Pas à pas, les États-Unis pourraient forcer le Canada à s'intégrer à eux en pressurant son économie, en manipulant son élite et en exploitant son déclin identitaire, jusqu'à provoquer un basculement de l'opinion publique en faveur d'une fusion.
Les premiers ministres provinciaux reviennent de Washington en affirmant que Trump est sérieux dans sa volonté d'annexion du Canada.
Après les déclarations de Trudeau qui vont dans le même sens et les sorties médiatiques des anciens premiers ministres canadiens, dont le très souverainiste canadien Stephen Harper, on peut considérer que la panique des élites politiques canadiennes commence à être bien réelle.
Cette crainte s'explique par le fait que la dynamique continentale nord-américaine donne en réalité raison à l'annexionnisme américain.
Recomposition géopolitique
Dans la recomposition mondiale que nous vivons et face à la volonté de puissance des États-civilisations que sont la Chine, la Russie et l'Inde, il n'est pas fou de penser que les États-Unis veulent eux aussi s'assurer d'une domination continentale de leur proche immédiat, du Groenland jusqu'au canal de Panama, en passant bien sûr par la vassalisation complète du Canada.
Si les politiciens répètent sans arrêt que le Canada «ne deviendra JAMAIS le 51e État américain», c'est bien parce qu'il y a un risque qu'il le devienne. On ne panique pas devant quelque chose de complètement farfelu, mais bien face à une hypothèse crédible.
Bien que nos médias soient incapables de le reconnaître, cette récente crise donne plutôt raison à Trump.
L'intégration économique, stratégique et militaire canado-américaine est telle qu'on se demande bien quelle est la souveraineté réelle du Canada, tant au niveau de son économie que de sa défense ou que de ses services de renseignements.
Si les États-Unis sont déterminés et malins, ils joueront de la désunion des provinces canadiennes.
Sans le libre-échange avec les États-Unis, le Canada entrerait possiblement en récession majeure. Le pays survivrait, bien sûr, mais les Canadiens verraient leur qualité de vie baisser drastiquement.
C'est d'ailleurs possiblement le plan de match trumpiste: pressuriser économiquement le pays pour forcer Ottawa à faire des concessions sur sa souveraineté, notamment sur son protectionnisme économique ou ses terres rares.
Notons que Doug Ford a déjà ouvert la porte à l'éventualité d'une collaboration avec Washington pour l'exploitation des terres rares ontariennes, stratégiques pour l'industrie de la défense américaine.
L’aboutissement d’un long processus
La signature de l'ALÉNA en 1994 était déjà le début d'une intégration économique commune nord-américaine, comme l'a été la Communauté économique européenne (CEE) qui a précédé l'Union européenne.
Si on rajoute à cela la dépendance canadienne envers les États-Unis pour sa défense balistique (NORAD), sa défense territoriale dans l'Arctique (le Canada étant incapable d'assurer seul le contrôle de cette frontière) et son alliance militaire (l'OTAN), le Canada est déjà sous dépendance américaine.
Trump fait juste nous rappeler brutalement la condition de faiblesse économique et géostratégique canadienne.
En vérité, et bien que cela blesse l'ego canadien, le Canada est un État largement vassalisé par les États-Unis.
Les gesticulations de Chrétien sur le refus d'aller en Irak en 2003 alors que l'armée canadienne aida effectivement les Américains à faire leur invasion prouvent que tout cela n'était que de la poudre aux yeux électorale.
Les navires canadiens aidèrent le déplacement de troupes américaines, les officiers canadiens intégrés aux troupes américaines et britanniques suivirent leurs hommes et un futur général et chef d'état-major de la Défense canadienne aida à planifier le renversement du régime de Saddam, etc.
Par ailleurs, beaucoup d'observateurs ont fait remarquer que si le Canada se joignait aux États-Unis, cela désavantagerait le Parti républicain par l'ajout de l'équivalent de la Californie démocrate dans le collège électoral.
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Ce problème électoral est relativement contournable pour le Grand Old Party.
Si le Canada n'est pas ultimement annexé comme un seul État, mais comme les dix États fédérés que sont déjà les provinces canadiennes, les gains électoraux pour les démocrates seraient plus faibles et le parti républicain pourrait facilement gagner quelques nouveaux États, notamment dans ce qui est encore aujourd'hui l'Ouest canadien.
On pourrait même penser que l'Ontario pourrait basculer une élection sur trois en faveur des républicains.
Le Canada sous pression
Si les États-Unis sont sérieux dans leur volonté annexionniste, ils se mettront conjointement à pressuriser économique le Canada pour qu'il cède petit à petit sa souveraineté et intègre encore plus rapidement l'économie américaine tout en finançant des réseaux politiques favorables à l'annexion, notamment le monde des affaires lié à l'énergie fossile.
Regardez bien l'évolution possible de Jordan Peterson ou de Rebel News dans cette direction.
La base conservatrice de l'Ouest étant la plus réceptive à ce mouvement annexionniste, c'est là qu'ils devraient mettre d'abord leurs efforts politiques et médiatiques.
Rajoutons à cela le changement de population par l'immigration massive qui cause un déclin d'attachement aux racines britanniques et françaises du pays, tant au Canada anglais qu'au Québec, et vous avez la recette pour un basculement de l'opinion publique.
Rappelons que les immigrés que nous recevons ne viennent ici que parce qu'ils ne sont pas parvenus à obtenir la sélection des États-Unis. Le «rêve canadien» n'est qu'un «American Dream» de seconde zone pour les plus malchanceux des immigrés nord-américains.
Quant au Québec, c'est bien sûr une opportunité pour lui de jouer Washington contre Ottawa afin d'essayer de maximiser l'état de faiblesse de l'État canadien en arrachant des concessions majeures au fédéralisme canadien.
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Le Canada 51e État? Probablement plus la dégradation de sa souveraineté au courant des prochaines années face aux concessions majeures qu'il devra faire devant le nationalisme américain qui fait un repli continental façon Doctrine Monroe et réactive son mythe d'une Destinée manifeste, tout en opérant un pivot vers l'Asie contre Pékin.
Si les États-Unis sont déterminés et malins, ils joueront de la désunion des provinces canadiennes et forceront le pays à se plier encore d'avantage à leurs exigences économiques, militaires et stratégiques. Le Canada pourrait bien n'être bientôt qu'un fruit mûr à cueillir pour Washington.
Attachez vos tuques avec de la broche, car ça risque de brasser dans les prochaines années. Au moins, Trump a le mérite de rendre la politique canadienne divertissante...












