Urgence climatique, protection des élus, renvoi de Patrick Provost, code QR aux Îles: plusieurs développements récents témoignent de l’instauration d’une société de surveillance et de contrôle. L’éditorial de Jérôme Blanchet-Gravel.
Pendant que les grands médias traitent de l’invasion de dindes sauvages à Louiseville et plus récemment de lapins à La Tuque, l’étau continue de se resserrer autour des libertés au Québec, hélas dans l’indifférence d’une grande partie de la population absorbée par la gestion du quotidien.
Ces développements ne sont pas des cas isolés les uns des autres, mais les pièces d’un même mécanisme.
Il faut mettre en relation tous ces symptômes pour voir la maladie qui ronge les sociétés occidentales entraînées dans un cycle de déclin brillamment analysé par l’anthropologue Emmanuel Todd dans La Défaite de l’Occident.
La loi sur les catastrophes naturelles
Je rappelle d’abord que fin janvier dernier, le gouvernement du Québec a annoncé qu’il allait se doter de nouveaux «pouvoirs extraordinaires» en cas de catastrophe naturelle, notamment en cas de feux de forêt, de glissement de terrain ou d’inondations.
Le ministre de la Sécurité publique, François Bonnardel, a déposé un projet de loi qui permettra à Québec de déclarer un état d’exception «similaire à l’état d’urgence sanitaire».
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Sans que ce soit soulevé, nous assistons au Canada et plus largement en Occident à la banalisation, et par le fait même, à la normalisation de l’état d’urgence, un outil autrefois réservé à des situations véritablement extrêmes et exceptionnelles.
Cela signifie qu’après l’adoption de ce projet de loi, à peu près n’importe quelle «catastrophe naturelle» pourra justifier la suspension de libertés fondamentales le temps de rétablir la «sécurité» des gens jugés concernés par cette nouvelle «crise».
La loi sur la protection des élus
Quelques semaines après avoir annoncé qu’il débloquait deux millions de dollars pour aider les élus municipaux en «détresse», le gouvernement du Québec a déposé début avril un projet de loi pour «protéger les élus».
La loi donnerait le pouvoir d’octroyer aux citoyens «harcelants» une amende pouvant atteindre 1500$. Le fait de critiquer un élu à répétition sur les médias sociaux pourrait-il être considéré comme une forme de harcèlement?
Tel que je l’ai déjà écrit dans ces pages, ce genre de loi présente la démocratie comme un danger pour la santé mentale des élus et des citoyens eux-mêmes, comme s’il fallait préférer au débat propre au libéralisme le confort du consensus totalitaire. Il s’agit d’un basculement extrêmement grave.
La logique est la suivante: si la démocratie produit des «climats toxiques», peut-être faudrait-il alors la restreindre pour mettre en place un vaste safe space.
Des syndicats et des spécialistes s’inquiètent d’ailleurs de ce projet de loi dans La Presse, signe, peut-être, d’une certaine prise de conscience par rapport à ces nombreuses dérives. «Être dérangé, ça fait partie de la joute politique, tant que ça ne vire pas au harcèlement», souligne le professeur de droit Pierre Trudel de l’Université de Montréal.
Le renvoi de Patrick Provost
Le 25 avril dernier, Libre Média a révélé que le professeur Patrick Provost avait été congédié par l’Université Laval juste avant Pâques. Fin janvier 2023, l’université l’avait averti que «toute récidive» pourrait entraîner cette décision.
Le prolifique et réputé chercheur, à qui l’on reproche ses interventions publiques remettant en question la vaccination Covid, contestera son congédiement.
Cette décision est une violation flagrante de la liberté académique questionnant l’utilité de la nouvelle loi de la CAQ censée la protéger, et s’inscrit dans un contexte plus large d’expansion de la censure dans tous les secteurs.
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Nous assistons ni plus ni moins à l’émergence d’une science d’État, c’est-à-dire d’une science autorisée dont le développement doit se faire à l’intérieur des paramètres établis par les gouvernements. Dans cette optique, le génie et l’autonomie des chercheurs comptent moins que les orientations définies par le régime.
Toute la lumière n’a pas encore été faite sur le congédiement de Patrick Provost. Libre Média reste à l’affût de nouvelles informations.
Le code QR aux Îles
Depuis le 1er mai dernier, toute personne ne résidant pas aux Îles-de-la-Madeleine doit se procurer le «Passe-Archipel» pour y entrer et y circuler.
Officiellement, la décision vise à créer une source de revenus destinée à protéger le territoire des dommages produits par le «tourisme de masse», comme à Venise et au Machu Picchu. A priori, il s’agit de préoccupations légitimes.
Mais concrètement, la décision constitue une violation de la liberté de circulation rappelant le blocage des régions au temps de la Covid. Il faut aussi y voir une évolution des mentalités en faveur d’un plus grand contrôle. La liberté de circulation est garantie depuis 1948 par l'article 13 de la Déclaration universelle des droits de l'homme.
Dans une autre perspective, la mesure réduit les Îles à une sorte de Parc Safari où il faudrait maintenant payer pour admirer les espèces en voie d’extinction qui s’y trouvent dans un esprit folklorique.
*Le 14 mai, les Îles-de-la-Madeleine ont décidé de rendre facultatif le «passe-archipel».













