Sous le poids de Pékin, la liberté de presse recule à Hong Kong

Un homme lit un journal devant un restaurant dans une rue de Hong Kong, le 25 janvier 2025. Photo: Mladen ANTONOV pour l’AFP.

Lundi le 9 février 2026, à 11:45

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Sous le poids de Pékin, la liberté de presse recule à Hong Kong
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La condamnation du magnat de presse Jimmy Lai à Hong Kong confirme l’effondrement accéléré des libertés médiatiques dans l’ex-colonie britannique, sur fond de durcissement sécuritaire imposé par Pékin.

 

Hong Kong a jadis connu une ère de médias libres et indépendants, avec le tabloïd pro- démocratie Apple Daily et son fondateur au franc-parler, Jimmy Lai, au cœur d'un paysage médiatique foisonnant.

 

Sur cette photo prise le 16 juin 2020, le magnat des médias et millionnaire Jimmy Lai pose lors d'un entretien avec l'AFP dans les bureaux de Next Digital, à Hong Kong.




L'ancien magnat des médias, 78 ans, a été condamné à 20 ans de prison lundi, accusé de publications séditieuses et collusion avec l'étranger en vertu de la loi sur la sécurité nationale de la ville.

 

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En une vingtaine d'années, l'ancienne colonie britannique rétrocédée à la Chine en 1997 a dégringolé dans le classement de la liberté de la presse de Reporters sans Frontières (RSF), passant de la 18e place en 2002 à la 140e en 2025.

 

Amnesty International a qualifié lundi la condamnation de M. Lai d'«attaque frontale contre la liberté d'expression qui illustre parfaitement le démantèlement systématique des droits qui, autrefois, caractérisaient Hong Kong».

 

La fermeture d'Apple Daily

 

Voici quelques événements clés témoignant de cette détérioration de la liberté de la presse:

 

Pékin a imposé une législation sur la sécurité nationale en juin 2020, un an après que d'immenses et parfois violentes manifestations pro-démocratie ont secoué le centre financier.


Teresa Lai (à droite), épouse de Jimmy Lai et Joseph Zen (au premier plan), cardinal émérite de l'Église catholique, quittent le tribunal de première instance de West Kowloon après le prononcé de la sentence de son mari, le 9 février 2026. Photo: Peter PARKS pour l’AFP.

 

 

En août, des centaines de policiers avaient perquisitionné la rédaction d'Apple Daily et arrêté Jimmy Lai. Il est derrière les barreaux depuis décembre 2020.

 

Le quotidien, lancé il y a 26 ans, a été contraint de fermer en juin 2021 après une nouvelle descente de police et l'arrestation de sa direction.

 

M. Lai et six cadres dirigeants ont été inculpés de collusion avec des forces étrangères au titre de la loi sur la sécurité nationale, seul Jimmy Lai conteste les charges. Tous ont été condamnés lundi.

 

Changement d'environnement 

 

En décembre 2021, le média en ligne Stand News a cessé ses opérations, après une perquisition de ses bureaux et l'arrestation de deux de ses cadres pour «publications séditieuses».

 

Le duo a plus tard été déclaré coupable, première affaire de ce type depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine. L'ex-rédacteur en chef de Stand News, Chung Pui-kuen, a été condamné à 21 mois de prison.

 

En août 2021, le site en mandarin The Initium a déplacé ses bureaux de Hong Kong à Singapour, évoquant le recul de la liberté de la presse.

 

En janvier 2022, un autre média en ligne, CitizenNews, a cessé ses activités dans le but «d'assurer la sécurité de chacun».

 

Les autorités ont également resserré leur étau sur le radiodiffuseur public RTHK en procédant à un examen plus strict de ses contenus.

 

En 2024, le gouvernement de Hong Kong a passé une nouvelle loi de sécurité nationale, cette fois établie sur place. Le média américain Radio Free Asia a alors fermé ses bureaux à Hong Kong, par crainte pour la sécurité de son personnel.

 

Avertissements aux médias étrangers 

 

Lundi, l'organe du gouvernement central chinois responsable des affaires étrangères à Hong Kong a adressé une lettre aux médias étrangers basés dans le territoire, exprimant «l'espoir» qu'ils rapporteront l'affaire Jimmy Lai «avec objectivité et impartialité» et «s'abstiendront de politiser les questions juridiques».

 

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Début décembre, après un incendie très meurtrier survenu dans un ensemble résidentiel à Hong Kong, l'agence de sécurité nationale chinoise dans la ville avait convoqué des représentants de la presse internationale pour les mettre en garde contre toute diffusion de «fausses informations» ou diffamation des opérations de secours du gouvernement.

 

Pertes d'emplois, refus de visas 

 

L'association des journalistes de Hong Kong (HKJA), avait rapporté en 2024 que des dizaines de journalistes faisaient face à du harcèlement et des tentatives d'intimidation «systématiques et organisées», incluant notamment des fuites de leurs informations personnelles et des menaces de mort.

 

L'année suivante, la HKJA a affirmé que plusieurs journalistes et leurs employeurs avaient fait l'objet de contrôles fiscaux jugés «déraisonnables».

 

RSF a estimé qu'au moins 900 journalistes hongkongais avaient perdu leur emploi dans les quatre ans suivant l'adoption de la loi de sécurité nationale.

 

En août 2025, les autorités d'immigration du territoire ont refusé de renouveler le visa de travail d'une journaliste de l'agence Bloomberg.

 

À l'époque, RSF a rapporté que c'était au minimum la dixième fois qu'un journaliste se voyait refuser son visa, ou interdire l'entrée à Hong Kong.