De la prudence à la peur: comment le pouvoir peut vous manipuler

Un manifestant habillé en faucheuse tient une pancarte et un drapeau américain à l'envers près de la Maison-Blanche le 14 juin 2006 à Washington, pour protester contre l’invasion américaine de l’Irak. Photo: Mandel NGAN pour l’AFP.

Lundi le 18 mars 2024, à 15:30

Le professeur Jean-François Caron nous explique comment le sentiment naturel qu’est la peur peut se transformer en instrument politique. C’est l’un des thèmes de la grande conférence du 27 mai prochain organisée par Libre Média. 

 

Il y a ces concepts qui semblent aller de soi et qui pourtant sont animés d’une complexité que l’on ne soupçonne pas a priori. C’est le cas de la «peur», sentiment bien naturel que l’on croit connaître parce que nous l’avons tous expérimenté au cours de notre vie, et ce, qu’elle ait été longue ou courte.

 

Bien plus qu’un sentiment qui se limite à nos actions individuelles face au danger, la peur comporte également une dimension politique importante, d’où la raison pour laquelle il est important de s’y attarder en l’analysant avec sérieux.

 

Une nécessité qui s’explique d’autant plus par le fait que ce sentiment a pris au cours des dernières décennies une tendance à brimer de manière déraisonnable nos libertés individuelles.

 

Deux réactions face à la peur

 

Face à la peur, deux réactions extrêmes peuvent être adoptées.

 

D’une part, l’inconscience qui peut très bien avoir pour conséquence d’entraîner notre perte et celle des autres lorsque le danger est mortel.

 

 À l’inverse, on retrouve la lâcheté. Celle-ci mènera plutôt l’individu qui en est affecté à exagérer à outrance et de manière irrationnelle le danger auquel il est confronté, l’incitant à mener une vie de reclus dominée par l’idée du sanitarisme et du risque zéro.

 

Dans les deux cas, ces attitudes sont à proscrire dans la mesure où elles nuisent à l’expression d’une vie pleinement humaine qui doit plutôt en arriver à trouver un juste milieu entre ces deux extrêmes.

 

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La prudence est alors l’attitude à adopter: attitude qui exige une analyse rationnelle de la situation et qui permettra à l’individu d’adapter ses actions à la nature du danger. On s’attend alors de lui qu’il adopte un comportement qui trouvera le juste équilibre entre l’imprudence et la couardise.   

 

Évidemment, l’appréciation de la prudence sera différente d’un individu à l’autre et dépendra de facteurs comme son âge ou de sa condition sociale et économique. Il s’agit en fait d’un sentiment évolutif qui est tout sauf constant.

 

De la prudence à la lâcheté

 

En découle donc une constatation inévitable: il est possible pour un acteur du pouvoir d’instrumentaliser la peur afin de contenir les actions individuelles en permettant ainsi de faire évoluer les personnes d’une dynamique où la lâcheté en viendra lentement mais sûrement à remplacer la prudence.

 

Une fois cette transmutation des valeurs réussie, il sera alors éminemment aisé pour cette entité de contrôler les comportements des individus en leur imposant une réalité qui les transformera de citoyens en simples sujets manipulables à sa guise.

 

Voilà une composante fondamentale – peut-être la plus fondamentale – et banale de l’autoritarisme que l’on se borne normalement à résumer au fait que dans pareil régime les élections n’y sont pas libres et compétitives. Quelle erreur de résumer ainsi cette réalité liberticide à une simple composante procédurale qui fait alors fi de la capacité effective des individus à faire des choix libres et éclairés.

 

Au contraire, lorsque la lâcheté devient le guide de nos choix, la liberté cesse d’exister comme réalité et est remplacée par une illusion de la décision autonome qui n’est en fait qu’un simple réflexe animal qui n’a plus rien de rationnel.

 

Lorsque pareille réalité prévaut, nul besoin de menacer les individus de torture, d’emprisonnement ou d’autres sévices corporels. La couardise peut être déclenchée et entretenue par des moyens beaucoup plus subtils qui ne nécessitent en rien le recours à ces mesures de contraintes violentes.

 

Soviétisme bon marché

 

Ce que je décris comme de «l’autoritarisme soft» utilise plutôt la crainte des sanctions professionnelles comme instrument de la peur par excellence. Une fois que les individus auront bien assimilé que certaines actions ou certains discours pourraient les priver du confort matériel et du sentiment d’utilité sociale qui découlent d’un emploi, le renoncement à leurs croyances sincères se fera alors de lui-même.

 

Ajoutons à cette menace l’adoption par les gens d’une conception de la vie purement biologique consistant à vivre le plus longtemps possible et l’étau se refermera alors durablement sur l’incapacité des gens à manifester le moindre courage individuel et politique. Lorsque l’Homo Laborans unit ses forces avec l’Homo Superstes, la vie se retrouve éteinte et l’individu se transforme en esclave.

 

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Le propre d’une société démocratique devrait plutôt consister à entretenir la prudence chez ses citoyens et à en faire l’une des vertus par excellence essentielles à l’exercice du droit au bonheur, de manière responsable et dans le respect de celui d’autrui. Sans elle, ce droit ne devient alors qu’une chimère où l’action libre est remplacée soit par la servitude volontaire ou par la témérité dommageable de l’ordre politique et social.

 

Or, je suis au regret de constater que les sociétés démocratiques ont été en mesure de détruire cette relation que nous avions jadis avec la peur au profit d’une transformation de l’Homme en être essentiellement pusillanime à tel point qu’il n’est plus qu’un instrument aisément manipulable et influençable.

 

Notre conférence du 27 mai prochain à Québec sera l’occasion de discuter plus en détail de cette réalité. J’espère vous y voir en grand nombre.

 

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