Selon l’auteur et ex-enseignant au collégial Hassan Jamali, le développement d’une multitude de «ghettos scolaires» à Montréal compromet l’intégration de nombreux jeunes immigrés. Il est temps de repenser notre modèle.
Dans une chronique publiée dans Le Devoir le 24 février dernier et qui fait beaucoup réagir, Jean-François Lisée cite les propos d'un professeur d’une école primaire multiethnique de Montréal, qui aurait quitté l’île car trop exaspéré d'entendre ses élèves rejeter l'identité québécoise.
Lisée cite aussi l’enseignant Emmanuel Lapierre, auteur du livre Le Duel culturel des nations: «Dans toutes les écoles de la région de Montréal où j’ai travaillé ces 15 dernières années, je n’en reviens pas de constater l’attitude de mépris ou de honte à l’égard de la langue et de la culture québécoise».
On peut donc constater qu'il y a un problème: l'intégration des jeunes immigrants à la société d'accueil, malgré une francisation réussie, est un échec.
Développement séparés
Dans mon livre Québec: quelle immigration pour une société distincte? (Dialogue Nord-Sud), j'ai abordé un sujet tabou: les ghettos scolaires qui se développent de plus en plus à Montréal.
Dans plusieurs écoles de Montréal, les seuls Québécois de souche se trouvent parmi les professeurs! Bonjour l'intégration à la société d'accueil! Comment voulez-vous intégrer un jeune immigrant à une société dans laquelle il ne vit pas et dont l'école ne la représente pas?
Le Danemark a fait en sorte que les élèves issus de l'immigration récente ne représentent pas plus de 30% de l'ensemble des élèves. Au Québec, on favorise le développement de ghettos scolaires et on se plaint ensuite en jetant le blâme sur les immigrants qui ne veulent pas s'intégrer à société d'accueil en adoptant ses valeurs.
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Mes garçons sont intégrés et ont des amis québécois. Pourquoi? Parce que j'ai quitté Montréal pour qu'ils puissent fréquenter des écoles où la majorité des élèves sont des Québécois de souche. Savez-vous que les jeunes qui ont décidé de rejoindre Daech en Syrie fréquentaient deux écoles secondaires se trouvant dans deux quartiers bien connus de Montréal?
L'intégration des jeunes immigrants se fait à l'école. Après, c'est trop tard. Il n’est donc pas anormal que les jeunes issus de l'immigration, même ceux nés ici, ne se sentent pas Québécois.
Une politique de sélection inadéquate
On peut aussi parler de la politique québécoise de sélection des immigrants.
La population québécoise compte environ 9 millions de personnes, dont 80% de francophones. Ainsi il peut paraitre normal que la politique de sélection des immigrants du gouvernement du Québec favorise les nouveaux arrivants francophones. C'est exactement ce qui se passe depuis l’entente Cullen-Couture accordant «un pouvoir déterminant» au Québec en matière de sélection des immigrants indépendants.
À la suite de cet accord, le gouvernement du Québec s’est doté de sa propre Loi sur l'immigration, de son propre système d’évaluation des immigrants indépendants, favorisant grandement les immigrants francophones, au détriment des candidats des pays de l’Est et de l’Amérique latine. De cette manière, nous avons réduit la diversité des sources d’immigration.
Conjointement à la loi 101, cette politique de sélection qui oblige les immigrants à envoyer leurs enfants à l’école française assurait une intégration linguistique réussie, mais paradoxalement, le développement de ghettos scolaires.
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En favorisant une immigration francophone (inutile en présence de la loi 101), on favorise trois ou cinq pays et on ferme la porte aux immigrants d’Europe de l’Est et d’Amérique latine tout en favorisant les regroupements sur une base ethnique et religieuse.
Or, plus les sources d’immigration sont diversifiées, plus l’intégration aux valeurs de la société d’accueil est aisée. Le gouvernement Legault, en voulant n’admettre que les immigrants francophones, va aggraver le problème.













