Maxime Bernier: «le Canada n’a pas à se mêler du conflit en Ukraine»

Entrevue

Le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, au débat des chefs fédéraux à Gatineau, le 7 octobre 2019. Photo: Sean Kilpatrick pour l’AFP.

Mardi le 22 novembre 2022, à 11:00

Depuis que Pierre Poilievre est le chef des conservateurs, Maxime Bernier a un adversaire de taille qui veut lui aussi réduire la taille de l’État. Mais les deux hommes ne s’entendent pas pour autant sur l’Ukraine et l’immigration. Entrevue.

 

Ces dernières années, Maxime Bernier a souvent répété que les conservateurs fédéraux n’étaient pas de vrais conservateurs, mais une sorte d’aile droite du Parti libéral du Canada.

 

Avec Pierre Poilievre comme chef du PCC, il admet que les choses ont changé, mais souligne que bien des différences séparent encore son ancienne formation du Parti populaire qu’il dirige depuis sa fondation, en 2018.

 

«Durant la course au leadership, Pierre Poilievre a parlé comme un vrai conservateur et il a fait preuve de courage envers les médias traditionnels qu’il a envoyés promener. Maintenant, rien ne dit qu’il ne voudra pas se recentrer pour son image en vue de la prochaine campagne électorale», anticipe-t-il avec Libre Média.

 

«Le Parti populaire n’est pas pro-guerre»

 

Contrairement aux conservateurs, les populaires ne soutiennent pas le gouvernement de Kiev dans le conflit russo-ukrainien, une divergence pour le moins fondamentale alors qu’il a déjà provoqué un réalignement géopolitique majeur. 

 

Dans une entrevue accordée à Libre Média le 19 août dernier, Pierre Poilievre évoquait plutôt la nécessité pour le Canada de «fournir des armes à l’Ukraine».

 

«J’encourage tous les Canadiens à manifester leur soutien continu aux Ukrainiens qui se battent pour défendre la démocratie, alors qu’ils cherchent à préserver leur liberté et leur dignité», vient de déclarer par communiqué le nouveau chef de l’opposition officielle.

 

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De son côté, le 19 novembre dernier, Maxime Bernier a prononcé un discours à Toronto dans le cadre d’une soirée organisée par Rebel News pour critiquer l’appui d’Ottawa à l’Ukraine. 

 

«Le Parti populaire n’est pas pro-guerre. Les conservateurs, les libéraux et le NPD, eux, le sont tous. […] Le Canada devrait faire comme en 2003 quand il a refusé d’aller Irak. […] Pour des raisons économiques principalement, le Canada sera toujours dans le camp américain, mais il n’est pas obligé de participer à toutes les guerres des États-Unis», souligne l’ancien ministre fédéral des Affaires étrangères (2007-2008).

 

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Qu’un parti de droite assumée soit le seul sur la scène fédérale à afficher une posture pacifiste pourrait surprendre, mais notre interlocuteur n’y voit rien d’incohérent. La droite doit-elle toujours être militariste? Aux États-Unis, des républicains commencent sérieusement à douter des vertus de cette guerre. 

 

«Ottawa devrait suivre la voie canadienne qui a toujours été de tenter de trouver une solution diplomatique pour ramener la paix. […] Le Canada a un historique de puissance moyenne et n’a pas à se mêler de ce conflit dans un monde multipolaire. […] Il ne fallait pas non plus aller en Afghanistan: des Canadiens sont morts pour rien», tranche le politicien de 59 ans. 

 

Un nouvel isolationnisme à la canadienne? Peut-être, dans tous les cas, il est impératif de tenir compte des racines historiques du conflit russo-ukrainien pour le comprendre, insiste le chef populaire. Vladimir Poutine est un «tyran», lâche-t-il, mais dont l’ambition est d’éviter une nouvelle crise des missiles que l’OTAN pourrait déclencher en prenant pied en Ukraine. 

 

Divergences sur l’immigration

 

Autre différence fondamentale entre le PPC et le PCC: l’immigration, que Pierre Poilievre n’entendrait pas du tout mieux contrôler.

 

«Pierre Poilievre ne dit rien sur le chemin Roxham, alors que les migrants qui passent par-là ne font pas preuve d’un grand respect pour nos frontières. […] Poilievre veut aller chercher le vote des communautés ethnoculturelles dans la région de Toronto. Proposer de baisser les seuils d’immigration, ce n’est absolument pas quelque chose qu’il va faire».

 

Pour Maxime Bernier, il est grand temps de revenir à une «immigration soutenable», surtout que son contraire, «l’immigration de masse», contribuerait à augmenter le prix des logements dans plusieurs villes, et dans un contexte d’inflation déjà élevée.

 

Le «pas assez» de Mad Max

 

Le chef populaire estime enfin que son nouvel adversaire est trop timoré par rapport à une urgence climatique qui serait nettement exagérée par les médias, voire inexistante, «car le climat a toujours changé».

 

Il croit aussi que la cible de 2% d’inflation que défend Poilievre pour la Banque centrale n’est pas assez ambitieuse pour redonner de l’air aux familles. Mad Max viserait 0% et une rigueur budgétaire décomplexée. 

 

Même son de cloche sur la montée du mouvement transgenre qu’on étend même aux enfants et qui a récemment été grossièrement incarné par un enseignant de l’Ontario aux faux seins surdimensionnés. Un phénomène que ne critiquerait pas assez son adversaire, pour ménager son image dans un Canada devenu le laboratoire mondial de toutes les lubies «progressistes».

 

«Pierre Poilievre sera le premier ministre d’un gros gouvernement. Il va continuer à dépenser, mais en fonction de priorités conservatrices et non de priorités libérales. […] Ce ne sera pas suffisant: au Canada, il a y a une révolution à mener», conclut Maxime Bernier.