Daniel Lemire célèbre ses 40 ans de carrière avec une nouvelle tournée qu’il a lancée à la fin de l’été. Entrevue avec un humoriste attachant et marquant dont les premiers pas dans le domaine sont dus à «une série de hasards».
À l’occasion de ses 40 ans de carrière, Daniel Lemire a lancé un nouveau spectacle à la fin du mois d’août. Il poursuit sa grande tournée du Québec jusqu’à l’été prochain. Libre Média s’est entretenu avec lui.
Quel bilan faites-vous de vos 40 ans de carrière?
Daniel Lemire: «J’ai eu une carrière bien remplie. J’ai fait une dizaine de spectacles solo, des numéros spéciaux au gala Juste pour rire, deux Bye Bye (1991 et 1998) et une série télé (Smash). Tout ça m’a permis de faire de belles rencontres. Je dirais que c’est un bilan très positif.»
Simon Leduc: Pourquoi aviez-vous décidé de devenir humoriste?
Daniel Lemire: «C’est une série de hasards. J’ai commencé un peu sur le tard. Je faisais du théâtre amateur, mais je ne gagnais pas ma vie avec ça. Un moment donné, on cherchait du contenu pour le théâtre. Alors, j’ai décidé d’écrire et ce fut l’élément déclencheur. Comme on dit, j’ai eu la piqûre de l’humour. Le processus n’a pas été automatique.
Je ne rêvais pas de devenir humoriste quand j’étais jeune. Je viens d’une famille très modeste, j’ai grandi à Drummondville, donc, on était très loin du show-business.
J’ai fait mes classes en faisant du spectacle. J’ai appris sur le tas.
Mes modèles d’humoristes étaient Yvon Deschamps, Jean-Guy Moreau, Sol et les Cyniques. L’humour absurde a émergé et ce style a ouvert de nouvelles portes.»
Quel est le spectacle qui a été le plus populaire dans votre carrière?
Daniel Lemire: «Lemire fait l’humour est un spectacle qui a marché très fort à l’époque. C’est à ce moment que ma carrière a pris son envol. En 1991, c’est dans ce spectacle que je faisais le fameux numéro du coke aux cerises et celui où Maurice a arrêté de fumer au restaurant. Ça m’a permis de développer quelques nouveaux personnages qui sont restés populaires.»
Dans vos spectacles, vous utilisez beaucoup l’actualité et la politique. Pourquoi avez-vous choisi ce type d’humour? Comme plusieurs autres humoristes en vogue actuellement, pourquoi ne parlez-vous pas de votre vie personnelle?
Daniel Lemire: «Premièrement, je ne suis pas sûr que les gens seraient intéressés par ma vie personnelle. Quand j’ai commencé ma carrière, mes modèles étaient Yvon Deschamps, Jean-Guy Moreau et les Cyniques. C’est plus intéressant de centrer mes numéros sur l’actualité et la politique.
Pendant le confinement, on se demandait s’il y aurait encore des spectacles... Je ne dis pas que c’est mon dernier show, mais ça pourrait être le cas.
Si je ne parle pas de ma vie personnelle, c’est aussi pour protéger les gens autour de moi. Je ne suis pas sûr qu’ils aient le goût que j’expose leurs vies sur scène. C’est un mélange de tout ça.
Les humoristes ne peuvent pas tous utiliser le même style d’humour. Beaucoup y vont dans l’autobiographie. J’ai mon style bien à moi et c’est correct ainsi.
Quand on parle de sujets d’actualité, le point crucial est de trouver un angle, car ce sont des sujets qui ne sont pas nécessairement drôles. Il faut trouver le bon angle et le ridicule dans l’actualité. C’est là que ça devient intéressant.»
Dans vos spectacles, vous personnifiez plusieurs personnages comme Oncle George, Yvon Travaillé, Edmond Raté et Ronny Dubé. Quels sont les personnages les plus marquants que vous avez joué sur scène?
Daniel Lemire: «C’est sûr qu’Oncle George est très populaire auprès du public. Peut-être qu’il touche une plus grande partie des gens. Cependant, Ronny Dubé est un personnage qui a toujours marché très fort. Yvon Travaillé avait de l’impact surtout au début. Il a peut-être un peu moins de résonance dans le grand public. C’est le fonctionnaire un peu étroit d’esprit. Mais, ça amène une autre couleur au spectacle. Cela me permet de parler de certaines choses. C’est un peu ça l’idée.
Chaque personnage a sa couleur et son style. J’ai toujours aimé jouer des personnages. Les gens les connaissent et ils ont hâte de les voir.
Oncle George a fait quelques numéros qui ont vraiment marqué l’imaginaire. C’est un personnage très coloré. Je peux dire qu’il est très présent dans l’imaginaire des gens.»
Votre dernier one man show remonte à 2015. Pourquoi avez-vous décidé de remonter sur scène?
Daniel Lemire: «Tout d’abord, j’ai fait un spectacle avec Pierre Verville entre mes deux derniers spectacles solo. Je n’ai pas quitté la scène si longtemps. Pendant le confinement, on se demandait s’il y aurait encore des spectacles... Cela m’a donné le goût de remonter sur scène.
Je veux profiter du fait que je suis encore en santé et que j’ai encore la possibilité de faire des spectacles. Je ne dis pas que c’est mon dernier show, mais ça pourrait être le cas.
J’avais le goût de revenir sur scène et de renouer avec le public. Faire de l’humour devant un grand public, c’est imbattable comme expérience. On peut faire de la télé ou des shows sur le web, mais ce n’est pas pareil que d’être devant le public. Sa participation et des rires immédiats, c’est dur à battre.»
Quel a été votre plus grand défi pour votre nouveau spectacle?
Daniel Lemire: «Mon plus gros défi a été de me renouveler. Il faut constamment aller chercher des angles intéressants. Dans mon spectacle, Yvon Travaillé parle de la pénurie de main-d’œuvre. Oncle George est devenu un influenceur. Mon but était d’essayer de rester au goût du jour. Jusqu’à maintenant, ça se passe très bien.»
Quels sont les principaux sujets que vous abordez dans votre nouveau spectacle?
Daniel Lemire: «Je parle beaucoup de sujets variés comme les changements climatiques. En ce moment, on sent que les gens ont la mèche courte. Il y a beaucoup de gens en colère, par exemple la rage au volant et des gens qui engueulent des serveurs dans les restaurants, etc. Alors, je fais un numéro là-dessus.
Je parle aussi des problèmes de couple causés par le confinement. Je parle aussi d’économie. Je fais de l’actualité factuelle comme on dit. Cela me permet de toucher à plein de sujets.»













