L’histoire, pièce manquante à l’identité nationale

Une rue du Vieux-Québec. Crédits: JFGagnonPhotographie pour Pixabay.

Dimanche le 8 mai 2022, à 11:00

Dans sa chronique historique à Libre Média, Marco Wingender mettra l’accent sur l’importance de connaître son passé pour bien définir l’avenir.

 
«Pour liquider les peuples, on commence par leur enlever leur mémoire. On détruit leurs livres, leur culture, leur histoire. Puis quelqu’un d’autre écrit d’autres livres, leur donne une autre culture, leur invente une autre histoire. Ensuite, le peuple commence lentement à oublier ce qu’il est, et ce qu’il était. Et le monde autour de lui l’oublie encore plus vite», souligne l’écrivain tchèque Milan Hübl (1927–1989).

 

Amnésie collective  

 
S’il existe un constat général pouvant être posé sur le peuple québécois, c’est qu’il est amnésique de son histoire. Sa devise invite certes à se souvenir, mais combien d’entre-nous ont déjà réellement percé le mystère impénétrable de sa signification? 
 
Sous le joug d’un empire qui n’est jamais vraiment disparu, nous ne savons que peu de choses de notre histoire, si ce n’est que la défaite des plaines d’Abraham, principal symbole qui nous soit resté de l’époque de la Nouvelle-France, la révolte matée des Patriotes ou nos aspirations souverainistes inassouvies.
 
Cela n’a rien de surprenant quand on observe la tendance, dans nos sociétés de consommation, à tourner le dos au passé. À l’heure de la gratification immédiate et de la glorification du «progrès» qui s’accélère toujours plus, on nous a appris à nous définir selon ce que nous croyons être, sans accorder d’importance au chemin parcouru jusqu’ici. Tout ce qui vient du passé est alors jugé archaïque ou obsolète. 
 
Qu’importe qu’ils aient contribué à bâtir le monde dont nous avons hérité, curieusement, nos ancêtres ne semblent plus avoir d’importance à nos yeux. Ayant vécu à des époques apparemment si différentes de la nôtre, leurs parcours de vie nous apparaissent comme étant complètement détachés de notre expérience présente. Ainsi, pour l’homme moderne, l’histoire, même relativement récente, se réduit à une sorte de brouillard opaque dont il ne se soucie que vaguement. Son ignorance du passé n’est pas le fruit d’un manque d’accès à l’information, mais de son indifférence. En somme, le devoir de mémoire lui échappe, sans saisir son importance pour l’avenir qui lui est réservé. 

 

L’histoire comme ancrage dans le monde 

 
À l’échelle d’un peuple, une telle errance ne pardonne pas. Il est dit que celui qui contrôle le passé contrôle le futur. En effet, notre vision de l’histoire façonne la manière dont nous percevons le présent et conséquemment, elle dicte les réponses que nous offrons aux événements actuels. Alors que nous sommes plongés dans une crise aux proportions historiques, la profondeur de notre réponse ne devrait-elle pas l’être tout autant? 
 
«L’histoire, c’est comme une montre. Ça permet de savoir l’heure qu’il est», écrivait le regretté Pierre Falardeau. L’histoire, c’est la connaissance et l’étude de notre passé commun. C’est le récit d’où nous venons, ce que nous sommes et d’où nous allons. Cette mémoire est une assise fondamentale et fondatrice de notre conscience et notre identité collectives. L’histoire se veut par ailleurs essentielle à notre compréhension du monde qui nous entoure. 
 
C’est par la transmission, d’une génération à l’autre, de la mémoire de son passé qu’un peuple perpétue sa culture: maîtriser l’art de se nourrir et de se loger, savoir guérir les malades, composer avec la mort et bien s’entendre avec les vivants. La passation des connaissances, expériences et sagesses ancestrales, durement acquises par les générations précédentes, est vitale pour les jeunes et inexpérimentés afin de leur épargner la tâche coûteuse et dangereuse de devoir toujours réinventer la roue par essais et erreurs.
 
Chacun de nous est une histoire vivante faite de chair, d’os, de rêves et de passions. La langue que nous parlons, nos mythes, nos traditions, nos coutumes et nos aspirations profondes sont tributaires de ceux qui nous ont précédés. Comprendre ces connexions au sein de cette grande chronologie partagée constitue le terreau essentiel à une condition humaine pleinement achevée. 
 
Chaque peuple porte un regard unique sur le monde et la mémoire de l’histoire qui le constitue enracine ses membres à la branche dont ils sont issus au sein du grand arbre de l’humanité.