La langue française ne doit pas être modifiée pour refléter des courants à la mode, car elle risquerait de perdre son universalité et sa clarté. Notre contributrice répond à Madeleine Pilote-Côté du Journal de Montréal.
Dans le Journal de Montréal, Madeleine Pilote-Côté qualifie le français de «langue arriérée»!
Selon elle, la génération Z se désintéresse de cette langue qu'elle percevrait comme sexiste et désuète, notamment en raison de la règle du masculin qui l’emporte. Modifier cette règle pourrait apparemment renforcer leur sentiment d’appartenance au français et en assurer la pérennité.
Méprise historique
Confondre sexisme et convention linguistique, c’est se méprendre sur l’Histoire. La règle du masculin l’emportant sur le féminin n’est pas née d’un désir de domination masculine, mais plutôt d’une simplification grammaticale établie au XVIIe siècle.
Avant cela, certaines règles de grammaire donnaient la priorité au genre le plus proche ou au féminin dans certains cas. Il s’agit donc d’une convention et non d’une règle fondée sur des considérations sociales.
La préservation de l’unité linguistique francophone doit rester une priorité. En modifiant des conventions grammaticales largement répandues, on risquerait d’introduire des variations régionales ou des usages concurrents, compliquant l’apprentissage et la communication.
La langue doit rester au-dessus des modes
Il est impératif de maintenir une distinction fondamentale entre langue et idéologie. Modifier la grammaire pour refléter des idéaux sociaux ou politiques mettrait la langue en danger de devenir un instrument d’agendas particuliers, au lieu d’un moyen universel de communication.
La langue doit rester universelle et accessible, sans être subordonnée à des courants de pensée idéologiques passagers.
Il en va de même avec l’écriture inclusive et la féminisation des professions.
En tant que féministe universaliste ayant siégé pendant trois ans au conseil d’administration de Pour les Droits des Femmes du Québec, je suis convaincue que l’écriture inclusive et la féminisation forcée des professions ne sont pas des moyens pour atteindre l’égalité.
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Comme le souligne Jean-François Revel, «le français achèvera de se décomposer dans l’illettrisme pendant que nous discuterons du sexe des mots.» Cette obsession pour la féminisation linguistique néglige un fait fondamental: en français, le genre grammatical n’a souvent rien à voir avec le sexe biologique.
Un homme peut être une recrue, une vedette, ou même une fripouille. Une femme peut être un mannequin, un tyran ou un génie. Ces termes sont sémantiquement neutres, malgré leur genre grammatical. Forcer leur féminisation revient à commettre une «banale faute d’accord», comme le dit Revel.
Certains mots se féminisent naturellement : avocate, chanteuse, directrice. Mais inventer des termes comme «ministresse», «proviseuse», ou «commandeuse» ne sert ni la clarté ni l’esthétique de notre langue. Un ambassadeur reste un ambassadeur, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme.
L’évolution d’une langue est un processus lent et organique. Ce n’est pas le rôle de l’État ou des institutions d’imposer des changements linguistiques arbitraires, surtout pas à travers le système éducatif.
Mauvaise cible
Pour atteindre l’égalité, il vaudrait mieux se concentrer sur l’enseignement correct du français et sur la promotion réelle des femmes dans tous les domaines, notamment celui de l’équité salariale.
Ce n’est pas la langue française qui doit s’adapter à la jeunesse, c’est la jeunesse qui doit la maîtriser pour accéder au monde et à la liberté.
Orwell aura le mot de la fin: «Si la pensée corrompt le langage, le langage peut aussi corrompre la pensée.»
Ne laissons pas notre langue devenir l’otage des idéologies, car c’est précisément sa stabilité qui garantit sa force comme outil de pensée et d’expression.













