Un pays qui prétend valoriser la diversité culturelle devrait aussi valoriser la diversité des idées. L’éditorial de notre rédacteur en chef Jérôme Blanchet-Gravel.
De plus en plus de cas concrets témoignent de l’érosion de la liberté d’expression au Canada, pays pourtant encore reconnu dans le monde pour sa promotion du libéralisme et des droits individuels.
Le Canada a longtemps projeté l’image d’un eldorado de liberté, mais depuis la crise sanitaire, il apparaît de plus en plus comme un îlot à l’avant-garde de la nouvelle société de contrôle.
Censure académique, censure médiatique
Récemment, la suspension par l’Université Laval du professeur Patrick Provost pour avoir critiqué la vaccination des enfants est apparue comme un symptôme éclatant de la censure à l’université, autrefois l’agora par excellence et le temple du savoir.
Dans une conférence remontant à décembre 2021, le chercheur concluait que les risques associés à la vaccination des enfants étaient plus grands que les bénéfices. Comme scientifique de renommée internationale, avait-il seulement le droit d’émettre des réserves?
Le 24 juin dernier, le retrait par Québecor de son texte intitulé «Le véritable portrait de la Covid-19» est aussi apparu comme le signe d’un inquiétant conformisme. Pourtant, de nombreux chroniqueurs de ce groupe médiatique critiquent régulièrement (et heureusement) la censure.
Après sa suppression par Québecor, je rappelle que le texte a été publié par Libre Média, attirant l’attention de dizaines de milliers de lecteurs.
L’emprise de la vertu ostentatoire
Et le 29 juin dernier, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a blâmé Radio-Canada pour ne pas avoir suivi tous les codes de la vertu ostentatoire.
Le crime de la très raciste société d’État: avoir diffusé une émission durant laquelle des animateurs prononçaient le «mot en n», c’est-à-dire le mot nègre issu de la langue française.
Le mot n’était pas prononcé dans le but de discriminer un groupe ayant historiquement beaucoup souffert, mais pour nommer le titre d’un livre appartenant au patrimoine intellectuel du Québec: Nègres blancs d’Amérique de Pierre Vallières.
Le CRTC exige des excuses de la part du réseau public dans une décision aussi idéologique que biaisée sur le plan culturel – le mot en question n’ayant ni le même historique ni exactement la même connotation en anglais.
Le verdict du CRTC est un autre précédent grave pour la liberté d’expression. Cette décision s’inscrit dans une ambiance liberticide que la pandémie a amplifiée et conforte cette nouvelle volonté obsessionnelle de tout réglementer.
On peut se réjouir que la Fédération professionnelle des journalistes du Québec ait apporté son soutien à Radio-Canada, mais l’heure reste grave.
De la censure officieuse à la censure officielle
Le Canada n’est plus seulement un pays où des mécanismes de régulation de la pensée sont utilisés pour mater la dissidence (avertissements et encadrés sur les réseaux sociaux, postes d’enseignement attribués selon des critères idéologiques et ethniques, exclusion des non-vaccinés de divers secteurs, etc.), mais un État où des organismes officiels ne se gênent plus pour prononcer des fatwas.
Banlieue aseptisée des États-Unis, le Canada est devenu le laboratoire de toutes les expériences faussement progressistes et sécuritaristes, la liberté de pensée étant maintenant présentée comme une menace à la sécurité de ses habitants mentalement javellisés.
La liberté serait dangereuse – elle favoriserait la propagation des virus et la destruction de l’environnement –, c’est pourquoi il faudrait en limiter la portée. Telle est la logique que s’emploient à propager les représentants du nouvel ordre abrutissant.
Zéro risque, zéro carbone, zéro bruit, zéro vie: voici le Canada de demain.
Des initiatives positives
Heureusement que des initiatives comme Libre Média voient le jour pour ralentir l’avancée de ce conformisme étouffant, dont l’impact pourrait même finir par affecter l’économie du pays.
La créativité et l’innovation à la base de l’économie moderne dépendent en grande partie du maintien d’un climat de liberté: la pensée unique assèche la vitalité des sociétés en enfermant leurs membres dans un moule fade, endormant et uniforme.
Heureusement, aussi, que de plus en plus de gens semblent conscients du péril que représente la poussée du modèle chinois. Un modèle dont certains dirigeants occidentaux semblent vouloir s’inspirer pour concurrencer Pékin en matière d’efficacité dans cette nouvelle guerre froide confirmée par le récent sommet de l’OTAN à Madrid.
Un pays qui prétend valoriser la diversité culturelle devrait aussi s’assurer de valoriser la diversité des idées.













