Avec les récents référendums dans les régions sous contrôle russe et l’annonce officielle par Poutine de leur annexion à la Russie, il sera de plus en plus difficile pour la communauté internationale de refuser la partition de l’Ukraine.
Le président russe Vladimir Poutine vient d’officialiser l’annexion de quatre territoires ukrainiens qui étaient déjà sous contrôle militaire de Moscou.
La Crimée a été annexée d’une manière semblable en 2014 et malgré sa non-reconnaissance, sa situation s’était à peu près normalisée.
À ce stade du conflit, il semble raisonnable de pousser les deux parties à la table de négociation et convenir d’un arrangement pour ramener la paix et la stabilité dans la région et dans le monde.
Des géants aux pieds d’argile
Comprenons bien que cette guerre est un combat de géants aux pieds d’argile. Des deux côtés, que ce soit chez les Russes ou chez les Occidentaux, on a pris des risques énormes et compromis la stabilité mondiale.
D’abord, c’était un coup de poker pour la Russie, qui risquait le tout pour le tout en matière de respectabilité et qui misait sur une conquête fulgurante.
Or celle-ci s’est enlisée, entraînant un certain discrédit quant à ses capacités militaires et le pays s’est retrouvé accablé de sanctions. De plus, la Russie a été forcée de réorienter son marché vers l’Asie.
En Occident, un syndrome du sauveur et un certain sentiment d’invincibilité ont fait prendre aux politiciens des risques énormes d’un point de vue diplomatique et économique.
Une diplomatie de résistance jusqu’au-boutiste a ramené la Guerre froide, poussé la Russie dans les bras de la Chine, encouragé l’émergence d’un bloc eurasien et affecté la chaîne d’approvisionnement et la confiance des investisseurs au point de nous pousser vers la récession.
L’Occident pense plus à sa vertu qu’à sa capacité à défendre l’Europe, et cette dernière est désormais aux prises avec une crise énergétique sans précédent qui la poussera à se rationner durant l’hiver.
En Allemagne, on rouvre les centrales au charbon et l’intérêt pour le bois de chauffage n’a jamais été aussi élevé depuis un demi-siècle… Le futur pourra attendre.
Les deux côtés n’ont pas les moyens de s’enfoncer encore davantage dans cette guerre coûteuse à tous les niveaux.
Complexité historique
D’autant plus que l’histoire de l’Ukraine et ses rapports avec la Russie sont loin d’être simples.
Premièrement, c’est carrément le berceau originel de la «première» Russie, celle d’avant les invasions mongoles, centrée autour de Kiev et donc appelée «Russie Kiévienne».
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Ensuite, depuis au moins le XVIIe siècle, cette terre de Cosaques et de peuplades diverses s’est développée majoritairement au sein de l’Empire russe ou de l’administration soviétique. Les frontières actuelles sont d’ailleurs une pure création soviétique.
Et ces limites administratives ne reflètent pas nécessairement les sentiments nationaux. Il existe une minorité russophone dans l’est du pays, dont un bon nombre se sent davantage Russe qu’Ukrainien.
La rupture de 1991 n’est peut-être pas encore tout à fait digérée, d’autant plus que certaines régions en ont grandement souffert économiquement.
Il existe encore une nostalgie de l’URSS, ou en tout cas, de la puissance chaleureuse de la Grande-Russie… Et la crise de 2014 a enflammé les tensions sur cette question entre pro-Russes et pro-Ukrainiens au point d’alimenter les ultra-nationalistes des deux camps.
À l’issue de cette guerre, il sera tout autant difficile de faire réconcilier Ukrainiens et Russes au sein de la Russie qu’il ne le sera de faire entrer Russophones et Ukrainiens au sein de l’Ukraine.
Faire de cette guerre un jeu à somme nulle est irréaliste et contreproductif: il faut donc ouvrir la porte aux compromis.
La détermination doit faire place à la raison
Bien que le front commence à se figer, l’escalade verbale entre la Russie et les alliés de l’Ukraine ne dérougit pas.
La Russie agite le spectre d’une guerre nucléaire et Biden réplique en promettant, le cas échéant, une réponse catastrophique de la part des États-Unis.
Pendant ce temps, l’Occident sombre tranquillement dans la récession. L’Europe, en pleine crise énergétique, prépare les rationnements hivernaux et subit le sabotage des gazoducs Nord-Stream.
Dans ce grand réalignement des alliances mondiales s’engage aussi une sorte de guerre économique et monétaire nettement au désavantage de l’Occident, la Russie ayant simplement détourné son flux gazier vers la très énergivore Asie.
Les monnaies occidentales tombent alors que le rouble bat des records.
La situation est aussi à l’avantage de la Chine, qui voit dans la Russie un nouveau partenaire économique pour alimenter son grand circuit commercial de «nouvelle route de la soie».
Très bientôt, des zones dévitalisées et enclavées depuis des décennies en Asie centrale redeviendront un carrefour économique extrêmement dynamique entre le monde russe et le monde chinois.
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Cette surreprésentation de l’enjeu ukrainien dans les priorités de l’Occident risque de le faire négliger la montée de la Chine comme principale menace à ses libertés.
À la fin de la journée, il devra faire un bilan et réaliser si ses actions sont bénéfiques pour lui et ses alliés, ou s’il n’est pas au contraire en train de se couler et d’aider ses adversaires en renforçant leur puissance.
La partition de l’Ukraine, si elle semble une conclusion triste et déchirante, devrait plutôt être accueillie comme une voie de sortie naturelle à ce conflit armé entre deux peuples à l’histoire entrelacée.
Les deux côtés pourront bien bomber le torse, mais c’est le meilleur espoir d’un compromis en Ukraine aujourd’hui.











