Pauvreté, chômage, trafic humain, pénuries d’énergie et de médicaments, violence, expropriations: pour le moment, un arrangement juridique ne peut presque rien contre les causes profondes de la migration, observe Jérôme Blanchet-Gravel.
Le 24 mars dernier, Joe Biden et Justin Trudeau ont annoncé en grande pompe la fermeture du chemin Roxham, le premier ministre canadien réussissant par le fait même à éclipser les troublantes révélations sur l’ingérence chinoise au Canada.
Depuis des mois, le gouvernement Legault réclamait la fermeture de cette route devenue le symbole de l’immigration dite irrégulière au Canada.
Les migrants ne pourront plus traverser clandestinement la frontière canadienne pour contourner la fameuse Entente sur les pays tiers sûrs, modifiée de manière à ne plus permettre ce genre de dérogation.
Des voix s’élèvent pour saluer la décision ou la condamner. Certains y voient une victoire du droit sur l’illégalité et une bonne nouvelle pour la capacité d’intégration du Québec, une nation culturellement fragile, d’autres y voient une défaite pour le caractère accueillant et multiculturel du Canada.
De nouvelles brèches à venir
Pour ma part, j’y vois surtout un écran de fumée, tant la crise migratoire que traversent les Amériques est dramatique et intense. On ne freine pas un tsunami avec quelques sacs de sable. D’autres brèches seront rapidement créées, si ce n’est pas déjà fait.
Ayant passé l’essentiel des quatre dernières années dans la ville de Mexico, je suis bien placé (géographiquement) pour le voir. Preuve de la gravité de la situation, le Mexique est récemment passé de pays de transit à pays de transit et de destination pour des milliers de migrants venus principalement d’Haïti et d’Amérique centrale.
Devant l’impossibilité d’entrer aux États-Unis, des milliers d’entre eux décident de rester dans un pays qui n’était pas leur premier choix.
Mais le nombre de migrants en direction des États-Unis atteint toujours des records. Entre octobre 2021 et août 2022, les autorités américaines ont stoppé 2,1 millions de personnes à la frontière des États-Unis avec le Mexique.
«Nous n’avions jamais vu dans l’histoire des États-Unis ce que nous sommes en train de voir en ce moment, comment ces foules arrivent à la frontière», déclarait l’ambassadeur américain au Mexique, Ken Salazar, à la revue Expansión, le 14 septembre dernier.
Le drame haïtien
Il est donc clair que la fermeture du chemin Roxham ne signifie pas la fin de l’immigration illégale au Canada. La crise migratoire historique que traversent les Amériques avait déjà débuté avant l’assassinat du président d’Haïti, Jovenel Moïse, en juillet 2021, événement qui a semé le chaos et provoqué la fuite de milliers de personnes.
Quelques semaines après le meurtre du président à sa résidence par un commando de mercenaires colombiens, des dizaines d’Haïtiens apparaissaient dans les rues de Mexico, parfois avec des enfants, tentant de vendre des babioles aux automobilistes sur les boulevards inondés de soleil. Ils sont aussi apparus dans d’autres pays comme le Brésil.
Les Haïtiens payent encore le prix de la déstabilisation de leur pays due à cet assassinat. Dans la perle des Antilles, le banditisme est devenu le seul et unique mode de gouvernance.
Ironie de l’histoire, des observateurs soupçonnent Washington d’être en partie derrière le meurtre de Jovenel Moïse, comme quoi des États occidentaux peuvent parfois eux-mêmes contribuer à faire naître les crises qui les minent.
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Pauvreté, chômage, trafic humain, pénuries d’énergie et de médicaments, violence, expropriations: pour le moment, un arrangement juridique ne peut presque rien contre les causes profondes de la migration.
Vaste et populeux pays absorbant la majorité des migrants avant leur arrivée au Canada, les États-Unis semblent avoir atteint leur degré de saturation. Le Canada doit se préparer à retrouver régulièrement des migrants morts en chemin, ces histoires tragiques qui font bien trop souvent les manchettes ailleurs sur le continent.
S’attaquer à la source du problème
Il ne s’agit pas de faire dans la vertu ostentatoire ou la petite morale humanitaire – je laisse cette posture aux bons chroniqueurs de «gauche» –, mais de pouvoir composer avec un phénomène en majeure partie hors de notre contrôle. Le reconnaître n’est pas faire le jeu de l’utopie hospitalière promue par l’establishment multiculturaliste.
Il faut réfléchir aux causes profondes de la migration, et nous demander quelles solutions peuvent aider à retenir là où ils se trouvent les habitants des régions marquées par l’exil. Cela passe nécessairement par des investissements massifs dans les zones concernées, et dans cette optique, par une meilleure coopération entre les acteurs étatiques et économiques.













