Une avancée pour les droits des trans? Un recul des droits des femmes? Une attaque de l’autorité parentale? Une bombe à retardement chez des mineurs déboussolés? Les Espagnols sont divisés par un projet de loi.
Pays du flamenco, des processions en l’honneur de la Vierge et des dîners de famille qui finissent après minuit, l’Espagne est loin d’être épargnée par la montée du mouvement trans.
Pour preuve, un nouveau projet de loi vise à permettre beaucoup plus facilement aux jeunes de changer de sexe. Le projet de la «ley trans» est le fruit de négociations mouvementées au sein du gouvernement entre les représentants du Parti socialiste et son allié politique, Podemos.
Une loi controversée…
La loi se veut gardante du «droit à l'auto-détermination de l’identité de genre» et pourrait être adoptée avant la fin de l’année.
Le projet prévoit qu’entre 12 et 14 ans, l’adolescent aura besoin de l’autorisation d’un juge pour changer de sexe. Entre 14 et 16 ans, l’adolescent pourra procéder au changement en étant accompagné de ses parents.
À partir de 16 ans, l’adolescent pourra faire comme bon lui semble. C’est-à-dire qu’il pourra changer le sexe mentionné sur ses papiers d’identité en se rendant au registre civil, en indiquant son nouveau genre et en le confirmant trois mois après.
Tout ça, sans l’obligation de prouver la sincérité de sa démarche. Nul besoin pour quiconque de se soumettre à des examens psychologiques, d’entamer des traitements hormonaux ou des chirurgies.
…loin de faire l’unanimité
Le projet de loi divise le gouvernement. Dans la population, cette loi ne fait pas plus l’unanimité: selon l’Institut Sigma Dos, 65% des Espagnols estiment que ce nouveau «droit» est problématique.
Ces politiques d'âge ont été vivement remises en question par deux rapports importants.
D’abord, un rapport émanant du Conseil d’État estime que tous les mineurs (et pas seulement ceux de moins de 14 ans) devraient recevoir l’approbation d’un juge.
Ensuite, un autre rapport émanant du Conseil général du pouvoir judiciaire souligne que l’autodétermination de genre ne pouvait être effective qu’à partir de 18 ans.
Des féministes résistent
En Espagne, des femmes s’organisent pour faire front contre la loi trans et ses changements juridiques.
La Federación de Mujeres Progresistas (la fédération des femmes progressistes) avait publié dans le journal numérique Republica tout un argumentaire qui justifiait leur opposition au projet de loi du gouvernement Sánchez.
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Selon l’organisation, le projet de loi menace directement les droits des femmes, car «il vide de son contenu la catégorie du sexe».
Être femme deviendrait un ressenti et non une réalité biologique et psychologique. Le groupe présente le concept sur lequel le texte de loi se repose comme «subjectif, non scientifique, indéfinissable et indémontrable».
De plus, le projet de loi «menace les espaces protégés et les droits spécifiques des femmes».
Par exemple, il permettrait plus facilement aux hommes, notamment des délinquants sexuels, d’accéder à des espaces jusqu’ici réservés aux femmes comme les toilettes, les vestiaires, les prisons, les refuges pour sans-abri, etc…
Et les politiques d’égalité des sexes seront mises à mal, voire impossibles, car en autorisant les individus à s’identifier avec le genre qu’ils souhaitent, il serait impossible de mesurer, d’analyser et de combattre l’inégalité entre les hommes et les femmes.
Par exemple, inclure les violeurs masculins s’identifiant comme femmes dans la catégorie des délinquantes sexuelles ne fera que déformer la réalité, rendant toute politique publique efficace difficile à mettre en place, explique la Fédération des femmes progressistes.
Des voix connues s’élèvent contre le projet
Des grandes figures du monde de la santé espagnole ont décidé de critiquer publiquement la loi d’Irène Moréno, ministre de l’Égalité du gouvernement Sánchez, tout en félicitant la «dépathologisation» de la transsexualité, un «succès pour la société» qui doit «être réglementé» à présent.
En entrevue avec le quotidien espagnol El Mundo, ces personnalités dénoncent l’appropriation gouvernementale des forces médicales espagnoles face à ces jeunes transgenres.
En d’autres termes, le projet de loi ne protège pas les personnes trans, car ces dernières perdent le droit à une évaluation et un soutien psychologique qui pourraient être déterminants dans la phase de vie de certains mineurs généralement déboussolés.
Une mode passagère?
Dans le monde de la psychiatrie, c’est le président de la Société espagnole de psychiatrie, Víctor Pérez, qui sonne le tocsin en déclarant que cette loi va trop loin, empêchant les psychiatres d’aider «l’avalanche d’adolescents qui sont sous influence sociale, notamment des réseaux sociaux, au point qu’ils croient que la transsexualité constitue la solution instantanée à leurs problèmes».
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«Ces jeunes souffrent de troubles qui nécessitent un diagnostic et un soutien que cette loi leur refuse et qu’il nous est interdit de fournir», ajoute Victor Pérez.
Pour Luisa González, vice-présidente du Collège des médecins de Madrid, «aucune science ne justifie de légiférer de cette manière», car «il n'y a pas de consensus scientifique» sur les traitements que la loi «applique aveuglément» et la nouvelle norme gouvernementale «empêche les professionnels de travailler et viole les droits humains des mineurs en empêchant leur assistance».
Luisa Gonzalez ajoute même que la loi trans «usurpe l'autorité parentale des parents», ces derniers se voyant «privés de leur droit à une tutelle effective».
Une analyse qui est aussi renforcée par des témoignages de parents dans les médias espagnols comme Vozpópuli.
Une autre figure importante de la santé est Luisa Lázaro, présidente de l’Association espagnole de la psychiatrie de l’enfance et adolescence, aussi responsable de la psychiatrie de l’enfant et de la jeunesse à l'Hôpital Clínic de Barcelone.
Cette dernière explique que la loi transforme les souhaits, voire les fantasmes en droits, sans offrir de tranquillité d’esprit aux professionnels. De même, aucun principe de précaution ne vient protéger les enfants pouvant entamer trop rapidement des transitions médicales.
Des technocrates déconnectés?
«Les législateurs n’ont pas fait ce qui doit être fait: descendre dans l’arène et se mettre dans la peau d’un de ces enfants», pointe Luisa Gonzalez, pour qui «la plupart des pays qui ont légiféré en ce sens ont fait marche arrière».
À l’Hôpital del Mar de Barcelone, Víctor Pérez explique que les législateurs ne veulent pas écouter ce que la communauté médicale veut remettre en question, malgré les invitations de son collègue, Celso Arango, à discuter avec les partis politiques.
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Les législateurs refuseraient de voir la réalité troublante qui pourrait compromettre la vision idéologique de certaines parties de la loi: «beaucoup de jeunes ont des malaises intenses, des troubles dépressifs très graves qui n’ont rien à voir avec le genre», avertit Víctor Pérez.
Cette déconnexion avec la réalité a des conséquences irréversibles pour les mineurs qui regrettent leur choix trop hâtif de changer de sexe.
Pour Luisa González, cette loi augmentera le nombre de mineurs qui ont, par exemple, réalisé une pénectomie (ablation partielle ou totale du pénis) et qui le regrettent avec comme seule solution: «un pénis prothétique, avec un coût psychologique énorme».













