La désinformation sous couvert d’information neutre et objective

Capture d'écran.

Lundi le 11 novembre 2024, à 10:45

La réélection de Trump marque un tournant. La désillusion envers les médias traditionnels s'accentue, exposant un système d'information biaisé et déconnecté, poussé par des prédictions erronées. Un texte du professeur Jean-François Caron.

 

Le 5 novembre 2024 restera dans les annales non seulement pour la réélection non consécutive de Donald Trump à la présidence des États-Unis (une première depuis Grover Cleveland en 1893), mais aussi comme étant la date qui aura alerté un nombre important de citoyens quant à la nature de l’information dont les gavent les médias traditionnels. 

 

Une information souvent erronée, fortement influencée par une idéologie de gauche et ne faisant aucune place à la dissidence ou au questionnement. Bref, une désinformation masquée sous le couvert de ce qu’ils appellent «une information neutre et objective». 

 

Information biaisée

 

La campagne électorale américaine aura été marquée au cours des derniers mois par des prédictions hasardeuses qui n’auront contribué qu’à couvrir de ridicule leurs auteurs: un ridicule que leur regard complètement désorienté sur les plateaux de télévision, dans la soirée du 5 novembre, n’arrivait pas à cacher. 

 

Prisonniers de leur chambre d’écho, ils n’auront pas su faire preuve de l’esprit d’analyse que tout traitement de l’information et d’un phénomène politique exige.

 

Or, s’ils l’avaient fait, ils auraient été en mesure de prendre en considération les différents éléments qui tendaient à démontrer que le momentum n’était plus du côté de Kamala Harris. 

 

L’analyse des sondages des derniers jours méritait de prendre en considération une donnée qui avait pourtant joué un rôle important tant en 2016 qu’en 2020, à savoir la sous-estimation chronique des intentions de votes réelles envers Donald Trump. 

 

C’est ce que la science politique – car, oui, il s’agit bel et bien d’une science – exige: mettre de côté ses biais et ses préférences idéologiques afin de poser des jugements froids et éclairés sur l’issue d’un phénomène politique. Refusant d’adopter cette posture scientifique, ils en auront été incapables. 

 

Une crise systémique

 

Or, ce manquement à ce qui est au cœur du jugement scientifique n’est que le reflet du déclin irréversible des grands médias traditionnels. 

 

D’ailleurs, cette crise n’a rien d’anecdotique, mais est plutôt un élément systémique de l’évolution de cet espace informationnel des dernières années.

 

La pandémie aura été une autre occasion où leur pseudo-adhésion à la science au détriment des théories du complot n’aura été en fait qu’une façade. 

 

A posteriori, on se rend bien compte qu’ils ont refusé d’analyser objectivement la situation de l’époque. Malgré tous les signes qui montraient pourtant clairement l’inefficacité des vaccins à empêcher la diffusion du virus, ils ont refusé de reconnaître ce qui était pourtant visible pour tous ceux qui avaient le courage d’analyser la réalité telle qu’elle se présentait sous leurs yeux. 

 

Il en a été de même pour leur refus de critiquer des mesures qui n’avaient pourtant aucun fondement scientifique comme l’imposition d’un couvre-feu au Québec, ou encore constitutionnel comme l’imposition de la Loi sur l’état d’urgence au Canada.

 

Ajoutons à cette longue liste de croyances farfelues, l’ensemble des nouvelles sur la «catastrophe climatique» diffusées sans aucun esprit critique et répétées ad nauseam par les mêmes experts fortement orientés idéologiquement et dont les analyses ne sont jamais remises en question ou questionnées avec rigueur. On pourrait en rire si les conséquences sur les libertés des gens n’étaient pas aussi terribles. 

 

Réévaluer nos certitudes

 

Cette situation doit nous forcer à nous interroger sur cette supposée information de masse qui n’est en fait qu’une vaste entreprise de désinformation. Sans aucune surprise, les gens curieux et dotés d’un esprit critique n’arrivent plus à se reconnaître dans ces médias qui desservent leur intelligence et préfèrent se tourner vers des sources d’informations alternatives. 

 

Les gens réalisent que ceux et celles qui ont faussement prédit la victoire de Kamala Harris, la poussée victorieuse des forces armées ukrainiennes lors de leur contre-offensive de l’été 2023 ou encore la chute imminente du régime de Vladimir Poutine ne présentent plus de l’information, mais de simples vœux pieux aux fondements aussi scientifiques que l’horoscope de la semaine. 

 

À voir aussi: Victoire de Trump: le début de la fin pour les médias traditionnels?

 

Pourquoi alors prendre la peine d’ouvrir son journal? D’allumer son poste de télévision pour lire ou entendre des propos dépourvus de toute substance? 

 

Ce cercle est vicieux pour les médias traditionnels, puisque non seulement le public se détourne d’eux, mais les gens à l’esprit scientifique qui ne trouvent plus leur place dans la médiocrité de ces sources d’information préfèrent eux aussi se détourner vers les médias alternatifs en créant leurs propres canaux d’information, renforçant ainsi l’attrait et le sérieux de ces derniers. 

 

Pour le dire autrement, les médias traditionnels ne sont que les architectes de leur propre malheur. 

 

Un combat d’arrière-garde 

 

Évidemment, ces médias biaisés essaient encore de nier cette évidence en s’efforçant de diaboliser le web et ses forces motrices, comme Elon Musk, de tous les noms d’usage. Mais cette stratégie fonctionne de moins en moins. 

 

Leur incapacité évidente à fournir une information de qualité fait en sorte que non seulement leurs accusations sont désormais dépourvues de tout fondement, mais elles commencent même à se retourner contre eux, car de plus en plus de personnes voient en eux des cordonniers mal chaussés qui sont de plus en plus le reflet des accusations qu’ils portent eux-mêmes contre les médias alternatifs. 

 

À voir aussi: Une nouvelle ère médiatique et politique aux États-Unis

 

Pour cette raison, le 5 novembre 2024 sera un clou supplémentaire dans le cercueil des médias traditionnels et le reflet de plus en plus évident de leurs biais, de leur désinformation et de leur déclin irréversible. Requiescat in pace