Selon notre contributeur Étienne Boudou-Laforce, la fin du masque, «c’est se retrouver ensemble, à la fois dans ce qui nous unit et ce qui nous distingue».
Quelle heureuse nouvelle que la fin du port du masque obligatoire au Québec! Fini, on l’espère, le masque chez les intervenantes et éducatrices, fini ce «couvre-visage» qui contribue à des retards de langage chez les plus petits.
Fini aussi, on l’espère, le masque lors des interventions des travailleurs sociaux et des policiers. Fini enfin ce masque qui a participé à un climat anxiogène plutôt que d’apaisement. Qui a contribué à la crainte des uns envers les autres.
Fini aussi, on l’espère, le masque lors des interventions des travailleurs sociaux et des policiers. Fini enfin ce masque qui a participé à un climat anxiogène plutôt que d’apaisement. Qui a contribué à la crainte des uns envers les autres.
Le masque comme barrière sociale
Avec la confiscation des visages, qu’il a été aisé de laisser notre respect au vestiaire, d’être brusque et cavalier, de mépriser cet Autre sans remords, d’insulter un «non-visage». Qu’il a été facile d’ignorer son semblable dans la plus grande discrétion.
«Sur le plan anthropologique […], masquer l’ensemble de la population ne peut que nuire à la sociabilité en contribuant à dépersonnaliser les rapports humains par la dissimulation du visage», souligne le professeur Claude Simard dans le livre Crise sanitaire et régime sanitariste qu’il a codirigé avec l’essayiste Jérôme Blanchet-Gravel.
Le masque a été une effarante barrière sociale.
Ces deux dernières années de crise, qui n’a jamais aperçu l’un de ces regards désobligeants jetés à cet Autre qui ne portait pas son masque adéquatement, qui ne portait pas le bon modèle, ou pire, qui n’en portait pas?
Qui n’a jamais aperçu quelqu’un changer de trottoir pour ne pas croiser l’Autre? Qui n’a pas été tristement témoin d’une rencontre entre une grand-mère masquée et ses petits-enfants qu’elle n’avait pas vus depuis des mois?
Depuis trop longtemps déjà, de nombreux jeunes et moins jeunes ne peuvent bénéficier de toute la richesse des expressions humaines.
Depuis trop longtemps déjà, de nombreux jeunes et moins jeunes ne peuvent bénéficier de toute la richesse des expressions humaines.
L’espoir des visages retrouvés
Quelle joie à l’idée de retrouver tous ces visages dehors dans leur toute singularité, complexité et individualité. De nouveau, c’est la possibilité de se dire, de se voir, de s’écouter convenablement.
La fin des masques, c’est un premier pas vers l’apaisement des consciences. Le visage, c’est se retrouver ensemble, à la fois dans ce qui nous unit et ce qui nous distingue.
Un beau passage du roman Hôtel Beauregard de Thomas Clavel montre bien que le visage contribue à nous rapprocher les uns des autres et du sens de l’expérience humaine. L’héroïne, Axelle, redécouvre son rapport aux autres via la symbolique du visage en pleine période de pandémie. «Ce qu’elle avait en face de ses grands yeux écarquillés, c’était son visage vivant, tel qu’il avait été capté par le regard d’un autre, tel qu’il avait été recueilli par un autre visage. C’était son visage le plus véritable puisqu’il était celui qu’un autre qu’elle-même avait su rencontrer», peut-on lire dans ce livre.
Le visage en tant que miroir de l’Autre, nous le voici enfin restitué.
Bientôt, nous pourrons dire bonjour à la liberté de se voir et «d’être» sans entraves. Et nous les verrons arriver par milliers, par millions tous ces sourires, ces grimaces rigolotes, ces baisers, ces mimiques, ces visages beaux de par leur simple présence. Voilà enfin le retour des visages.












