Il fera bientôt quatre ans que SymbiOse AlimenTerre s’est installée à Labelle dans les Laurentides. Une entreprise régénérative produisant des aliments lactofermentés et ayant pour mission de «nourrir la culture humaine au service du vivant».
Le fondateur, Julien Clot, a approché Libre Média pour partager à ses lecteurs une avancée significative concernant une règlementation sur les locaux commerciaux et le secteur alimentaire artisanal de cette municipalité.
Des locaux hors de prix pour les petits producteurs
Après avoir pris quelques années pour faire la route des terroirs et rencontrer plusieurs producteurs du Québec, Julien rentre au bercail.
C’est à Labelle, son village natal, situé un peu au nord de Tremblant, qu’il décide de faire la production de tempeh, kimchi et autres produits lactofermentés.
Mais très vite, il se heurte à un obstacle auquel font face plusieurs petits entrepreneurs de la région.
Les locaux commerciaux se faisant rares et les prix des loyers étant beaucoup trop élevés, Julien convertit une roulotte de chantier en usine de production.
Une initiative qui, il y a peu de temps, rendait l’usage de cette roulotte non conforme.
«Nous avons été un peu cowboys», confie Julien. «Étant donné que je suis de la quatrième génération de résidents au village, ma famille et moi avons décidé d’aller de l’avant avec les moyens qu’on avait», explique-t-il.
Pas de support financier
Pour poursuivre leurs productions plus aisément, Julien a fait une demande de subvention au fond entrepreneurial de Labelle, lequel a pour but d’aider les petites entreprises qui souhaitent s’y installer.
Étant donné que son installation ne répondait pas aux règles d’urbanisme de la municipalité, sa demande a été rejetée. Julien n’a donc pas pu bénéficier du support financier qu’offre la ville après les quatre premières années d’existence de son entreprise.
Un comité plus ouvert
La MRC des Laurentides et la CDE se sont donné pour mission de stimuler la création de nouvelles PME bioalimentaires. À la suite des élections municipales de 2021 qui ont débouché sur l’élection de la mairesse Vicki Émard, des membres de ces deux organisations sont intéressés à son projet.
Les nouveaux représentants du secteur alimentaire ont reconnu que SymbiOse AlimenTerre dynamise le secteur de la région en impliquant plusieurs petits producteurs. Ils ont invité l’entreprise à refaire une demande de subvention à la municipalité.
Étant toujours confronté aux règles du bâtiment mais bénéficiant désormais d’un soutien politique, le comité a été conduit à aborder la problématique d’accès aux locaux pour les entreprises artisanales.
Les conseillers sont donc arrivés à un consensus. Un nouveau règlement donnant droit à l’usage de conteneurs maritimes et de roulottes de chantier pour les petites entreprises du secteur alimentaire fut voté.
«C’est un projet pilote audacieux qui, nous le souhaitons, pourrait inspirer d’autres municipalités du Québec», se réjouit Julien. Ces changements lui ont permis de bénéficier de la subvention et de poursuivre ses activités.
Un appel à l’union
Malgré cet avancement, Julien constate que les petites entreprises dans le domaine alimentaire au Québec font toujours face à de multiples enjeux.
Selon lui, une nouvelle réforme politique qui toucherait l’autonomie alimentaire formée par les acteurs sur le terrain est nécessaire.
En s’impliquant davantage afin d’influencer les décisions au sujet des réglementations qui les touchent, les petites entreprises auraient plus d’influence.
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Les petits entrepreneurs doivent mettre sur pied leur propre table de concertation, estime Julien, car les fonctionnaires ne sont pas en mesure de bien comprendre leurs besoins.
«Il y a des lois qui avantagent les entreprises industrielles. Si les petits producteurs de régions avaient une voix aux sièges de leurs municipalités, cela créerait un réseau qui nous permettrait de nous mobiliser autour d’une stratégie et de recevoir plus de soutien financier.»
L’enjeu majeur est d’arriver à coordonner l’aide de la municipalité de Labelle accordée à de petits projets de surface, mais qui ont des impacts significatifs dans la communauté. Tant au niveau économique qu’écologique.
Être créatif pour être compétitif
«Chez SymbiOse AlimenTerre, on a une politique de valorisation du travail agricole et maraîcher. Par exemple, là où nos compétiteurs vont payer 50 cents la livre de chou, nous la lui achetons par choix à 1,10$. C’est en étant créatif dans nos prix fixes que nous arrivons à bien payer nos fournisseurs.»
Le maintien de ce lien de confiance entre fournisseurs et producteurs permet d’assurer la pérennité du travail agricole de petite surface.
Basé sur le modèle de production participative, Julien a créé la célébration du Kimchi où il invite la communauté à produire des produits lactofermentés. Ainsi, les participants apprennent comment faire et reçoivent une partie de la production. Un échange avantageux pour les deux parties.
Quand productivité rime avec écologie
La mission de SymbiOse AlimenTerre ne s’arrête pas là. Julien vise à inspirer la population et d’autres entrepreneurs à avoir l’impact environnemental le plus positif possible à travers chaque étape de production.
Étant donné que la roulotte n’est pas proche des égouts, et que l’installation génère un faible débit d’eau par rapport à la concentration de minéraux, Julien n’est pas tenu de se soumettre à la réglementation du champ d’épuration du ministère de l’Environnement.
Il a donc pu installer une fausse à vidange périodique, ce qui lui permet de récupérer les eaux grises pour l’utiliser comme fertilisant agricole.
«Nous sommes dans une période où le potassium, le phosphore et l’azote se font rares pour les producteurs agricoles. Notre problème de gestions des eaux devient alors une solution pour nos agriculteurs», explique-t-il.
Avec l’aide de l’entreprise DocTerre, qui est spécialisée en biochimie des sols, SymbiOse AlimenTerre travaille sur un projet qui lui permettra de récupérer 100% de ses eaux de cuisson pour ensuite les répandre dans ses champs agricoles. Ce procédé apportera les nutriments nécessaires à la croissance des plantes.
«En intégrant au maximum nos ressources, nous souhaitons augmenter notre impact positif par rapport à notre impact négatif sur l’environnement. Ça, c’est le rôle que nous nous donnons en tant qu’entreprise régénérative. Nous souhaitons faire en sorte que l’humain prenne une place appropriée dans l’écosystème», souligne-t-il.
Julien donne une formation en entreprise régénérative et en permaculture depuis quelques années pour les personnes qui souhaitent s’inspirer de la nature afin d’appliquer ces connaissances en entreprise.













