Pour Joey Aubé, 27 ans, il serait temps que les politiciens principalement issus du baby-boom passent de la parole aux actes en laissant une véritable place aux jeunes désireux de s’impliquer en politique.
La montée du populisme dans les démocraties occidentales pendant la dernière décennie a complètement transformé le paysage politique.
L’élection de dirigeants antisystème tels que Donald Trump aux États-Unis et Jair Bolsonaro au Brésil a renversé la vapeur d’un climat géopolitique relativement stable et amical depuis des décennies en Occident.
De nouveaux acteurs entrent ainsi dans l’arène politique, certains talentueux, mais peu scolarisés, alors que d’autres sont peu adéquats, mais en contrepartie très bien formés.
Tout cela résultant d’une baisse continue du niveau de confiance que les populations ont vis-à-vis leurs institutions démocratiques et par de fait même, leur classe politique.
Sans oublier un déclin du taux de participation à la fois aux urnes et sur le terrain lors des campagnes électorales.
Sang neuf réclamé
Afin de renverser cette tendance, il nous faudra du sang neuf, des idées nouvelles ainsi que de nouvelles manières de faire de la politique ainsi que de parler aux gens des enjeux de notre société. Il nous faudra des jeunes.
Cependant, où sont les jeunes dans cette nouvelle ère? Je parle ici des vrais jeunes, ceux entre 18 et 30 ans qui, depuis le dernier siècle, ont rarement fait acte de présence sur la scène politique, ne serait-ce que sous la forme d’élu municipal, provincial ou fédéral.
Bien sûr, chaque formation politique possède une branche militante dans cette tranche d’âge, mais, très rarement, les partis leur octroient une réelle chance de prendre part à la gouvernance…
Comment est-ce possible?
Sur papier, nos démocraties sont basées sur le fait que n’importe quel homme ou femme d’âge majeur peut se présenter comme candidat à un poste électif.
Je vous invite à faire des vox pop dans les rues du Québec et à demander aux passants de plus de 30 ans s’ils étaient en faveur ou non à une participation plus accrue de la jeunesse en politique pour des postes clés.
Je vous assure d’ores et déjà qu’une majorité serait favorable: «ça prend des jeunes » et «il faut de la relève en politique», peut-on entendre.
Pourtant, malgré tout cela, pourquoi si peu de ces jeunes gens sont présentés à l’Assemblée nationale, à la Chambre des communes ou, même, simplement au conseil de ville de leur municipalité?
Un remède au cynisme ambiant
Commençons par le municipal.
À ce niveau, à moins de vivre dans une ville très peuplée ou une métropole où la vie politique est plus active et a davantage de moyens, il demeure vrai que pour un(e) jeune, siéger sur le conseil municipal composé de cinq personnes de sa localité est tous sauf une partie de plaisir, et ce, aussi essentiel que ce palier de gouvernement peut l’être pour lesdites municipalités.
Ajouter à cette situation un taux d’abstention gigantesque de plus de 70 % dans plusieurs villes et villages comme nous l’avons vu aux dernières élections municipales en 2021 où, malheureusement, on s’est rendu compte que même la population en général considérait désormais la vie politique municipale comme peu digne d’intérêt ou inintéressante.
Par contre, c’est également une occasion unique pour une toute nouvelle génération de jeunes politiciens municipaux de prendre leur place et ainsi amener leur vision de l’avenir et du même souffle, de nouvelles idées.
Une démarche qui, peut-être, pourrait rendre la vie politique municipale plus attrayante auprès du reste de la population, particulièrement auprès de cette même tranche d’âge des 18-30 ans qui ne vote que très faiblement en temps normal.
Au Canada comme au Québec, notre système parlementaire représentatif est basé sur une guerre de partis politiques souhaitant tous gagner une majorité de l’opinion publique, et donc, de sièges au parlement.
De ce fait, ces mêmes partis politiques choisiront presque toujours – via des critères stratégiquement électoralistes – des candidats dits «vedettes» ou plus âgés et plus expérimentés.
Ayant par définition un CV beaucoup plus fourni qu’un(e) jeune de 22 ans, il est donc très peu commun pour un(e) jeune d’être élu(e) comme représentant du peuple aux élections générales.
Les jeunes comme «candidats poteau»
Bien évidemment, on prétend donner la place aux jeunes de se présenter, mais trop souvent, comme «candidats poteau » dans les circonscriptions rarement prenables. Ils savent qu’ils ont peu de chances de gagner, conscients de de le faire pour servir la cause du parti.
Je tiens à dire que je ne remets pas ici en cause la nécessité de candidat poteau, au contraire. Ma critique porte ici sur le fait que, dans le cas de circonscriptions dites prenables pour un parti politique, très rarement, ceux-ci oseront mettre un jeune comme candidat par peur de perdre ledit comté en affichant un manque d’expérience.
Trop souvent cependant, parmi les candidats poteaux qui sont battus, la plupart sont des jeunes, comme si leurs idées, leur passion et leur vision autre faisaient d’eux des aventuriers de passage et peu crédibles.
Trop souvent cependant, parmi les candidats poteaux qui sont battus, la plupart sont des jeunes, comme si leurs idées, leur passion et leur vision autre faisaient d’eux des aventuriers de passage et peu crédibles.
Doit-on avoir uniquement des jeunes en politiques et chasser les gens d’expérience plus vieux? Bien évidemment que non, mais un rééquilibre doit inéluctablement se faire afin de combler ce déficit de représentation qui nuit présentement, selon moi, à nos institutions démocratiques.
Bien du travail à faire
Depuis le début des années 2000, une vision plus progressiste de la société a laissé tranquillement la place aux jeunes en politique, par contre, beaucoup de travail reste encore à faire, car il semble que la majorité des partis non pas le courage politique de présenter de jeunes passionnés, pleins de vigueur, mais moins expérimentés à certains égards.
Ne soyons ainsi pas surpris que cette même tranche d’âge soit majoritairement absente des bureaux de votes aux élections générales.
Pourquoi leur en vouloir? Le message envoyé est que soit ont ne veut pas d’eux ou qu’on se contre fou littéralement de leur poids politique et de leurs demandes.
Impossible, ainsi, d’intéresser les jeunes à la politique, si ces derniers ne sont que très peu représentés dans notre espace public, sinon uniquement par une gauche plus radicale.
Quoi qu’il en soit, ne laissons pas de côté le 15% de la population canadienne qui pourrait participer à cette grande aventure qui est de représenter ses citoyens à la table des débats.












