Pourquoi le conflit israélo-palestinien est peut-être insoluble (2/2)

Les chars d’un convoi militaire avancent dans le désert du Néguev en novembre 1948 après la guerre civile de 1947-1948 en Palestine mandataire. Photo: AFP.

Mardi le 17 octobre 2023, à 07:08

En Judée-Palestine, le fondamentalisme religieux autant musulman que juif empêche les deux camps d’en arriver à un compromis, déplore l’historien Marc Simard dans la deuxième partie de ce texte.

 

Comme nous l’avons vu dans la première partie de ce texte, à ce déluge d’erreurs et d’occasions manquées vu s’ajoute aussi la vie politique israélienne, fragilisée dès l’origine par un vice de forme qui aura de terribles effets pervers.

 

Les radicaux favorisés dès le départ 

 

L’État d’Israël s’est doté dès son origine d’un système politique représentatif: une démocratie parlementaire (120 députés siègent à la Knesset). 

 

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Mais comme on le sait, le mieux est l’ennemi du mal: voulant créer une icône de la démocratie, les politiciens israéliens, majoritairement de gauche à cette époque (Israël sera gouverné à gauche jusqu’en 1977), dotent le pays d’un système électoral proportionnel plurinominal de liste, dans lequel il suffit à un parti d’obtenir 1% des voix pour être représenté au Parlement. 

 

On est étonné que ces victimes de la Shoah ne se soient pas méfiées d’un système proportionnel en sachant qu’ils ne pouvaient pas ignorer que le régime politique de la République de Weimar reposait sur un scrutin proportionnel qui permit à Hitler de s’emparer du pouvoir en 1933.

 

Cette décision angélique ouvrira toute grande la porte aux extrémistes de droite et aux fondamentalistes religieux, qui finiront par obtenir la balance du pouvoir en décembre 2022, alors que Netanyahou crée le gouvernement le plus à droite de l’histoire du pays. 

 

Ces fondamentalismes religieux, dont la proportion dans la population augmente grâce à l’immigration et à la natalité, veulent recréer le grand Israël biblique (Eretz Israël), d’où seront expulsés les Arabes et où s’appliquera la Loi divine.

 

Ils favorisent la colonisation à outrance des Territoires occupés, vivent dans des colonies fermées et pratiquent une sorte d’apartheid envers les Palestiniens en attendant leur expulsion, qu’ils réclament à grands cris.

 

Ce durcissement du pouvoir israélien et la présence au sein du gouvernement de ministres religieux favorables à la colonisation tous azimuts des Territoires occupés aggravent le ressentiment palestinien. Il est directement lié à l’attaque sauvage des militants du Hamas.

 

L’inanité du fondamentalisme 

 

Hormis un âne ou une chèvre, il n’existe sur Terre aucun être vivant plus entêté qu’un fondamentaliste religieux, en particulier ceux des religions monothéistes. Et pourtant, leurs prétentions ne reposent essentiellement sur trois livres (la Bible juive, le Nouveau Testament et le Coran), dont aussi bien l’authenticité que le contenu sont à prendre avec des pincettes.

 

L’Univers contient environ 2000 milliards de galaxies et chacune d’entre elles compte environ 200 à 300 milliards d’étoiles et de planètes, la Voie lactée à elle seule (notre galaxie) contenant 100 milliards de planètes au minimum. 

 

Sachant cela, comment peut-on imaginer qu’un Dieu omniscient et hyperactif (on dit même qu’il contrôle la chute de chacun de nos cheveux), comme celui des juifs, des chrétiens et des musulmans, serait intervenu à quatre reprises (Abraham, Moïse, Jésus, Mahomet) sur une seule de ces milliards de planète, en outre dans une région limitée (Croissant fertile et désert d’Arabie) et sur une période d’environ 2700 ans, pour y transmettre trois messages différents qui se contredisent sur plusieurs points? 

 

Et dont les adeptes, qui croient au même être suprême sous trois noms (Yahweh, Dieu; Allah), se détestent cordialement. Stupéfiant!

 

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Non seulement des milliards de Terriens accordent-ils crédit à ces histoires, qui relèvent avant tout de la littérature et de la mythologie, mais une proportion importante d’entre eux veut de plus aligner sa vie (et aussi celles des autres, hélas!) sur ces textes vieillots dont ils considèrent qu’ils sont sacrés et intangibles, et dont il faut suivre chacune des prescriptions sous peine d’être damné ou, pire, assassiné par l’un d’entre eux. 

 

On appelle ces gens intégristes ou fondamentalistes, et ils pourrissent tout ce qu’ils touchent (voir, plus près de nous, le dossier de l’avortement aux États-Unis).

 

Le paradis en enfer

 

Pensez-vous que les quelque 1500 jeunes musulmans qui ont lancé l’attaque suicide du 7 octobre l’auraient fait s’ils n’avaient pas cru qu’ils seraient reçus en tant que martyrs au Paradis (qui, comme chantait Brel «n’existe pas»), où ils pensaient jouir de nombreux délices (y compris de l’alcool) et avoir 72 vierges à leur disposition? Une situation évidemment nettement préférable à la vie qui était la leur à Gaza. C’est bête à pleurer.

 

En Judée-Palestine, deux peuples s’affrontent depuis un siècle pour quelques arpents de sable et sont incapables d’en arriver à un compromis qui serait acceptable (partage du territoire) pour des humains dotés de bon sens. 

 

Guerre sainte, guerre sale 

 

Et pourquoi? Parce que des fondamentalistes ont investi leurs institutions et ont imposé leurs dogmes du message divin, de la Terre sacrée et de leur droit inaliénable à y vivre sans endurer la présence des mécréants de l’autre clan.

 

Bien sûr, comme nous l’avons démontré dans ce texte, les aléas de l’histoire ont contribué, en Palestine, à rendre la situation encore plus complexe et tendue. 

 

Mais sans ces apôtres de l’intransigeance et de la bêtise, il est probable qu’on y serait parvenu. Hélas, les dizaines de milliers de personnes des deux camps qui ont versé leur sang sur cette terre l’auront fait en vain.