Nous écopons tous de la censure initiée contre Donald Trump

Photo: AFP.

Lundi le 10 juillet 2023, à 16:00

En suspendant le compte de Donald Trump en janvier 2020, Facebook et Twitter ont déclenché une lutte entre les médias sociaux et le pouvoir politique dont la liberté d’expression est la grande perdante. 

 

L’histoire officielle aura retenu du 6 janvier 2020 ce moment critique où la démocratie américaine aurait pu basculer. L’assaut sur le capitole n’avait rien d’un coup d’État huilé, mais ce genre de jacquerie moderne a été un choc inédit pour les institutions américaines. 

 

De ce moment, nous oublions le deuxième choc contre la démocratie, qui fut la réponse répressive visant à éteindre les passions alimentées par Donald Trump. 

 

Dès le 8 janvier 2020, Twitter et Facebook suspendaient le compte du 45e président américain. Il allait s’ensuivre une prise en charge tout aussi inédite du discours public par les géants du numérique (GAFAM). 

 

Nous commençons tout juste à en subir les effets. Le bras de fer entre ces multinationales et l’État canadien n’en est que le dernier épisode.

 

Une censure pilotée par les GAFAM

 

Que le discours de Trump ait été maté par un certain ordre public n’est pas un mal en soi. Toute société impose des limitations assurant le bon fonctionnement de la vie de la cité. Quiconque les transgresse trop violemment devient son ennemi. 

 

Il est alors souhaitable que les institutions désignées que sont le gouvernement, et celles relevant de l’État de droit imposent la loi à celui qui ose les braver. En tentant d’invalider par la force les résultats d’une élection qui lui était défavorable, Trump s’est mis lui-même dans une position intenable. 

 

 

Tant et aussi longtemps que les médias sociaux seront en situation de monopole, il demeurera essentiel de lutter pour une liberté d’expression maximale sur ces plateformes.

 

-Léandre St-Laurent, chroniqueur 

 

 

Le problème se situe ailleurs. C’est la manière par laquelle cette censure a été imposée et, surtout, la source de cette chape de plomb. Face à une crise qui demandait une réponse rapide, la société américaine n’a pas tranché par la voie des tribunaux. Elle a plutôt laissé à des acteurs privés le soin de dicter qui avait droit à la délibération publique. 

 

L’Occident acceptait ainsi que des entreprises monopolistiques deviennent maîtres du jeu politique. En effet, des institutions privées en mesure de faire taire un président des États-Unis peuvent tout se permettre contre ceux qui nuisent à leurs intérêts et ce, sans délibération publique. Nous avons créé un précédent qu’il faut renverser.

 

Les contrecoups politiques

 

Du moment que cette censure ne concernait que les franges les plus dures d’une certaine droite conservatrice, nombreux sont ceux qui ont légitimé des méthodes qu’ils n’auraient jamais acceptées en d’autres circonstances. La fin justifiait les moyens.

 

Il aura fallu peu de temps avant que nous récoltions ce que nous avons semé. En février 2021, le gouvernement australien accouchait d’un projet de loi forçant les géants du numérique à contribuer au financement des médias nationaux.

 

 

L’on ne peut pas, d’un côté, donner carte blanche aux GAFAM pour neutraliser un supposé ennemi intérieur, et, de l’autre, s’insurger que ces géants usent des mêmes méthodes de censure et de bannissement.

 

-Léandre St-Laurent, chroniqueur 

 

 

Il allait s’ensuivre un bras de fer durant lequel Meta a bloqué de ses plateformes l’accès aux contenus informationnels australiens. Depuis, Meta, Canberra et de grands médias sont arrivés à un compromis allégeant la facture initiale prévue pour les GAFAM.

 

En voulant imposer les normes du CRTC aux géants du numérique et les forcer à rémunérer certains médias, l’État canadien joue dans le même film.

 

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Meta et Google utilisent au maximum leur pouvoir de censure. Les médias canadiens sont ainsi menacés de ne plus voir leurs contenus affichés. Le marché canadien est ici un test pour les GAFAM. Les prochaines étapes seront l’Europe et les États-Unis, qui veulent eux aussi les réglementer.

 

Tant et aussi longtemps que les médias sociaux seront en situation de monopole, et pour résister à cette captation du discours public, il demeurera essentiel de lutter pour une liberté d’expression maximale sur ces plateformes.


Éviter le deux poids deux mesures

 

L’on ne peut pas, d’un côté, donner carte blanche aux GAFAM pour neutraliser un supposé ennemi intérieur, et, de l’autre, s’insurger que ces géants usent des mêmes méthodes de censure et de bannissement en prétextant qu’elles ciblent désormais ce qui nous est cher. 

 

La liberté d’expression et de presse est ou n’est pas. En la matière, les seules limites acceptables devraient être celles décidées par les peuples, via les lois de leurs pays. 

 

Sans quoi la teneur du discours public pourrait, finalement, ne dépendre que des luttes de pouvoir entre princes du numérique.