Notre rédacteur en chef Jérôme Blanchet-Gravel met en garde contre la tentation bien présente depuis la pandémie de faire de l’écologisme un projet totalitaire.
On apprenait la semaine dernière que manger était rendu nuisible à l'environnement. C'est pourquoi la Polytechnique de Montréal a annoncé qu’elle afficherait l'empreinte carbone de tous ses repas chauds à la cafétéria. Mangez moins, polluez moins.
La même semaine, on apprenait par le ministre provincial de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, que se chauffer était nuisible à l’environnement, dans un registre un peu moins radical faisant de l’énergie le cœur du combat à mener.
Dans son entrevue à La Presse, le ministre a même réussi à faire l’éloge de la «sobriété énergétique» à la chinoise, faisant preuve d’une grande maladresse ou d’un mépris décomplexé envers ceux qui redoutent l’implantation du modèle de Pékin.
«J’ai vécu en Chine et je peux vous dire, quand on arrivait le soir dans la maison, c’était froid et il fallait partir le chauffage. Il y a une habitude de consommation», a mentionné Fitzgibbon.
Chauffez moins, polluez moins, et sentez-vous plus en sécurité devant l’arrivée du «tremblement climatique», selon les mots récents de Bruno Marchand, le maire de Québec.
Une société de rationnement
Puis aujourd’hui, on apprend que se laver n'est pas moins nuisible à l'environnement via un article de l’Agence France-Presse qui a été repris par des dizaines de médias francophones.
On pourrait presque penser qu’une offensive médiatique contre la douche quotidienne a été lancée ce matin.
En gros, il faut en conclure que le fait de vivre est nuisible à l’environnement, et conséquemment, que notre existence même doit être radicalement repensée, peut-être même jusqu’à la suppression de certains d’entre nous.
Le discours est loin d’être banal: l’espèce humaine est porteuse d’un virus mortel pour la planète à laquelle elle donne pourtant conscience.
L’humanité doit décroître jusqu’à nier ce qui la caractérise: le pouvoir sur son milieu qui lui permet de faire émerger la civilisation. Pour le meilleur et pour le pire.
Deux écologismes
Deux écologismes coexistent actuellement.
Le premier, humaniste et alternatif, fait appel à un désir légitime d’autonomie et veut se réapproprier l’environnement pour adapter l’Homme aux changements à venir.
Le deuxième, dominant et technocratique, s’inscrit dans la lignée du totalitarisme et vise moins à réintégrer l’homme à son milieu qu’à le contrôler et le dominer. À des fins qui ne sont pas seulement écologiques.
L'écologisme techno-totalitaire est un mouvement contre la vie qui s'harmonise avec le suicide assisté, les confinements, le féminisme anti-natalité et toute cette mentalité qui voit la moindre activité et les enfants qui crient comme une source de pollution. Sonore et atmosphérique.
C’est l’écologisme que le confinement a propulsé, celui pour lequel un battement de cil peut être le mouvement de trop, une menace à la sécurité sanitaire… et écologique de tous.
Messianisme vert au Québec
En déclin et en manque de projets, ayant remplacé le rêve de la souveraineté par celui de devenir l’un des États les plus verts, le Québec entend embrasser avec ferveur ce courant liberticide pour combler son vide existentiel. Du moins, des positions de la CAQ et des partis d'opposition vont dans cette direction.
L'écologisme ne sert pas seulement à sauver la Terre, mais à donner un sens à la vie des gens. Greta ne sauvera pas la Terre, mais votre âme. L’impulsion première de l’écologisme contemporain est religieuse.
C'est parce que le Québec vit une perte de sens particulièrement profonde qu'il se rabat avec autant de zèle sur une idéologie qui donne l'impression à ses adeptes de ne pas mener une existence parfaitement inutile.
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Dans ce monde «où chaque goutte compte», où éteindre la lumière équivaut à allumer un lampion pour l’environnement, où en France, baisser le chauffage peut aider les Ukrainiens contre les Russes, ces nouveaux rituels vous aident à atteindre la libération intérieure.
On se tourne vers cette espèce de bouddhisme woke en attendant l’avènement du grand safe space planétaire, cet espace utopique où tous les humains pourront vivre en harmonie à l’abri des virus, des changements climatiques et des «micro-agressions».











