Jeremy Filosa: le droit de questionner bafoué

Le chroniqueur sportif Jeremy Filosa. Photo: page Facebook officielle de Jeremy Filosa.

Samedi le 19 octobre 2024, à 11:15

L’animatrice Éloïse Boies réagit à la suspension du chroniqueur sportif Jeremy Filosa par le 98,5 FM. Elle y voit une nouvelle manifestation du syndrome de la pensée unique dans un Québec de plus en plus perméable à la bien-pensance.

 

Voilà un moment que les médias traditionnels sont en déclin, en grande partie parce qu’ils ne cessent de décevoir et de tromper le public.

 

Mais aussi parce que les propos qui y sont énoncés sont constamment les mêmes, tous mâchés, recrachés puis mâchés à nouveau. Ce qui use l’auditeur qui en a marre de se faire prendre pour un abruti, ou de se faire carrément insulter.

 

À la radio, à la télévision, dans les talk-shows, aux nouvelles, nous n’avons droit qu’à une seule opinion; ce fameux syndrome de la pensée unique. Celle qui nous maintient dans le Dôme.

 

Le Québec de mouton noir à agneau docile

 

Le Québec est passé sournoisement du mouton noir du Canada à ce petit agneau désireux d’être aimé et de ne dire que ce qui est socialement accepté par crainte de froisser, d’être mal vu, de voir sa réputation ternie.

 

Là où cela devient sérieusement dangereux, c’est que le Québécois n’ose même plus aventurer ses propres pensées hors des dogmes bien établis, hors des soi-disant consensus. Il n’ose plus explorer les confins de son esprit critique et sa capacité à aborder par lui-même des questions plus ou moins complexes.

 

Au contraire, c’est pratiquement considéré comme un crime. Le crime de pensée, pour faire un clin d’œil à Orwell qui décrivait de façon très avant-gardiste, dans son roman 1984, les tendances totalitaires alarmantes de nos gouvernements actuels.

 

Alors au fil des années, surtout depuis 2020, nous avons vu fondre comme neige au soleil les idées marginales, différentes, voire originales dans la sphère publique.

 

Plusieurs ont perdu leur emploi ou ont été sanctionnés pour avoir remis en question certains narratifs très bien sillonnés sur l’autoroute de la bien-pensance.

 

Rappelons-nous le renvoi de Francine Pelletier par Le Devoir pour avoir émis certains doutes quant à la sacro-sainte vaccination contre la Covid-19. Rappelons-nous la plainte à l’ombudsman de Radio-Canada suivant l’entrevue de Stéphan Bureau avec l’«infâme» Didier Raoult.

 

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Alors pourquoi suis-je surprise d’apprendre que le chroniqueur Jeremy Filosa vient d’être suspendu pour une durée indéterminée suite à ses propos jugés vraisemblablement trop choquants pour les oreilles sensibles des auditeurs de Cogeco ou du 98,5?

 

Quels ont été ses propos si scandaleux, vous demandez-vous? «Je ne suis pas un conspirationniste […], mais je ne crois plus que l’Homme a marché sur la Lune».

 

L’animateur Philippe Cantin s’est braqué à l’écoute de ce discours et a reproché à son collègue de consulter trop de sites de fausses nouvelles!

 

Quand on sait que l'intelligence artificielle a déjà remis en question l'authenticité des images d'Apollo 11, il serait approprié d’ouvrir cette discussion avec pragmatisme. Surtout compte tenu du niveau de corruption et de mensonges au sein du gouvernement américain dans les années 60.

 

C’est durant cette décennie que la CIA complotait pour assassiner son président (il est de plus en plus évident qu’elle est impliquée dans la mort de John F. Kennedy) et que les États-Unis opéraient les programmes MK-Ultra et Mockingbird, et juste avant le fameux scandale du Watergate.

 

Est-ce si terrible de remettre en question ce haut fait, même en prenant bien soin de préciser ne pas être «complotiste»? Ce terme a tellement été employé dans le but de démoniser qu’y être associé peut maintenant mener à une perte d’emploi. L’heure est grave.

 

La culture de l’annulation à l’œuvre

 

Jeremy Filosa avait peut-être déjà une première tache à son dossier, ayant partagé sur X, une semaine auparavant, des images capturées dans un bureau de campagne de Donald Trump, lors d'une visite en compagnie de sa femme dans l'État de New York.

 

Pour les adeptes de la pensée unique, visiblement en position d’autorité dans les médias traditionnels, le crime de Filosa est peut-être d’avoir simplement relevé que les partisans de Trump étaient «gentils» sans rien dire d’abominable sur le candidat républicain.

 

Pour utiliser le langage du sport qu’il commente généralement (lorsqu’il ne parle pas de mission sur la Lune…), on peut dire qu’il avait déjà une prise à sa fiche du mois.

 

Je suis extrêmement alarmée – et déçue - par la direction inquiétante que prend le Québec. Je me demande sincèrement si nous allons toucher le fond pour nous permettre de remonter rapidement à la surface. Sinon, c’est l’asphyxie de la pensée critique à vitesse grand V qui nous guette.