Pour notre contributeur Samuel Lamarche, après des décennies de fragmentation identitaire et d'immigration massive, l'heure est venue pour les conservateurs de Poilievre de privilégier la cohésion nationale et de larguer le dogme multiculturaliste.
Après la victoire relativement facile de Donald Trump, la montée en puissance en Europe d’une droite nationale et populiste, il est plus que temps pour les conservateurs canadiens et québécois de mettre fin au culte multiculturaliste et de proposer une nouvelle vision nationaliste.
Depuis Pierre-Elliot Trudeau dans les années 60, le Canada a lentement, mais sûrement détruit son identité nationale et renié son pacte fondateur d’un pays binational.
Cette trahison a culminé en 1981 avec la nuit des longs couteaux durant laquelle Trudeau parvient à rapatrier la constitution sans la signature du Québec, pour y inclure une charte des droits et libertés offrant des pouvoirs démesurés aux tribunaux et faisant la promotion du multiculturalisme.
Or, pour une raison et une autre, les conservateurs, hors du Québec, ont tous capitulé sur la question nationale canadienne. Même Bryan Mulroney, reconnu pour sa tentative noble et sincère de régler le différend constitutionnel, n’a jamais remis en question la destruction de l’identité nationale canadienne.
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La défaite de sa formation (ou plutôt sa destruction), combinée à l’incapacité du parti réformiste du Canada à faire des gains à l’est du pays, a ensuite permis aux libéraux d’être le seul parti à articuler une vision cohérente pour le Canada d’un océan à l’autre.
La droite s’est donc repliée sur son champ de bataille de prédilection: l’économie. Mais quelle fut la véritable différence entre les libéraux de Jean Chrétien et de Paul Martin et les conservateurs? Tous visaient l’équilibre budgétaire, proposaient des coupes massives et défendaient le libre-échange à tout prix; bref peu de différences.
Le retour d’un vrai parti conservateur
Bien aux faits de ces éléments, les leaders de la droite canadienne ont eu l’intelligence, contrairement au mouvement souverainiste québécois, à s’unir sous un grand parti de droite. Leur fusion mettra fin en premier lieu à la majorité libérale en 2004, puis offrira le pouvoir en 2006 via une minorité.
Il faudra aux conservateurs attendre leur quatrième élection avant d’obtenir le saint Graal: une majorité parlementaire. C’est donc dire qu’il aura fallu 18 longues années aux conservateurs pour se remettre du fiasco de 1993, lors duquel ils connaissent la pire défaite pour un parti sortant de l'histoire canadienne.
Après 13 années de pouvoir libéral et 18 ans de contrôle des institutions par la gauche multiculturaliste, le manque de mordant d’Harper sur la question nationale se justifiait. Il devait l’emporter à tout prix et les Canadiens après toutes ces années n’avaient aucun appétit pour cette discussion.
Cependant, après presque 10 années de gouvernance libérale sous Justin Trudeau, une escalade constante du discours woke, une accélération insensée de l’immigration, la promotion toujours plus débridée d’un multiculturalisme toujours plus dommageable à la cohésion sociale, les Canadiens ont faim pour une remise en question du régime.
Alors que Trudeau proclamait fièrement que le Canada était un «État postnational», les conservateurs ont été incapables de proposer mieux qu’Andrew Scheer et Erin O’Toole. Des libéraux en bleu. Tout cela a changé avec l’arrivée de Pierre Poilievre.
Une droite nationale et populiste pour le Canada?
Après tant d’années à tenter d’être respectable aux yeux de l’élite médiatique canadienne, Pierre Poilievre a réussi à enfin faire comprendre aux conservateurs que cet objectif n’était qu’un mirage, un supplice de Tantale ou à chaque fois que le parti croyait enfin avoir obtenu l’approbation du Politburo, ce dernier ajoutait une nouvelle condition à la respectabilité.
Poilievre a compris, contrairement aux dinosaures comme Charest, que l’avenir de la droite passe par un mouvement populaire, un parti populiste qui ne craint pas de briser les normes établies par des biens pensants subventionnés.
Poilievre a osé s’attaquer à la banque du Canada, à Radio-Canada et au gouvernement des juges, mais il doit aller plus loin. Pierre Poilievre et le Parti conservateur du Canada doivent offrir une alternative définitive au multiculturalisme canadien.
Il doit avoir le courage d’affronter le plus grand interdit en politique canadienne: l’immigration de masse. Poilievre doit être prêt à définir l’identité nationale et combattre la fragmentation du pays en divers groupes de pression toujours plus distants les uns des autres, toujours plus radicaux dans leurs demandes.
Car à l’heure actuelle, que ce soit au Canada où au Québec, la citoyenneté ne veut pratiquement rien dire. Quand tout le monde est Canadien ou Québécois, plus personne ne l’est véritablement.
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Notre pays est désormais composé de mercenaires économiques privés d’attachement envers la communauté commune qu’est la nation. Pour certains immigrants, le Canada est simplement un pays dortoir dans lequel ils résident pour travailler et envoyer de l’argent à leur famille à l’étranger.
On consomme les nouvelles de notre ancien pays, on continue de pratiquer l’ancienne religion publiquement, on envoie nos enfants dans des garderies ethniques (voir le scandale des CPE), on embauche des gens de notre propre groupe seulement, bref on ne s’intègre pas, ou très peu.
La droite, longtemps paralysée par le politiquement correct et par un patronat privilégiant une main-d’œuvre bon marché et jugée plus «docile», a laissé la situation se détériorer jusqu’à un épuisement populaire manifeste.
C’est une occasion à saisir pour inverser la tendance. Pierre Poilievre doit agir sans se retrancher derrière des arguments économiques comme la crise du logement, mais en mettant de l’avant la cohésion nationale et une véritable volonté de changement de régime.
Dans un monde idéal, un gouvernement Poilievre serait le gouvernement mettant fin au multiculturalisme canadien en faveur d’un régime favorisant l’assimilation des nouveaux arrivants et réduisant drastiquement l’immigration.
La nation avant l’économie
J’entends déjà l’aile libertarienne affirmer que l’immigration soutient l’économie canadienne, et voici ce que je répondrais à cela: la croissance n’est pas une fin en soi. Pour certains libertariens, un citoyen est simplement un consommateur, mais c’est là faire preuve d’une grande myopie.
À quoi bon avoir un PIB plus élevé si le prix à payer est la disparition de notre nation? Nous n’avons jamais été aussi riches matériellement, mais nous n’avons jamais été aussi pauvres culturellement.
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Nous sommes devenus un peuple quasi stérile et privé de références communes. Le taux d’isolement et de dépression est stratosphérique chez nos plus jeunes. L’itinérance et la consommation de stupéfiants toujours plus puissants sont en hausse. Notre économie croît toujours, mais à quel prix?
Un parti conservateur doit avant tout protéger nos acquis fondamentaux et freiner l’obsession du «toujours plus». Le culte de la croissance économique, surtout lorsqu’elle se fait au détriment de mes concitoyens, est sans issue. Mon pays n’est pas un centre commercial et ne devrait plus être géré comme tel.











