François Legault estime que son bilan écologique est réaliste et entend en faire plus pour l’environnement dans les prochaines années. Un bon bilan? Un bon plan? Libre Média en a parlé avec Greenpeace.
«La CAQ n’a pas été à la hauteur des enjeux environnementaux et manque cruellement de vision», estime sans grande surprise Patrick Bonin, responsable de la campagne climat-énergie à Greenpeace Canada.
Malgré la Stratégie québécoise sur l’hydrogène vert et la bioénergie et d’autres efforts gouvernementaux, le chef de la CAQ est loin d’être à la tête d’un État qui a atteint ses objectifs. D’un État qui veut s’attaquer aux diverses facettes de la crise écologique.
La neutralité carbone loin d’être atteinte
«Les émissions ne sont pas à la baisse et on manque complètement nos objectifs de réduction de gaz à effet de serre de 2030», déplore Patrick Bonin.
Selon l’inventaire des émissions de gaz à effet de serre, le bilan était à 84,5 mégatonnes de CO2 en 2019, représentant une diminution de 2,7% par rapport à 1990.
En d’autres termes, en 2019, le gouvernement a atteint 7% de l’objectif de 2030 qui est de réduire les émissions de 37,5% par rapport à 1990.
L’objectif de 2030 constitue «un demi-plan» selon Patrick Bonin. Si le gouvernement était vraiment volontaire dans ce dossier, il exigerait une réduction des émissions de GES de 50% d’ici 2030, considère-t-il.
Non seulement l'objectif, loin d’être atteint, est trop peu ambitieux, mais les projections du gouvernement montrent qu’il n’y aura pas de réduction importante des émissions de GES avant 2026-2027, selon l’ancien directeur climat-énergie de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique.
GES: les industries roulent encore à plein régime
Près des trois tiers des émissions de GES au Québec sont représentés par l’industrie (29,4%) et les transports (43,3%).
«Entre 1990 et 2010, on a une petite baisse des émissions au niveau de l’industrie et c’est dû majoritairement à des fermetures d’usines, mais sinon, les émissions n’ont pas diminué depuis 2010», observe Patrick Bonin.
Selon un projet de recherche de HEC Montréal, plus d’un tiers des émissions produites en industrie proviennent de l’utilisation des hydrocarbures (37%). Le reste vient des procédés industriels (30%), de l’agriculture (22%) et des matières résiduelles (11%).
À lire aussi: L’hydrogène vert, le nouveau pétrole renouvelable?
Par exemple, on retrouve de grands émetteurs dans le secteur de l’extraction des minerais, le raffinage de pétrole, la sidérurgie et l’aluminium, comme Arcelor Mittal, Valero Energy et RioTintoAlcan.
Le plan pour une économie verte 2030 vante le fait que le Québec a un plan solide pour réduire ses émissions d’ici 2030 et d’ici 2050. Notamment dans l’industrie avec un marché de carbone.
Mais plusieurs observateurs estiment que le marché du carbone n’est pas assez contraignant depuis sa création et que les prix par tonne de carbone ne sont pas assez élevés pour faire baisser les émissions. Enfin, ils estiment que le plan de 2030 n’a pas l’air de corriger cette insuffisance.
D’autres politiques peuvent être mises en place pour accélérer la transition énergétique des industries.
Par exemple, le rapport de HEC Montréal explique que pour réduire l’empreinte carbone de la fabrication du ciment, on pourrait augmenter l’efficacité énergétique, récupérer la chaleur résiduelle et changer la composition du ciment.
Dans cet esprit d’innovation pour fabriquer des matières bas-carbone, le Projet ELYSIS, projet de production d’aluminium sans émissions de gaz à effet de serre soutenu par Québec, pourrait être un aspect du plan 2030 loué par les experts de la transition.
Un pas en avant, deux pas en arrière
Les observateurs partagent en majorité la même analyse: Legault veut électrifier les transports sans forcément remettre en question le parc automobile et sans investir dans les transports collectifs.
«30% des investissements dans l’infrastructure vont dans le transport collectif; et les 70% restants, c’est pour l’automobile solo majoritairement», précise Patrick Bonin.
Selon un rapport de l’Institut de l’énergie Trottier, la taille des véhicules continue de croître, le nombre de véhicules sur les routes augmente deux fois plus vite que la population du Québec et l’offre de véhicules zéro émission est limitée en termes de diversité.
«Développer massivement le transport collectif et réduire le parc automobile devraient être des priorités aussi. Pas juste électrifier», avertit Patrick Bonin.
Lors du débat des chefs du 22 septembre, Legault défendait coûte que coûte le projet du troisième lien et vantait le fait que l’infrastructure routière sera un tunnel, n’affectant pas le paysage.
Mais, construire le projet du troisième lien ne fera que suivre la loi économique de l’élasticité de la demande, c’est-à-dire que de nouvelles infrastructures routières inciteront les gens à utiliser leur voiture, créant du trafic routier supplémentaire. C’est ce qu’on appelle le trafic induit.
Défendre le projet du troisième lien tout en menant un timide combat pour l'électrification, c’est un pas en avant et deux pas en arrière pour la réduction des émissions.
L’artificialisation des sols, toujours un problème
Comme ailleurs dans le monde, un autre grand enjeu écologique au Québec est l’artificialisation des sols, un phénomène qui consiste à étendre la superficie des terres habitables.
Entre 1971 et 2006, pendant que la population des régions métropolitaines de recensement du Québec augmentait de 62%, leur superficie occupée s’est accrue de 261%, selon la Communauté métropolitaine de Québec et Statistique Canada.
Et plus de la moitié de cette artificialisation s’est produite dans les régions métropolitaines de recensement et les agglomérations de recensement comme Montréal, Québec et Ottawa-Hull.
À lire aussi: QS opposé aux jets privés: les plus riches détruisent-ils la planète?
À lire aussi: QS opposé aux jets privés: les plus riches détruisent-ils la planète?
«On continue d’élargir nos routes, de faire de l’étalement urbain à outrance, et de transformer des terres fertiles en infrastructures», dénonce Patrick Bonin.
La baisse de résilience face au changement climatique, la dégradation des terres agricoles, la perte de biodiversité sont quelques conséquences de cette artificialisation des sols.
Le gouvernement Legault a annoncé en juin dernier que 2000 km2 de territoire au sud du Québec seraient ajoutés aux plus de 270 000 km2 d’aires protégées. «Avec ces ajouts au sud, le pourcentage d’aires protégées passera ainsi de 17,08% à 17,25%», a indiqué le ministre de l’Environnement, Benoit Charette.
Mais pour Patrick Bonin, le plan de protection des milieux naturels et cet ajout d’aires protégées dans le sud risquent de ne pas freiner la croissance insoutenable de l’artificialisation.
Pourquoi? Car la nouvelle portion de terres choisie par le gouvernement est symbolique en termes de dimension, d’autant plus que «ces espaces ne représentent pas la diversité et la majorité des écosystèmes au Québec».












