Pour le politologue Philippe Langlois, les grands médias ont fait de Donald Trump le nouvel Antéchrist. De cette façon, quiconque se présente comme l’antagoniste de l’ex-président protectionniste bénéficie automatiquement d’un traitement de faveur.
Pourquoi l’auteur de ces lignes se sent d’abord obligé de mentionner qu’il n’est pas du tout un partisan de Donald Trump? Parce que n’importe quelle critique du camp démocrate est maintenant associée au trumpisme, lui-même associé au Mal absolu, au nazisme, aux pires penchants de l’humanité.
C’est cette association qu’il s’agit d’analyser aujourd’hui en termes d’idéologie politique.
L’une des nombreuses révélations des dernières années a été que bien des citoyens et des institutions de notre Québec progressiste et supposément post confessionnel ont en réalité gardé de nombreux réflexes religieux, et pas les plus admirables.
La censure, le dogmatisme, la croyance aveugle en l’idéologie dominante ou encore la purge des hérétiques démontrent que le bon vieux Québec catholique d’antan n’est pas mort, mais survit et prospère au sein de notre inconscient collectif.
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Comme le disait Carl Jung, une société qui cherche à effacer des normes sociales sans remplacer les fonctions qu’elles accomplissent risque de reproduire les plus indésirables d’entre elles, mais de façon inconsciente et désorganisée.
Il semblerait que le sentiment religieux est difficile à supprimer, et que refoulé il prend des formes dangereuses, y compris chez des gens qui se disent athées.
De l’Apocalypse à Kamala Harris
Dans le cas de Trump, on peut voir qu’il incarne chez les croyants en l’idéologie progressiste dominante une figure clé du Nouveau Testament: l’Antéchrist.
Ce politicien haut en couleur provoque des réactions hallucinantes propres à la haine religieuse, comparables aussi au personnage d’Emmanuel Goldstein (un Trotski renommé) de 1984, que tout citoyen se doit de détester violemment chaque jour à 11h, dans un défoulement collectif mandaté par Big Brother.
Le terme d’Antéchrist est important. Trump est le Mal qu’il faut absolument combattre sans quoi il nous mènera à la fin du monde, et tout ce qui y est associé ne peut être que son entourage de démons sanguinaires.
Cependant, le cheminement qui mène dans le livre de l'Apocalypse à la guerre entre le Christ et l’Antéchrist est ici renversé. En effet, dans la Bible, le Christ, Jésus, est une figure centrale, le centre substantiel et spirituel du livre sacré, alors que l’Antéchrist est un personnage flou, voire un concept difficile à cerner ou à identifier et dont les contours varient selon les interprétations.
Dans le cas de Trump incarnant l’Antéchrist, la figure devient claire: le bonhomme orange est le Diable et c’est tout. Par contre, si Trump est l’Antéchrist, qui est le Christ? C’est là où l’inversion s’affiche clairement: le Christ ici est le personnage flou et changeant. C’est n’importe qui ou n’importe quoi présenté contre Trump.
Joe Biden est un vieil homme sénile qui peine à monter des escaliers? Il est le Christ s’il se présente contre Trump. Remplacer de façon douteuse et anti-démocratique Biden par Harris? Elle est maintenant le Christ puisque c’est elle qui se présente contre Trump!
Quand Trump est l’Antéchrist, la figure christique elle-même, au sein de cette religion inconsciente qui sévit bruyamment dans les médias, est donc son adversaire démocrate.
Passe-droit systématique
Peu importe que le processus de nomination formel de la candidate soit ignoré, qu’elle ait un passé professionnel douteux, des compétences difficiles à établir, qu’elle multiplie les commentaires incompréhensibles ou qu’elle semble être la nouvelle marionnette de ceux qui tiraient les ficelles d’un Biden cognitivement trop faible pour prendre de réelles décisions. Kamala est le Christ, lavée de tous péchés et promise à la salvation de l’humanité.
Il est consternant de voir à quel point il est facile de manipuler les progressistes qui se réfugient sous l’ombrelle faussement protectrice d’un parti démocrate qui accumule pourtant à vitesse grand V les squelettes dans le placard.
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La haine y sera alors fertilisée et cultivée pour la mener à son paroxysme. Ainsi, même une tentative d’assassinat ratée est célébrée par des progressistes qui se désoleront que le tireur ait manqué son coup. Il semblerait ici que donner la mort à ses opposants politiques est moralement acceptable puisqu’il s’agit de protéger la démocratie.
Cette vision du monde manichéenne escamote les déboires moraux et les nombreux échecs des démocrates et vient justifier l’existence d’un système politique où on n’offre que deux choix: rouge ou bleu, dans une dynamique tribale qui nous pousse à adopter des réflexes primitifs envers l’autre clan.
Dans un tel espace polarisé à l’extrême, des voix comme celle de Kennedy Jr. peinent malheureusement à se faire entendre puisqu’en refusant le tribalisme il devient l’ennemi des deux clans qu’il voudrait réconcilier.











