Selon le chroniqueur radio Joey Aubé, le Québec est prisonnier d'un immobilisme qui le fait toujours remettre à demain ce qu’il devait faire aujourd’hui ou hier.
Le 11 novembre 2011, je décrochais officiellement de l’école en début de secondaire 5 pour aller rejoindre mon père sur sa «run» de lait qu’il faisait depuis 31 ans comme laitier pour Natrel Agropur.
C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à en apprendre sur la vie et à découvrir de nouveaux horizons. C’est à ce moment que j’ai eu mon premier contact avec la radio d’opinions et que j’ai débuté une grande histoire d’amour avec elle que je poursuis aujourd’hui. C’est également là que j’allais commencer à réaliser certaines choses.
Autant la valeur du travail en soi, mais aussi les comportements humains qui semblaient souvent se répéter, et ce peu importe où nous allions livrer nos produits laitiers. Un de ces comportements est particulièrement présent chez les Québécois. Ce comportement, je l’ai appelé le syndrome de la pinte de lait.
Les deux types de clients
Mon père et moi travaillions du lundi au vendredi sur trois «run» différentes, c’est-à-dire trois séries de clients. Celle du lundi-jeudi, celle du mercredi et celle du mardi-vendredi.
Le vendredi en fin de trajet, il était fréquent que des clients (restaurateurs, dépanneurs, etc.) nous demandaient de leur livrer plus de produits sachant qu’ils ne pensaient pas passer au travers de la fin de semaine à cause de la haute saison ou d’un évènement spécial, un festival, etc.
Cela nous faisait bien évidemment plaisir d’aller les dépanner avant le week-end et bien sûr de faire davantage de ventes que prévu.
Par contre, chaque client qui nous sollicitait pour cette raison rentrait dans une des deux catégories suivantes: ceux qui vérifiaient leur inventaire et se rendaient compte qu’ils manqueraient de lait jusqu’à notre prochaine livraison, et ceux qui attendaient que la dernière pinte de lait du frigo soit entamée pour enfin nous appeler en panique.
Je vous confirme qu’il y avait davantage de clients se classant dans la deuxième catégorie que dans la première. C’est ça, le syndrome de la pinte de lait.
Guérir au lieu de prévenir
Comme le chantait Lisa Leblanc: «Pourquoi faire aujourd’hui, qu’est-ce tu pourrais faire demain?». Le syndrome de la pinte de lait est présent dans la vie publique québécoise depuis au moins 30 ans.
Au travers de l’actualité des 11 dernières années, j’ai vite remarqué qu’il était bien présent au cœur du centre décisionnel des politiques publiques de nos gouvernements passés et présents.
Le fait d’agir en sursaut ou en panique à la suite d’un problème ou d’une tragédie qui aurait pu être évitée. Il est rare de penser à la prochaine génération au lieu de la prochaine élection.
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En voici quelques exemples concrets en ordre chronologique.
En 2006, il aura fallu l’effondrement du viaduc de la Concorde, à Montréal, pour comprendre que d’inspecter nos infrastructures routières fréquemment était primordial.
En 2011, il aura fallu le suicide de Marjorie Raymond pour comprendre que l’intimidation était un problème réel à l’école, mais aussi dans la vie en général de nos jeunes.
En 2013, il aura fallu 47 morts dans la tragédie du Lac-Mégantic pour comprendre que l’entretien de nos voies ferroviaires laissait à désirer.
En 2021, il aura fallu le décès de la petite fille de Granby pour se rendre compte que la DPJ était gérée de manière incompétente et que les intervenant(e)s manquaient considérablement de ressources.
Pour finir, en 2022, il aura fallu aux médias attendre les deux dernières semaines pour parler de la fermeture du tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, à Montréal, pour cause de réparation préventive, alors que sa fermeture avait déjà été annoncée des mois à l’avance sur le site du ministère des Transports.
Vision à court terme
Au Québec, on répare au lieu de renforcir, ont se réveille juste quand ça tombe, on guérit au lieu de prévenir. Temps qu’on n’en entende pas parler, ce n’est pas un problème.
Comme le soulève le réalisateur Pierre Falardeau dans le film Elvis Gratton 3: «si on n’en parle pas, c’est que ça n’existe pas».
De façon presque magique, nous croyons que nos pensées positives pourront nous aider à régler la situation des urgences et celle du taux élevé de décrochage scolaire.
Tout cela mélangé au courant de pensée de la décroissance d’une gauche radicale woke qui considère que les projets d’infrastructures au Québec sont des projets de «droite».
Comme si les ponts et les routes avaient des allégeances politiques. Nous vivons selon eux dans un monde post-asphalte dans lequel il est encore possible d’utiliser nos infrastructures actuelles, mais où il ne faudrait en aucun cas en construire de nouvelles, car cela est contre l’environnement.
Ces mêmes gens accuseront aussi ceux et celles qui selon eux n’en font pas assez pour le climat d’être atteints du syndrome de la pinte de lait. Le Québec est pourtant l’un des endroits les plus verts en Amérique du Nord. Là où il n’y a aucune exploitation pétrolière, gazière et nucléaire. Même une taxe carbone n’est pas suffisante à leurs yeux.
À l’époque où elle siégeait comme députée de Taschereau, Catherine Dorion affirmait que le troisième lien était un projet du XXe siècle. Je suis 100% d’accord avec elle.
Car c’est dans les années 90 que nous aurions dû commencer sa construction en prévision de l’augmentation de la population, et donc par le fait même, celle des déplacements entre les deux rives.
Malheureusement, c’est seulement vers le début des années 2010 que nous avons enfin collectivement commandé notre pinte de lait et avons réalisé trop tard avec stupéfaction la nécessité d’une telle infrastructure.











