Notre chroniqueuse Sarah-Ursula Therrien identifie les causes de l’augmentation des incidents violents dans nos écoles, dont l’intensité et la fréquence auraient atteint des niveaux records depuis la pandémie.
La prévention de la violence et de l’intimidation était un sujet particulièrement tendance dans les milieux scolaires durant la dernière décennie. Cette priorité a peu à peu été mise de côté avec l’arrivée de la pandémie au printemps 2020.
Lorsque l’on compare les données de différents centres de services scolaires entre 2018-2019 et 2021-2022, il est possible de constater que les événements violents ont doublé, voire triplé, malgré le court laps de temps.
Plus d’incidents et plus intenses
Au-delà de cette hausse en termes de chiffres, l’intensité elle-même des agressions s’est elle aussi accrue. On déplore une attaque au marteau, des coups de pied à la tête, un élève poignardé et même des coups de feu tirés à proximité d’écoles.
Certains centres de services scolaires se défendent en affirmant avoir modifié leur façon de comptabiliser les données d’événements violents dans leurs écoles durant cette période, mais c’est loin d’être le cas de la totalité d’entre eux.
Bien que la députée libérale Marwa Rizqy en fasse présentement son cheval de bataille, le ministre de l’Éducation Bernard Drainville refuse de s’engager à tenir une commission spéciale en ce sens, malgré des dénonciations qui prennent de l’ampleur.
Une combinaison de facteurs
Il est impossible d’expliquer le phénomène de l’augmentation de la violence dans les écoles par un simple facteur. Il s’agit plutôt d’une combinaison d’ingrédients qui donnent la recette parfaite pour engendrer cette hausse.
De nombreux experts dans le domaine, mais également les parents et le personnel scolaire, ont constaté l’implication alarmante des réseaux sociaux dans l’augmentation de ces comportements violents.
Ainsi, une majorité de jeunes ont maintenant le réflexe de sortir leur téléphone cellulaire pour filmer des scènes d’une violence déconcertante et d’autres encore, d’humiliations publiques. Les comportements à privilégier seraient plutôt d’aller chercher de l’aide, ou encore de tenter d’intervenir pour mettre fin à l’agression.
La motivation d’un tel comportement? Obtenir le plus de visionnements possibles, de «likes» et de commentaires sur les réseaux populaires du moment, tels que TikTok, Instagram, ou Facebook. Une popularité malsaine, certes, mais qui encourage malheureusement les jeunes à continuer d’agir de façon violente ou intimidatrice.
Médias sociaux et isolement
Cette forme de voyeurisme inquiétant aurait assurément pris de l’ampleur avec l’isolement social durant la période pandémique et les fermetures d’écoles vécues difficilement et à répétition chez les jeunes.
Puisque ces derniers ont un important besoin de socialisation à combler, il se sont dotés de tous les moyens possibles pour y parvenir, incluant une surutilisation malsaine des réseaux sociaux et l’accès à du contenu pour le moins questionnable.
Par ailleurs, n’oublions pas que l’une des missions de l’école québécoise est de faire socialiser nos jeunes. Le développement des habiletés prosociales en a pris un coup entre le printemps 2020 et aujourd’hui.
Les lacunes scolaires sont omniprésentes, la pénurie de personnel dans les écoles est plus élevée que jamais et les difficultés comportementales chez les enfants et les adolescents atteignent des sommets.
Il va sans dire que d’agir en amont et de miser sur la prévention et la promotion de bons comportements n’est pas la priorité des centres de services scolaires actuellement.
Le personnel également victime
Bien que la violence entre les élèves ait fait les manchettes dernièrement, n’oublions pas que le personnel qui travaille dans les écoles n’a également jamais été autant victime d’actes violents.
Des données révélées à la rentrée scolaire par la CNESST indiquent en effet que le nombre de réclamations pour des demandes d’indemnisations, en lien avec des lésions attribuables à de la violence en milieu de travail, a bondi de 65% entre 2020 et 2021.
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Pour qu’une telle réclamation soit faite, les travailleurs doivent avoir subi une agression dont la gravité laisse des séquelles physiques et/ou psychologiques qui peuvent les empêcher de travailler durant une certaine période. Les enseignants et les éducateurs spécialisés ou en service de garde représenteraient le plus grand nombre de victimes au sein du personnel scolaire.
Une fois de plus, les mêmes facteurs explicatifs s’appliquent, mais rajoutons également la hausse significative du personnel scolaire non qualifié, qui est plus à risque d’intervenir de manière non adéquate auprès de jeunes en crise, qui sont désorganisés et ont besoin d’interventions spécifiques à leurs difficultés.
Revoir les priorités
Avec l’arrivée de Bernard Drainville au ministère de l’Éducation, on pouvait se permettre d’espérer un vent de changement. Toutefois, l’ampleur de la tâche est plus lourde qu’elle ne l’a jamais été et les enjeux se multiplient au fil des mois. C’est le statu quo devant plusieurs problématiques.
Comment choisir les priorités à mettre de l’avant tandis que la liste ne cesse de s’allonger? Si vous questionnez les personnes qui travaillent de près ou de loin dans les écoles, plusieurs vous diront que les seules interventions actuellement possibles consistent à éteindre des feux.
Peut-être que nous devrions repartir à la base de la pyramide, en nous assurant que les besoins essentiels de nos enfants et adolescents sont comblés: avoir le ventre plein, être logé et vêtu adéquatement, mais aussi se sentir en sécurité…











