Jérôme Blanchet-Gravel dénonce l’attaque sans précédent contre la liberté d’expression menée simultanément dans plusieurs pays comme le Royaume-Uni, la France, les États-Unis et le Brésil.
Le recul de la liberté d’expression n’est pas nouveau – en Occident nous pouvons l’observer depuis au moins 10 ans –, mais les attaques à son encontre se sont multipliées ces dernières années, et encore plus ces dernières semaines.
La Covid-19 a servi de prétexte aux États pour façonner et entretenir les récits qui structurent l’imaginaire public, légitimant un plus grand contrôle de l'information au nom du bien-être et de la santé de la population.
Cinq grands développements témoignent le mois dernier de la poursuite et de l’intensification de cette dynamique autoritaire.
Août 2024 est un mois noir pour la liberté d’expression dans le monde.
1. La dérive autoritaire du Royaume-Uni
D’abord, les manifestations de début août contre l’immigration massive au Royaume-Uni ont donné lieu à des épisodes inédits de censure. Avec raison, ces évènements font craindre le basculement de ce pays déjà champion de la vidéosurveillance dans une forme de techno-totalitarisme.
En pleine crise, l’un des principaux conseillers du gouvernement, John Woodcock, a proposé d'instaurer «des mesures de type covid» pour réprimer les émeutes. Des centaines de manifestants ont été arrêtés pour avoir simplement relayé sur les médias sociaux du contenu jugé susceptible d’amplifier la contestation.
2. X dans la mire de l’Union européenne
Ces émeutes à peine résorbées, le commissaire européen au marché intérieur, Thierry Breton, est intervenu pour tenter de censurer l’entrevue entre Elon Musk et Donald Trump sur X.
La Commission européenne a rapidement désapprouvé les menaces à peine voilées du technocrate. Cependant, l’incident en annonce probablement d’autres du genre, d’autant plus que l’Union européenne a déjà montré à maintes reprises son appétit pour l’orientation des contenus.
3. Pavel Durov arrêté
Le 24 août, le fondateur et président de Telegram, Pavel Durov, a été arrêté à Paris. On reproche à l’entrepreneur «libertarien» le manque de modération sur cette plateforme devenue avec WhatsApp l'une des messageries les plus utilisées dans le monde, un «laxisme» qui aurait permis à plusieurs criminels d’y mener leurs activités sans contraintes.
À ce sujet: Arrestation de Pavel Durov: «la fuite en avant totalitaire de la France»?
Le manque de transparence avec lequel l’arrestation a été menée fait planer le doute sur les bonnes intentions des autorités, qui semblent davantage répondre à une commande politique.
Désormais, il est de notoriété publique que les gouvernements veulent forcer les grandes plateformes à leur fournir des accès dans divers objectifs rarement compatibles avec la protection des renseignements personnels. Durov n'aurait jamais cédé.
Les accusations élargissent le spectre de la responsabilité criminelle à un niveau inouï: si des mafieux élaborent un complot dans un restaurant, son propriétaire devient-il complice des méfaits?
À présent, les Elon Musk et Mark Zuckerberg doivent-ils craindre pour leur liberté en débarquant en France, autrefois considérée comme le pays des Lumières?
4. Les révélations de Zuckerberg
L'arrestation de Durov n’a pas laissé Zuckerberg indifférent, car le surlendemain, le grand patron de Meta a admis avoir collaboré avec l’administration Biden pour censurer divers contenus relatifs à la Covid-19. Zuckerberg précise toutefois que la décision finale de retirer le contenu ciblé par le gouvernement américain revenait à ses équipes.
Ces révélations confirment les soupçons d’ingérence de Washington sur les médias sociaux partagés depuis un bon moment par de nombreux «complotistes».
Les regrets de Zuckerberg semblent aussi prendre la forme d’un positionnement politique, deux jours après l’arrestation de son confrère et alors que les républicains et Robert Kennedy Jr reprochent aux démocrates d'avoir régulièrement recours à ces pratiques.
5. X suspendu au Brésil
Enfin, X a été suspendu ce 30 août au Brésil, qui loin d’être un pays mineur est le plus populeux des Amériques après les États-Unis. La décision du juge Alexandre de Moraes est l’aboutissement d’une bataille entamée il y a plusieurs mois entre lui et Elon Musk.
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Si la décision peut être interprétée comme une victoire de la gauche dans un vaste contexte d’affrontement entre celle-ci et la droite en Amérique latine (Musk appuie Milei en Argentine), elle est surtout le fruit du gouvernement des juges dans un Brésil très polarisé où la Justice dispose d'un pouvoir démesuré.
À Mexico la semaine dernière dans le cadre de l’édition mexicaine 2024 de la Conservative Political Action Conference (CPAC), où j’étais présent, le député fédéral brésilien Eduardo Bolsonaro a dénoncé une attaque sans précédent du pouvoir judiciaire contre la liberté d’expression. Difficile de n’y voir que partisanerie.
D'après vous, le Canada sera-t-il épargné?











