Défensif, offensif, imaginaire: quel nationalisme pour demain?

Drapeaux du Québec. Photo: Christian Chomiak pour Unsplash.

Vendredi le 11 novembre 2022, à 12:30

Selon le chroniqueur Samuel Lamarche, trois types de nationalismes coexistent dans l’espace public: le défensif, l’offensif et l’imaginaire, mais seul l’un d’entre eux peut répondre réalistement aux besoins de la nation québécoise. 

 

Le nationalisme québécois est unique en son genre, car c’est l’un des rares nationalismes dans le monde qui n’est pas exclusif à un parti ou à une idéologie.

 

Cette force est malheureusement un couteau à double tranchant à bien des égards. 

 

Un nationalisme à toutes les sauces

 

Lorsque je dis que le nationalisme québécois n’est pas exclusif à une idéologie et à un parti, je n’exagère pas. Au Québec, tous les chefs de partis se sont présentés comme des nationalistes à un moment ou un autre de la dernière campagne électorale.

 

Toutefois, si les politiciens de tous les horizons se réclament du nationalisme, c’est aussi parce que le mot, le concept du nationalisme québécois perd son sens. 

 

Pour rebondir sur un thème présent dans nos vies présentement, le nationalisme québécois est victime d’une forme d’inflation. 

 

À force de l’utiliser à toutes les sauces, pour une chose et son contraire, le concept, l’idée même du nationalisme québécois perd son essence, son identité. 

 

Il est possible d’identifier plusieurs formes de nationalisme au Québec que je classerais ainsi: le nationalisme défensif, le nationalisme offensif et le nationalisme imaginaire. 

 

Le nationalisme défensif 

 

Chacune de ses catégories peut se diviser.

 

Ainsi, le nationalisme défensif se divise actuellement en deux branches: le nationalisme caquiste/autonomiste et le nationalisme indépendantiste du Parti québécois. 

 

La différence est fondamentale, car pour les premiers, le nationalisme québécois s’exprime dans le cadre fédéral canadien. Il se révèle donc être un nationalisme plus prompt à causer des conflits avec Ottawa. 

 

Que ce soit sur le plan identitaire, économique ou simplement sur des questions de champs de compétences, le nationalisme caquiste est un nationalisme de conflit perpétuel. 

 

C’est un atout politique incroyable, car ce nationalisme fournit un «wedge» perpétuel. Avec son équipe de communication efficace, la CAQ réussit à se projeter comme le défenseur de la nation québécoise face au méchant gouvernement d'Ottawa. 

 

De son côté, le nationalisme indépendantiste/péquiste estime que la nation québécoise ne peut survivre au sein du Canada et défend donc l’option qu’elle doit quitter la fédération.

 

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Or, puisque le PQ a essuyé deux échecs douloureux lorsqu’est venu le temps pour les citoyens de décider de leur avenir, il s’est retrouvé dans une fâcheuse position. 

 

D’un côté, le message de la survie linguistique et culturelle plaît aux Québécois, mais pas suffisamment pour renoncer à leur confort économique dans la fédération. 

 

Le nationalisme péquiste a donc évolué vers un nationalisme de préservation des acquis, une posture défensive. Le but implicite étant de conserver un poids démographique francophone suffisant pour permettre un référendum gagnant advenant un conflit constitutionnel. 

 

J’appelle cette dernière stratégie la doctrine Bastien, du nom de l’historien et ex-candidat à la chefferie du PQ. Son grand frère, plus populaire, se retrouve à être le nationalisme «Bock-Côtéen».

 

Ces deux formes de nationalisme défensif utilisent abondamment l’État et ses pouvoirs pour «défendre» la nation. Certains pourraient même être tentés de dire que la CAQ et le PQ instrumentalisent les pouvoirs étatiques pour rendre les citoyens plus dépendants du gouvernement provincial et ainsi en faire l’État naturel des citoyens. 

 

Le nationalisme imaginaire

 

Quant à lui, le nationalisme élitiste/imaginaire est défendu par le PLQ et Québec solidaire. 

 

C’est un nationalisme utopique et inoffensif inventé par des «intellectuels» de gauche. Tant au PLQ qu’à QS, ce nationalisme se révèle être un grand rêve d’ingénierie sociale où magiquement, la population se retrouverait à penser de la bonne façon, c’est-à-dire comme le PLQ et QS. 

 

On parle ici d’un nationalisme où protéger la langue française et la laïcité, deux piliers de la nation, se révèle discriminatoire, raciste et xénophobe… 

 

Quand Dominique Anglade et Gabriel Nadeau-Dubois se disent nationalistes, réalisent-ils qu’ils sont des nationalistes canadiens au fond? Promouvoir le multiculturalisme et l’immigration massive (deux choses que les Québécois n’affectionnent pas particulièrement) ressemble plus au programme d’un Justin Trudeau...

 

On se dit nationaliste, mais on méprise ouvertement ce que plusieurs membres de la nation désirent et on les traite comme des mécréants devant être convertis à la vraie foi.

 

Le nationalisme offensif 

 

Passons au nationalisme offensif. À l’heure actuelle, seul le Parti conservateur du Québec semble vouloir se diriger vers cette forme de nationalisme. 

