Nos achats bientôt supervisés par le gouvernement?

Photo: AFP.

Mercredi le 6 septembre 2023, à 10:15

PDG de Connexion-U et ex-administratrice de la monnaie locale l’Ilot Montréal, Sylvie Bergeron met en garde contre les nouveaux pouvoirs que pourrait conférer aux gouvernements une monnaie numérique et programmable. 

 

La Banque du Canada s’interroge sur la pertinence de développer son propre système de monnaie numérique et a fait appel au public: elle ne sait pas encore s’il serait mieux de partager la compétence d’un système de monnaie numérique avec les institutions bancaires privées ou de faire cavalier seul. 

 

Avant même que le public n’ait pu répondre, les institutions bancaires commerciales privées ont rapidement posé des gestes de restructuration. Profitant de la modernisation des lois, elles ont transformé́ le système bancaire en environnement bionumérique, déjà prêtes pour la suite. 

 

Inscrit au registre des lobbys, le Mouvement Desjardins s’est très bien positionné auprès des gouvernements fédéral et québécois. 

 

Dans l’urgence, tout indique que l’on se dirige vers une monnaie programmable, sous le contrôle des institutions bancaires au détriment des citoyens, pour ne pas dire vers une société de surveillance. 

 

Premiers pas vers la mondialisation 

 

Les banques centrales ont joué un rôle prépondérant dans le déploiement de la mondialisation. Historiquement, le Canada s’est doté́ d’une banque centrale bien après d’autres pays en raison de sa ruralité. 

 

Il était plus cohérent de décentraliser les opérations courantes dans chaque localité. Au Québec, le mouvement de la coopérative d’Alphonse Desjardins illustrait bien cette réalité. 

 

La création de la Banque du Canada a eu lieu après le krach. Pour le premier ministre de l’époque Richard Bedford Bennett, il devenait difficile de «régler les comptes internationaux avec cette multitude de petites banques qui gèrent chacun une partie des comptes du gouvernement». C’était un premier pas vers la mondialisation. 

 

Au nom de l’efficacité, l’institution publique a centralisé plusieurs fonctions exercées par les banques privées pour des objectifs pragmatiques internationaux. L’un des bénéfices nationaux est qu’elle a pu «réglementer le crédit et la monnaie dans l'intérêt de la vie économique de la nation». Par exemple, en tant qu’émettrice de billets, elle prêtait aux provinces avec un taux très faible. 

 

Est-ce qu’en reprenant le pouvoir d’émettre des billets numériques, la Banque du Canada prêtera à nouveau à faible taux, incluant les citoyens? 

 

Un pouvoir anonyme et centralisé 

 

La mondialisation a rendu anonyme plusieurs réalités économiques. Le contact physique n’est plus requis pour faire des transactions. Les institutions publiques et privées se sentent légitimées de cueillir plus de renseignements par souci de sécurité. 

 

Or, ces demandes sont souvent inappropriées voire, illégales. Et elles mettent à risque toujours plus de renseignements. 

 

Depuis 2022, selon l’analyse de Connexion-U, les institutions bancaires ont transgressé plusieurs lois québécoises en prétextant vouloir se conformer aux nouvelles exigences légales de la loi sur la protection des renseignements personnels (PRP). 

 

L’environnement numérique et la délocalisation des opérations courantes a progressivement sacrifié l’économie locale, éliminant progressivement la classe moyenne. 

 

De même, le mouvement Desjardins a centralisé sa direction. Lors des enquêtes de notre organisme sur les raisons de cueillettes injustifiées de renseignements personnels, nous avons constaté une opacité troublante de sa part, et dans plusieurs cas, une arrogance de ses agents au cours de ses échanges avec des clients. 

 

Mais la pression exercée par les membres de Desjardins, lors de notre campagne de mobilisation, a porté fruit. La Commission d’accès à l’information a initié une enquête sur le Mouvement qui, à l’instar des autres institutions bancaires, a transgressé plusieurs articles de la loi. 

 

Dans ce contexte de centralisation des pouvoirs, la Banque du Canada saura-t-elle assurer une cueillette de renseignement justifiée, s’appuyant sur un consentement libre et éclairé? 

 

Sécurité ou contrôle? 

 

Les institutions veulent agir vite en raison de la menace d’une monnaie décentralisée, le bitcoin, de plus en plus populaire. L’attrait pour ces cryptomonnaies est la chaine de block qui les rend totalement sécuritaires. 

 

Le Salvador a opté pour la transparence et la décentralisation. Dans ce pays d’Amérique centrale, le bitcoin est dorénavant une devise nationale. 

 

La Banque du Canada ne s’oriente pas vers ce système et cherche plutôt à riposter au bitcoin. La monnaie numérisée «nous permettrait de garder le contrôle du système financier», explique Annie Leconte, professeur au département de sciences comptables à l’UQAM. 

 

Et tout indique que les banques centrales mondiales émettront une monnaie programmable sur laquelle ils pourront mettre une date de péremption. 

 

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Cela signifie que si vous avez 5000$ à votre compte courant, on pourra, par exemple, prélever chaque jour un petit montant pour éviter l’accroissement de la dette publique. 

 

C’est ce qu’on appelle une monnaie fondante. Ce procédé est généralement utilisé en temps de crise. Il n’est pas confortable, car il empêche l’accumulation et donc, l’appropriation de biens. 

 

De plus, le comportement du consommateur sera à la portée de la Banque centrale, en temps réel. Tout achat que vous ferez sera visible. Par des algorithmes, la Banque pourra bloquer l’accès à votre argent pour défaut de paiement, achat trop polluant, etc. 

 

Qui déterminera le bon et le mauvais comportement dans cette société de surveillance? Devrions-nous craindre de prendre cette avenue

 

Besoin de transparence 

 

La Banque du Canada a sollicité la société civile, mais la plupart de ses membres ne peuvent soupçonner l’immense potentiel de traçage et de surveillance des populations, ne disposant pas notamment de toute l’information requise. 

 

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«Cette devise numérique permettrait à certains de transiger sans nécessairement avoir un compte dans une institution bancaire», plaide Annie Leconte. Tout ce déploiement pour servir une infime minorité de la population? 

 

La Banque du Canada a le devoir de transmettre ses intentions claires dans l’implantation d’une monnaie numérique. Ne pas nommer les enjeux réels, c’est s’engager sur la voie d’un détestable du flou, tel le manipulateur qui souhaite, par un consentement non libre et non éclairé, parvenir à des fins qu’il sait inacceptables.