Donald Trump, un martyr ressuscité

L'ancien président américain Donald Trump entre dans le palais de justice de Manhattan à New York, le 4 avril 2023. Photo: Ed JONES/AFP.

Mercredi le 5 avril 2023, à 16:25

Donald Trump peut désormais plus que jamais se présenter comme un martyr pourchassé par l’establishment et la gauche radicale. En cherchant à inculper le 45e président des États-Unis, le procureur Alvin Bragg fait un pari risqué et douteux.

 

Qui a dit que l’ère Trump était chose du passé? Affaibli par les récentes défaites et les accusations d’insurrection envers la démocratie américaine, Donald Trump est soudainement de retour en force. En cherchant à inculper le 45e président des États-Unis, Alvin Bragg fait un pari extrêmement risqué et douteux.

 

Un jeu dangereux...

 

Procureur de l’État de New York ouvertement démocrate et partisan, ce dernier vient de créer un précédent sans commune mesure dans l’histoire des États-Unis. Alvin Bragg est un progressiste dont la feuille de route est foncièrement incompatible avec l’approche des Républicains, adoucissant les peines carcérales et considérant la prison comme un moyen de «dernier recours». Une approche en contradiction avec l’ordre et la primauté de la loi. A priori, Donald Trump et lui n’ont déjà rien en commun.

 

N’hésitant pas à qualifier Alvin Bragg de «gauchiste» et de «raciste», Donald Trump peut désormais plus que jamais se présenter comme un martyr pourchassé par l’establishment et la gauche radicale.

 

En fait, son taux d’approbation vient d’exploser grâce à l’acharnement d’une justice politique. Même Ron Desantis, figure appelée à succéder à Donald Trump, se range à ses côtés.

 

Son temps n’est probablement pas encore venu afin de prendre la relève. La situation est idéale pour Trump: il est pratiquement impossible de ne pas se liguer derrière le 45e président si l’on est républicain, sans quoi une telle dissidence serait vue comme une caution du parti Démocrate et de la gauche radicale.

 

...et contreproductif

 

Même ceux qui avaient délaissé Trump en raison d’une certaine usure sont contraints de lui redonner à nouveau leur appui. La droite américaine se range derrière une cause commune et un chef. On croirait presque qu’il s’agit d’un cadeau des démocrates afin d’assurer une victoire de Donald Trump aux élections de 2024.

 

Les accusations d’Alvin Bragg sont paradoxalement une sorte de bénédiction, corroborant l’acharnement envers Trump qu’il dénonce depuis son arrivée en politique. La donne vient de changer. Désormais, une réélection de Donald Trump en 2024 est tout à fait possible.

 

Son discours de mardi soir, en réponse à l’inculpation, ressemblait beaucoup plus à une mise en scène électorale qu’à un simple commentaire juridique. L’État de droit serait instrumentalisé par les Démocrates, prêts à tout pour abattre le mastodonte.

 

Encore une fois, les chaînes de télévision ont interrompu son discours avant la fin, prouvant encore que la censure n’est jamais bien loin.

 

Il faut réaliser que de telles inculpations n’empêcheront pas Trump de viser la présidence en 2024. Techniquement, il pourrait occuper la fonction présidentielle même s’il était accusé ou incarcéré. Au regard de la Constitution, seule une véritable accusation d’insurrection pourrait mettre un frein à sa volonté de présider les États-Unis.

 

Alors que les États-Unis sont dans un vide politique en raison de la gouvernance soporifique de Joe Biden, une réélection de Donald Trump signifierait des temps très mouvementés à venir.

 

En effet, le niveau de haine et d’aversion qu’il fait éprouver envers la gauche est démesuré, au point même de laisser planer le spectre d’une guerre civile.

 

Au Québec, même Québecor, qui valorise le patriotisme québécois, n’a cessé d’offrir une couverture biaisée à son égard en le montrant comme un fou furieux irrationnel.

 

Plateau d’argent

 

Mais que peut bien cacher un tel plateau d’argent? Qu’elle est l’intention réelle du procureur Alvin Bragg ou des Démocrates? Volonté sincère d’obtenir justice ou plan machiavélique afin de faire tomber Donald Trump? Pensent-ils naïvement obtenir une victoire judiciaire contre lui, peu probable selon l’avis de juristes? Sont-ils en train de tendre un piège à la droite dont nous ignorons l’ampleur? Chose certaine, instrumentaliser l’État de droit est un jeu dangereux qui peut avoir des effets pervers.

 

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Un tel scénario est plus probable. Cela dit, la fatigue qui usait les partisans de Donald Trump vient spontanément d’être remplacée par une nouvelle source de vigueur et d’énergie. Nous savons comment Trump est un leader «high-energy» qui possède la capacité de galvaniser au plus haut point ses troupes.

 

Richard Martineau l’accuse d’ailleurs d’être une espèce de gourou à la tête d’une secte religieuse. Pourtant, n’est-ce pas la force des leaders politiques forts que de déployer une force d’attraction envers leur personne et leur idéologie? Politique et religion se recoupent bien plus souvent que nous le pensons.

 

La prochaine séquence en voie de la présidentielle 2024 sera tumultueuse.