 

À la différence du nationalisme défensif, le nationalisme offensif vise à faire des gains et non pas seulement à conserver les acquis ou à freiner le déclin. 

 

Dans le cas du PCQ, son nationalisme s’inscrit dans le cadre fédéral à travers un désir de représentation et de leadership au sein de la francophonie canadienne, mais aussi nord-américaine.

 

Ce nationalisme s’inscrit dans le désir du Québec de prendre ses pleins pouvoirs et privilèges à la suite de la reconnaissance de son statut de nation par Ottawa, notamment avec la création d’équipes nationales sportives du Québec. 

 

Mes amis péquistes et caquistes estiment que l’opposition du PCQ à la loi 96 le disqualifie. C’est faux, car cette loi relève d’une pensée magique propre au nationalisme défensif, selon laquelle l’État est habilité et capable de contrôler entièrement la direction d’une langue face à ses concurrentes. 

 

La loi 96 aura un impact marginal sur la langue française, mais sera un véritable champ de bataille politique, juridique et creusera encore plus le fossé avec la minorité anglophone. 

 

La loi 96 ne renversera aucunement la situation linguistique à Montréal et soyons réalistes: Matane ne sauvera pas la nation québécoise malgré les efforts louables de Pascal Bérubé. 

 

Ce qu’il nous faut est un changement de mentalité, car les Québécois souffrent d’un «épuisement linguistique et législatif». J’emprunte ici l’expression à Paul Saint-Pierre Plamondon qui, avant de devenir chef du PQ, décrivait dans son livre Les Orphelins politiques (Boréal, 201) l’obsession référendaire comme du harcèlement psychologique. 

 

Le chef du PQ expliquait que Québec ne pouvait pas sauver le français en légiférant continuellement, particulièrement si la volonté des Québécois n’est pas au rendez-vous. 

 

J’imagine qu’il a changé d’idée sur ce point aussi, puisqu’il défend désormais l’application de la loi 101 aux cégeps. 

 

Le changement de mentalité doit être total, car la réalité linguistique est entièrement différente de l’époque des gains de la loi 101. Après l’adoption de la loi 101, quand un nouvel arrivant s’installait à Montréal, les journaux étaient majoritairement en français, la télé était en français, l’affichage et les emplois aussi l’étaient aussi en majorité.

 

Jusque dans les années 2000, il était aussi relativement difficile pour l’immigré de rester imprégné de son pays d’origine. Or, avec internet, le divertissement est disponible dans toutes les langues. Les médias sociaux remplacent souvent les médias traditionnels. 

 

Dans cette dynamique, l’affichage obligatoire en français devient plus une caractéristique folklorique qu’un outil d’intégration et d’assimilation. 

 

Pire encore, avec les Uber Eats et Amazon de ce monde, le nouvel arrivant peut consommer, s’informer, se divertir et plus encore sans jamais prononcer un mot en français. 

 

Que faire?

 

Trois facteurs sont déterminants pour qu’un immigré apprenne et adopte notre langue: la coercition, la nécessité et l’attraction. 

 

Dans le cadre fédéral et légal actuel, le Québec fait déjà le maximum pour forcer les gens à s’intégrer en français d’un point de vue légal. Cette avenue semble être un cul-de-sac.

 

La nécessité était le point fort du français jusqu’à récemment. Soyons honnêtes: si demain matin, le Québec vous imposait trois cours au cégep de langues autochtones, allez-vous vraiment devenir un locuteur fréquent? À moins d’avoir un intérêt particulier ou de résider dans une région avec une réalité linguistique particulière, la réponse est non. 

 

C’est le même principe pour un nouvel arrivant. Puisque la majorité des nouveaux arrivants s’installent à Montréal et que la métropole est désormais fonctionnellement bilingue, pourquoi les nouveaux arrivants choisiraient-ils le français?

 

L’attractivité est la seule planche de salut du français au Québec. Il faut que le français ouvre les portes de la prospérité, de la culture et du divertissement. 

 

Il faut que les francophones deviennent aussi riches que les anglophones et que le Québec devienne une nation d’opportunités. L’économiste Vincent Geloso a écrit beaucoup plus que moi à ce sujet. 

 

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14 millions de francophones vivent actuellement en Amérique du Nord. C’est donc dire qu’il y a environ autant de francophones hors du Québec qu’au Québec. Il faut que le Québec devienne le pôle économique, intellectuel et culturel de la francophonie en Amérique du Nord. 

 

Dans un monde idéal, nous devrions voir un mouvement migratoire des francophones hors Québec vers le Québec. 

 

Au minimum, nous devrions voir un mouvement des capitaux, une attraction des cerveaux francophones vers nos universités et nos entreprises. 

 

Cette attractivité doit venir des Québécois, pas de l’État. Il faut que le Québec réalise qu’il ne peut plus continuer sur cette voie avec l’étatisme chronique, la réglementation à outrance et ce que j’appelle la «CHSLDisation» du Québec. 

 

Le Québec a le potentiel d’être l’Amérique française, cessons d’essayer d’en faire une France américaine.