Libre Média a pu consulter cinq des 260 dossiers de plainte déposés contre des professionnels pour des propos tenus en lien avec la gestion de la pandémie.
À la suite de la diffusion d’un dossier du Journal de Montréal faisant état que 260 professionnels avaient été placés sous enquête par leur syndic respectif, Libre Média a reçu cinq dossiers de plainte déposés contre des professionnels non présentés dans le compte-rendu.
Nous avons appris que trois médecins avaient subi une enquête, alors qu’une psychiatre et deux psychologues subissent actuellement un processus d’enquête.
Dans le cadre de leur démarche, les personnes plaignantes ont demandé à conserver leur anonymat, mais nous avons consulté toute la documentation soumise aux ordres professionnels.
François Marquis, médecin (dossier clos)
La personne plaignante a signalé que Dr Marquis a soutenu sans discernement les mesures sanitaires et contribué à leur durcissement par des propos perçus comme sensationnalistes lors de multiples entrevues.
Parmi les éléments cités dans le dossier soumis au bureau des enquêtes, la plaignante exprime aussi ses inquiétudes face au fait qu’il remette en question les soins apportés aux gens non vaccinés, encourage la vaccination obligatoire de tous les citoyens avec un «produit expérimental» et reproche aux personnes non vaccinées d’être responsables de l’engorgement du système de santé.
La plaignante estime aussi que le Dr Marquis a stigmatisé les personnes non vaccinées et exprimé des avis non nuancés en faveur de la vaccination, alors que des articles scientifiques sont disponibles pour apporter des nuances, etc.
Le bureau d’enquête a noté «une discordance entre les propos tenus par le Dr Marquis et articles [du] code de déontologie», mais seulement pour avoir émis une opinion qui pourrait encourager le refus de soigner des personnes non vaccinées.
La décision mentionne que «ces propos ont créé de l’indignation et de l’inquiétude».
Cependant, le Syndic mentionne que cela n’a pas affecté la pratique clinique du médecin. Le bureau du Syndic n’a pas jugé que Dr Marquis puisse avoir eu un impact réel sur l’accès aux soins, ce qui n’a occasionné qu’un rappel à l’ordre des principes déontologiques.
La personne plaignante n’a pas demandé de révision. Le dossier est clos.
Cécile Tremblay, médecin (dossier clos)
La personne plaignante allègue un conflit d’intérêts dans les propos de Dre Tremblay, alors qu’elle est la titulaire de la chaire de recherche Pfizer de l’Université de Montréal, titre qu’elle ne mentionne jamais au public.
En outre, la plaignante estime que le médecin a manqué de nuances, de modération et de prudence.
Le bureau d’enquête mentionne que «dans le contexte actuel de pandémie, partout dans le monde, des médecins et des scientifiques participent au débat public. Il est sain que nos membres puissent exprimer leurs opinions et nourrir la discussion.»
L’ouverture d’une enquête n’a pas été considérée, car l’enquêtrice et la Syndique-Adjointe ont estimé, malgré l’épaisseur du dossier soumis par la plaignante, qu’aucun n’indice d’un manquement déontologique de sa part dans les propos émis publiquement. Aucun conflit d’intérêts n’a également été décelé dans les propos rapportés par la plaignante.
La personne plaignante a demandé de révision, mais le comité de révision est allé dans le même sens que l’enquête initiale.
Mauril Gaudreau, médecin et président du Collège des médecins (dossier clos)
Dans le dossier le plus épais que nous avons reçu, la personne plaignante reproche les prises de position qui ont encouragé le durcissement des mesures sanitaires comme le passeport vaccinal.
La plaignante déplore aussi le recours aux multiples doses vaccinales encouragé par Dr Gaudreau, allant jusqu’à contraindre les médecins à se faire vacciner sous peine qu’un refus soit considéré comme un acte dérogatoire au Code de déontologie.
Le bureau des enquêtes a spécifié que les différents reproches de la personne plaignante étaient relatifs à des positions officielles du Collège, dont le Président est, en quelque sorte, le porte-parole.
Le bureau du Syndic n’a pas considéré la demande d’enquête, estimant que le Dr Gaudreault n’avait pas commis d’actes contraires au Code de déontologie.
Marie-Ève Cotton, psychiatre (dossier en processus d’enquête)
La personne plaignante a témoigné des inquiétudes en présentant notamment des captures d’écran de nombreux commentaires tenus sur les réseaux sociaux.
Les éléments rapportés laissent croire à de multiples allégations mensongères, et à de la diffamation et du harcèlement sur une période de plusieurs mois.
Dans un autre dossier, sur lequel nous reviendrons prochainement, il est à signaler que le Dr Lacroix a été récemment sanctionné pour des «publications qui, par le ton et la fréquence, manquent d’élégance, de classe et de dignité». Les captures d’écran exposant les commentaires de Dr Cotton indiquent des comportements qui pourraient être plus graves que ceux reprochés au Dr Lacroix.
Éveline Marcil-Denault, psychologue (dossier en processus d’enquête)
Cette psychologue est l’auteure principale d’un article intitulé «Discours pandémique et professionnalisme: la modération a (encore et toujours) bien meilleur goût» publié le 14 juin 2022 dans Psychologie Québec. L’article a envoyé à plus de 8000 membres et est disponible sur le site de l’Ordre des psychologues du Québec.
Cet article présente essentiellement une analyse des jugements rendus contre les professionnels qui ont, sous diverses formes, contesté les mesures sanitaires ou leur application.
La personne plaignante expose que la psychologue:
(1) a davantage fait preuve d’un jugement moral sans tenir compte de la complexité des phénomènes visés ou des conséquences pour le public, alors qu’elle est psychologue et non juriste;
(2) a manqué de nuances en généralisant des éléments sortis de leur contexte, laissant craindre une manière sensationnaliste de présenter des faits pouvant induire de la détresse chez les lecteurs;
(3) a offert une critique des propos des professionnels sans avoir tenu compte de l’importance de la démarche sociopolitique, éthique ou clinique qui pourrait guider les psychologues et autres professionnels cités;
(4) a présenté l’information d’une telle manière que les psychologues pourraient même hésiter à accepter des clients perçus comme «conspirationnistes», ce qui influe dès lors sur le jugement clinique.
Valérie Drolet, neuropsychologue (dossier en processus d’enquête)
Cette neuropsychologue est l’auteure d’un tableau synthèse publié dans le cadre d’un article intitulé «Discours pandémique et professionnalisme: la modération a (encore et toujours) bien meilleur goût» publié le 14 juin 2022 dans Psychologie Québec. L’article a été envoyé à plus de 8000 membres et est disponible sur le site de l’Ordre des psychologues.
Ce tableau présente essentiellement la liste des facteurs aggravants ou atténuants sans nécessairement les préciser, impliquant également des conversations ou des échanges de textos dans la vie familiale et personnelle d’un psychologue qui serait éventuellement sous enquête, pour donner suite à une plainte du public, d’un patient ou d’un membre de sa famille.
La personne plaignante expose que la psychologue:
(1) a manqué de nuances et a créé de la confusion entre les facteurs mentionnés, ce qui pourrait affecter les services psychothérapeutiques offerts au public, alors que
(2) la généralisation effectuée pourrait porter atteinte à la vie privée des professionnels, tout en créant un doute dans la compréhension du public de ce qui est autorisé ou non à exprimer tant publiquement et professionnellement que personnellement.
Libre Média a aussi été informé que d’autres demandes d’enquête étaient actuellement en préparation. Nous reviendrons prochainement pour discuter des enjeux pour les professionnels qui contribuent à débattre publiquement dans le cadre de la crise sanitaire.













