Selon un récent sondage, un propriétaire sur quatre affirme qu'il devra probablement vendre sa maison si les taux d’intérêt augmentent davantage. Quels sont les ménages les plus touchés? Libre Média fait le point.
La semaine dernière, la Banque du Canada a haussé son taux directeur cible d’un demi-point de pourcentage à 1,5 % face à une crise inflationniste nationale.
Cette décision a obligé les institutions financières à relever leurs taux préférentiels, explique Olivier Rancourt, économiste à l’Institut économique de Montréal (IEDM), auprès de Libre Média.
Les plus précaires affectés en premier
Les personnes les plus affectées par cette hausse du taux directeur et donc des taux préférentiels sont les «ménages les plus endettés», précise-t-il.
Chez ces ménages, il y a une certaine «diversité sociale»: on retrouve des «personnes de la classe moyenne aussi bien que des personnes aisées», pointe l’économiste québécois.
Les ménages qui détiennent un prêt hypothécaire à taux variable, généralement sur cinq ans, devront encaisser un plus grand choc financier que ceux qui ont un prêt hypothécaire à taux fixe.
Le principe même du taux variable est que les institutions financières augmentent leur taux lorsque la Banque du Canada hausse le taux directeur, confirme Olivier Rancourt.
Hausse des paiements d’ici 2025-2026
Selon un rapport de la Banque du Canada, sorti jeudi dernier, la hausse des taux aura un impact négatif sur les détenteurs d’hypothèques, surtout ceux qui ont acquis une propriété pendant la pandémie.
«Ceux qui ont acheté dans le marché du logement récemment n’ont pas eu le choix de beaucoup s’endetter, car le prix du logement avait beaucoup augmenté pendant la pandémie», poursuit l’économiste.
D’après le scénario de la Banque du Canada, les prêts hypothécaires à taux variable et fixe de cinq ans souscrits en 2020 et 2021 vont se renouveler à des taux médians de 4,4% et 4,5% respectivement, d’ici 2025 et 2026.
La conséquence directe sera une augmentation médiane de paiement mensuel chez les ménages qui ont contracté un prêt hypothécaire, explique le rapport.
Des paiements jusqu’à 45% plus élevés
D’ici 2025-2026, le paiement mensuel des détenteurs de prêt hypothécaire à taux fixe pourrait augmenter de 24% à 26% et celui des détenteurs d’hypothèque à taux variable de 44% à 45%.
Une telle augmentation de paiement de crédit hypothécaire serait «assez exceptionnelle lorsqu’on regarde les trente, voire quarante dernières années», pointe Olivier Rancourt.
D’un point de vue global, la proportion des titulaires de prêt hypothécaire à taux fixe est trois fois plus grande que celle des détenteurs d’hypothèques à taux variable.
En effet, une étude préparée par l'économiste Will Dunning pour les Professionnels hypothécaires du Canada révèle que «72 % des détenteurs de prêts hypothécaires ont des prêts hypothécaires à taux fixe, 22 % ont des hypothèques à taux variable, et 5% ont des hypothèques combinées».
L’étude dévoile aussi que le crédit hypothécaire représente 67.7% de l’endettement des ménages, démontrant fortement l’importance de l’hypothèque chez les familles et couples canadiens.
Mauvaise stratégie du gouvernement
En réponse à ces phénomènes macro-économiques, le gouvernement devrait «cesser de stimuler la demande et de l’aligner avec l’offre», recommande Olivier Rancourt.
Pendant la pandémie, dans un contexte de stimulation de la demande, le gouvernement fédéral a facilité l’achat de maisons en «encourageant les ménages de s’endetter pour acheter des propriétés sur le marché du logement», explique l’économiste.
Le problème, c’est que le gouvernement fédéral continue cette stratégie de stimulation de demande sans aucun alignement de l’offre.
En conséquence, on se retrouve avec une «augmentation du prix du logement, obligeant les gens à s'endetter», ce qui n’est pas raisonnable dans un contexte de hausse probable des taux d'intérêt dans les prochains mois.
Impact sur la santé mentale?
Le sondage sur la dette au Canada, publié par la Banque Manuvie du Canada le 20 juin dernier, confirme cette crainte grimpante inédite chez les propriétaires canadiens.
Cette hausse d’inquiétude chez les propriétaires canadiens semble être justifiée par une augmentation du taux directeur de la Banque du Canada, qui a un effet domino sur les taux préférentiels des banques commerciales et autres institutions financières.
Selon le sondage, mené entre le 14 et 20 avril auprès de 2001 Canadiens, un propriétaire sur quatre a de la difficulté à payer ses factures.
Près d’une personne endettée sur cinq s’attend à ce qu’une augmentation du taux directeur ait un impact négatif important sur son endettement.
L’enquête statistique révèle aussi que près de la moitié a une santé mentale plus faible à cause du stress provoqué par leur propre endettement.












