Mvera, le film choc sur le trafic d’organes

Capture d'écran.

Vendredi le 1 novembre 2024, à 11:40

Snobé par les médias occidentaux lors de sa sortie en Afrique, le film kenyan Mvera est désormais sur Netflix dans plusieurs pays, mais pas encore au Canada. Entretien exclusif avec Daudi Anguka, réalisateur prometteur qui bouscule les consciences.

 

Mvera n’est pas un ange. Après avoir brutalement rompu avec son petit ami, cette jeune villageoise du Kenya s’empare d’un document destiné à appâter des jeunes femmes en leur promettant une vie d’opportunités économiques en Occident.

 

Mais, à l’inverse de celles qu’on vise à tromper, Mvera découvre rapidement que les promesses d’avenir radieux faites à ces femmes et à leurs familles ne sont qu’un leurre. Ces jeunes femmes ne partiront pas en Californie ou en Allemagne, comme on leur a fait croire, mais seront exploitées pour leurs organes, prisés pour leur jeunesse et leur bonne santé.

 

«Un film qui parle de ce que nous vivons tous les jours ici»

 

«J’avais une voisine à Mombasa qui était mère de trois enfants. Des mafieux lui ont promis une vie luxueuse en Arabie Saoudite et elle est partie sans prévenir personne. Quand son corps a été rapatrié, ses organes avaient été prélevés. Des histoires comme ça arrivent très souvent au Kenya et c’est à partir de là que m’est venue l’idée de ce film», nous confie d’emblée Daudi Anguka.

 

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Âgé de seulement 29 ans, ce réalisateur travaille dans le cinéma depuis dix ans et a réalisé des séries télé. Mvera est son premier long métrage. Il nous parle depuis la région de Mombasa au Kenya, où derrière des paysages édéniques, des milliers de gens sont à la recherche d’une vie meilleure. «Qu’ils soient de la ville ou de la campagne, tous les jeunes au Kenya cherchent des opportunités à l’étranger après avoir terminé leurs études», souligne-t-il.

 

 

Le réalisateur Daudi Anguka en 2023. Droits réservés.

 

 

Cette quête d’eldorado fait la joie des trafiquants de chair humaine. Au début du film dont on peut voir ici la bande-annonce, une quinzaine de jeunes femmes ayant été prétendument sélectionnées pour des emplois de bureau en Occident embarquent dans un bus. Quand leurs mères ont des doutes et réclament de «voir et parler à leurs enfants», difficile de ne pas être frappé par le degré d’authenticité que les actrices dégagent.

 

Daudi Anguka est fier de préciser que tous les acteurs sont de Mombasa, et qu’il a fait jouer de véritables villageoises pour incarner ces mères.

 

Signe que le trafic d’organes est un sujet brûlant et non pas réservé à quelques illuminés, le film a eu beaucoup de succès au Kenya. «Beaucoup de gens sont allés le voir au cinéma pour le soutenir. Le film a été très bien reçu, car les gens se sont dit: "c’est un film qui parle de ce que nous vivons tous les jours ici"», poursuit notre interlocuteur. 

 

En effet, la presse africaine regorge de sombres affaires de trafic d’organes. La dernière en date fait état de jeunes Kenyans vendant un de leurs reins pour monter leur propre entreprise…

 

Briser le silence

 

Mvera a reçu une pluie de récompenses lors du Kalasha Film and TV Awards au Kenya. Le trafic d’organes touchant la grande majorité du continent africain, le film a été bien reçu au Nigeria ou en Afrique du Sud. Mais ce phénomène concerne aussi l’Amérique du Nord ou l’Europe, comme je l’ai rapporté personnellement à Libre Média.

 

Mvera a donc été très remarqué au Papa International Historical Film Festival en Hongrie. Un coup de maître qui redonne des forces au cinéma indépendant, Mvera ayant été réalisé avec des moyens financiers minimes. 

 

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En jetant la lumière sur ce thème, Daudi Anguka risque d’attirer l’attention de réseaux criminels préférant rester dans l’ombre. «Ce film parle d’une certaine réalité, certes, mais je raconte une fiction. Je ne nomme personne. En tant que réalisateur, j’ai le droit de raconter l’histoire que je veux et comme j’en ai envie», balaye-t-il quand je lui demande s’il craint pour sa sécurité.

 

Reste que sous cette apparente modestie, il sait comme vous et moi que le trafic d’organes est un sujet quasi absent des salles de cinéma. «Je n’ai pas reçu de menaces et je continuerai de mettre en scène les histoires que je veux et comme j’en ai envie de toute façon», insiste-t-il alors.

 

Actrice prometteuse

 

Mvera, c’est le nom d’une jeune villageoise qui se révélera être une héroïne, mais c’est aussi un rôle incarné par une actrice prometteuse: Linah Sande. Originaire de Mombasa, cette actrice de théâtre se fait remarquer par son authenticité et sa simplicité. Chapeau aussi à Patrick Owino, cet acteur qui incarne le machiavélique chef des trafiquants d’organes. 

 

Amateurs de blocksbusters aux moyens financiers colossaux, ne vous attendez pas à trouver des effets spéciaux décapants dans Mvera. Ce film parle de gens simples et est de ceux qui, lentement mais sûrement, feront bouger les lignes. Libre Média ne peut que soutenir de telles initiatives.

 

Loin de chômer, Daudi Anguka travaille sur une prochaine série dont le thème sera… le trafic d’organes. «Vous pourrez la voir à la fin de l’année prochaine», nous révèle-t-il. Dans plusieurs pays, Mvera est disponible sur Netflix en swahili sous-titré en anglais. On espère qu'il le sera bientôt aussi au Canada.