Une lettre ouverte de Patrick Provost, professeur à l’Université Laval et résident de la circonscription de Jean-Talon, à Québec.
Le 2 octobre 2023, les électeurs de Jean-Talon iront aux urnes pour élire la personne qui succédera à la députée démissionnaire Joëlle Boutin. Au cœur de la circonscription: l’Université Laval.
La mission des universités est centrée sur l’enseignement des connaissances les plus avancées acquises par une recherche de pointe au bénéfice de la population, dont les résultats sont diffusés dans le cadre de services à la communauté. Au cœur de cette mission, les professeurs bénéficient d’un privilège essentiel à leurs fonctions: la liberté universitaire.
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Cette liberté leur permet de penser, de réfléchir, d’analyser, d’exercer leur esprit critique, d’émettre des idées, de débattre et de s’exprimer librement, et même d’intervenir pour critiquer les politiques publiques lorsqu’ils le jugent nécessaire pour protéger le public.
La campagne électorale dans Jean-Talon offre la chance unique d’amener dans le débat public l’enjeu capital de la liberté universitaire.
C’est ce que j’ai fait, à plusieurs reprises, depuis le début de la crise de la Covid-19, et cela m’a valu, pour la première fois de ma carrière, de sévères sanctions disciplinaires de la part de mon employeur.
L’affaire Patrick Provost
Malgré la Loi sur la liberté académique dans le milieu universitaire, issue des travaux de la Commission Cloutier, l’Université Laval m’a suspendu de mes fonctions professorales à quatre reprises pour un total de 6 mois, 1 semaine et 1 jour sans salaire en moins d’un an, en raison de mes prises de paroles publiques critiques envers les vaccins ARNm Covid-19.
Auréolés par trois mentions de Découverte de l’année, mes travaux sur l’ARN (~20 ans) et les nanoparticules lipidiques (~10 ans) me placent dans une position unique pour jeter un regard critique et pertinent sur les vaccins Covid-19 qui en sont constitués. Normalement, cette position aurait dû me conférer un droit de parole public légitime sur la question, et non m’exposer à de viles attaques.
L’application de la Loi
Serait-ce trop demander de simplement faire respecter et assurer la primauté – sur tout processus institutionnel administratif – de la Loi censée protéger la liberté académique en milieu universitaire, que l’Assemblée nationale a adoptée en juin 2022?
Car, sans cela, la liberté devant être à l’abri de toute contrainte doctrinale et sans risque de représailles, elle sera, au contraire, conditionnelle et contrainte par l’autorité, sinon judiciarisée.
Le danger qui guette un État qui n’applique pas la Loi est la perte de nos repères sociétaux, l’effritement de la confiance du public et l’instabilité sociale pouvant en découler.
Enjeu et appui politique
La campagne électorale dans Jean-Talon offre la chance unique d’amener dans le débat public l’enjeu capital de la liberté universitaire, qui, trop peu discuté, devrait être un principe fondateur transpartisan de notre société, aussi distincte soit-elle.
Jusqu’à présent, deux partis politiques, soient le PCQ d’Éric Duhaime et Climat Québec de Martine Ouellet, qui sont pourtant aux antipodes du spectre politique québécois (sans compter Démocratie directe), appuient le principe de liberté universitaire à travers moi. Comment se positionnent les autres partis impliqués dans la course?
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Face à cet enjeu et à l’Affaire Patrick Provost, les partis politiques doivent évaluer la pertinence et l’opportunité d’une éventuelle prise de position, en regard aux possibles gains et pertes en termes d’intentions de vote. Peut-on croire que l'avenir de la liberté académique se réduise à un simple calcul électoraliste?
L'avenir de la liberté universitaire
Même si Québec solidaire, qui s’était rapidement dissocié de moi à l’annonce de ma première suspension, et la CAQ, du fait de la non-intervention de sa ministre de l’Enseignement supérieur, Pascale Déry, ont déjà pris position, il n’est pas trop tard pour se réaligner à l'occasion de cette partielle.
Quelle position adopteront les autres partis d’opposition, tels que le PLQ et le PQ, que j’ai sollicités personnellement, qui ont longtemps appuyé le gouvernement, outre l’esquive ou le silence radio? Les partis d’opposition doivent savoir qu’en se rangeant du côté de la Loi et de la raison, ils pourraient marquer des points sur cet enjeu contre la CAQ et lui faire perdre son siège.
L’idéal étant la reconnaissance, par toutes les formations, de la liberté universitaire comme un des principes fondateurs d’une société québécoise libre et démocratique, lequel des partis d’opposition fera preuve du courage politique nécessaire pour s’opposer au gouvernement, exiger le respect de la Loi et soutenir la liberté des professeurs d’université?
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La liberté universitaire, garante de la protection du bien commun, de la santé et du bien-être de la population, sortira-t-elle gagnante de cette élection?











