin du développement aux pays moins riches sous prétexte d’urgence climatique, c’est ce que plusieurs qualifient de «colonialisme vert».
En ajoutant sans cesse des taxes, des règlementations et du contrôle dans un tourbillon de panique climatique, nous empruntons ce chemin pourtant déjà connu, le socialisme, qui mène au chao social et à la pauvreté.
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Après la Deuxième Guerre mondiale, les conditions environnementales en Europe de l'Est étaient similaires à celle de l'Europe de l'Ouest. Jusqu'aux années 1980, l'économie des pays de l’Est s’est moins développée que celles des pays de l'Ouest, et aux dépens des ressources naturelles et des écosystèmes. Plusieurs de ces pays, dont la Tchécoslovaquie, subissent toujours les conséquences d'une grave dégradation de leur environnement.
Par conséquent, il ne faut pas oublier dans nos réflexions et décisions collectives la réalité de ces endroits du monde où les populations en sont encore au stade de l’émancipation matérielle. Il faut leur laisser le temps d’émerger.
Barrer le chemin du développement aux pays moins riches sous prétexte d’urgence climatique, c’est ce que plusieurs, particulièrement dans les pays d’Afrique, qualifient de «colonialisme vert». Il serait naïf et égoïste de croire ou d’espérer que ces pays renoncent à atteindre un niveau de confort matériel semblable au nôtre. Éradiquer la misère et améliorer la protection de l’environnement doit devenir un seul et même combat.
S’appauvrir n’est pas la solution
Plus près de notre réalité ici au Québec et au Canada: pressés comme nous le sommes par des médias catastrophistes et des opportunistes qui profitent du narratif apocalyptique, nous devons éviter d’entrer dans une panique collective pour donner le feu vert à des dirigeants dont les politiques idéologues entraîneraient le retour de la pauvreté et élargiraient l’écart entre riches et pauvres (écofiscalité démesurée, taxation de l’énergie à outrance, règlementation contre-productive, pressions de toutes sortes).
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Si nous tombons dans le piège de la démesure idéologique, nous serons alors bien mal engagés pour s’attaquer de manière durable aux problèmes environnementaux puisque nos populations décrocheront de nos programmes «écocentristes», ayant d’abord et avant tout des obligations matérielles à rencontrer. La révolte des agriculteurs en Europe en témoigne. Nous assisterons à une polarisation «immobilisante» qui fera régresser la cause de l’environnement.
Cette bataille environnementale doit être menée avec sagesse, sans quoi le balancier nous reviendra très vite en plein visage pour nous rappeler que nous sommes d’abord et avant tout des survivants dans un monde hostile, et non des êtres expulsés du jardin d’Éden par la révolution industrielle. Quiconque demeure pris dans une voiture électrique déchargée en plein cœur de l’hiver aura vite fait de le constater.











