Pour croître, le PCQ ne doit pas chercher à concurrencer le PQ et la CAQ sur le terrain nationaliste, mais unir les droites. Face aux élites woke, seule une alliance forte permettra de proposer une alternative séduisante pour les Québécois.
Samuel Lamarche fait dans ces mêmes pages un constat qui est à la fois intéressant, mais aussi assez dur, du Parti conservateur du Québec.
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Si un paradoxe peut présenter une divergence insurmontable, il peut être aussi un stimulant puissant pour la réflexion. Si M. Lamarche semble y voir les contradictions apparentes du parti, j’y vois pour ma part des opportunités.
Bien définir nos objectifs
Partons notre réflexion à partir d’un penseur du XVIIIe siècle qui est récemment redevenu très populaire dans les milieux conservateurs: Edmond Burke. Qu’est-ce qu’un parti politique? C’est, écrit Burke, «un ensemble d’hommes réunis pour promouvoir, dans leur entreprise commune, l’intérêt national à partir d’un principe particulier dans lequel ils s’entendent tous».
À prime abord, on peut se demander quel principe peut bien réunir des conservateurs résolus, des conservateurs plus modérés, des libéraux classiques, des libertariens, des nationalistes identitaires, des conservateurs sociaux et religieux, etc.
Pourtant, ceux et celles qui s’identifient à l’un de ces groupes en ont l’intuition: tous s’opposent aux fruits empoisonnés du marxisme de l’École de Francfort, à la révolution sociale des mœurs et des coutumes, menée par le haut dans une véritable vision cauchemardesque d’ingénierie sociale.
Dans ce contexte, le principe qui peut, et qui doit unir le PCQ, c’est l’union naturelle des droites contre cette vision. Dans le contexte québécois, tous les courants de droite sont trop faibles pour faire face seuls à cet immense défi.
C’est un principe unificateur négatif, c’est vrai, mais une «contre-révolution» est par nature négative. C’est le point de départ aujourd’hui de tout conservateur sérieux.
Il s’agit d’abord de mettre fin au désordre, ce qui ne doit pas être confondu avec un plan pour imposer un ordre alternatif qui viendra après.
La raison en est toute simple aussi: c’est la seule et unique manière de rassembler assez de points de vue, d’intérêts, de talents, de sources de financement, de connexions et d’énergies pour défaire cette révolution élitiste.
Le vent de droite qui souffle en Europe et chez nos voisins du sud semble être porté par ce genre de mouvements qui défient nos catégories traditionnelles. Nous naviguons en mers inconnues, le monde entre dans une nouvelle ère.
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Samuel Lamarche estime que le réalignement gauche-droite sur lequel mise M. Duhaime n’a pas eu lieu et que le PCQ est mal équipé pour faire face à un retour politique de la question nationale. Je lui donne en partie raison.
Le PCQ, comme n’importe quel parti politique au Québec, ne peut pas ignorer la question nationale compte tenu que 60% de l’électorat est d’abord et avant tout nationaliste au sens large.
Le nationalisme insuffisant
Mais le nationalisme ne se suffit pas à lui-même, il s’incarne toujours en combinaison avec une autre idéologie qui lui donne plus de substance : on a vu ainsi des nationalismes socialistes, conservateurs, libéraux, etc.
Au Québec, par des circonstances historiques particulières, le nationalisme a été associé à la social-démocratie, ce qui explique, en partie, la faiblesse de la droite québécoise depuis 1960. D’autre part, les problèmes structurels que nous avons identifiés plus haut ne seront pas réglés par l’indépendance du Québec. Les élites progressistes n’ont que faire des frontières.
Je me risquerai encore plus avec cette prédiction: la remontée du PQ est un mirage. Un chant du cygne en quelque sorte, et non pas la preuve que le réalignement gauche-droite n’aura pas lieu au Québec.
Les francophones, déçus par la CAQ, se retournent vers le PQ, qui apparaît comme la seule alternative rassurante depuis leur rejet définitif du PLQ. C’est aussi une question de démographie: les baby-boomers s’identifient au parti de leur jeunesse qui a porté les aspirations de leur génération.
Le PCQ ne gagnera pas les prochaines élections, mais il serait très naïf de l’en croire capable, même en brandissant le «hochet» du nationalisme, alors qu’il y a déjà la CAQ et le PQ. Dans ce contexte, le PCQ ne pourrait aucunement être original.
L’objectif d’être «le parti de la grande région de Québec» n’est pas si mal si cela veut dire gagner une présence à l’Assemblée nationale, objectif fondamental. Une fois bien établie et en croissance, l’union des droites incarnée par le PCQ pourra se trouver un horizon national.
Soyons patients
Finalement, répondons à la question: quel électorat pour le PCQ? Tous ceux qui s’opposent aux élites progressistes actuelles d’abord, puis les régions et les «jeunes» de 18-35 ans.
Je comprends bien l’impatience de M. Lamarche, mais nous en sommes toujours à bâtir les fondations d’un parti qui, s’il sait bien jouer ses cartes, pourrait être celui capable d’incarner au Québec le mouvement de droite qui bouleverse le monde occidental et que plusieurs attendent.
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Le Québec n’en sera pas épargné: il faudra que le PCQ soit prêt à accueillir cette vague pour en tirer profit, mais aussi pour lui donner une forme en harmonie avec la réalité québécoise.
Voilà les défis et les opportunités du «paradoxe Éric Duhaime». Il faudra plus d’un cycle électoral pour relever ce défi, ce qui demandera de la patience, du temps et surtout énormément d’efforts. Des efforts nécessaires pour le redressement du Québec.
Éric Duhaime a déjà réussi la prouesse de transformer le PCQ en un véhicule capable de faire avancer les aspirations de la droite québécoise. Il mérite qu’on lui fasse confiance.











