Selon Patrice Deschênes, officier supérieur, le Canada doit renforcer son intégration à la défense américaine pour protéger sa souveraineté, plutôt que miser sur une alliance avec l’Europe.
En pleine rivalité ravivée entre les grandes puissances, les puissances moyennes se trouvent dans une position délicate. Agissant seules, elles ne disposent ni de la force militaire, ni des capacités technologiques, ni de l’influence économique nécessaires pour peser sur la situation stratégique.
L’alternative proposée par le premier ministre canadien Mark Carney et ses alliés de l’Union européenne consiste à former une «alliance du futur» entre le Canada et les 27 pays européens afin de protéger leurs libertés et de résister aux chocs à venir.
Au Parlement européen en septembre 2026, M. Carney a soutenu qu’une telle alliance renforcerait la résilience du Canada afin que «personne ne puisse menacer notre intégrité territoriale». Mais cette ambition repose peut-être sur une illusion.
Le dilemme des puissances moyennes
Les puissances moyennes ont longtemps contribué à l’élaboration des normes internationales grâce au soutien des États-Unis, principal architecte de l’ordre international fondé sur des règles. Le retour de la compétition entre grandes puissances les relègue toutefois à la périphérie.
Si elles peuvent encore contribuer à la stabilité régionale, elles ne peuvent ni dissuader les grandes puissances agressives ni défendre seules cet ordre. Leurs actions conjointes demeurent souvent fragmentées et incohérentes.
Pour éviter d’être marginalisé lors d’un conflit majeur, le Canada doit devenir un élément essentiel des plans et des opérations de défense américains.
Le souhait de créer un bloc de puissances moyennes non alignées peut sembler noble, mais il ne résiste pas à l’épreuve de la réalité: multiplier des décimales donne toujours… un nombre décimal.
L’Union européenne illustre bien ces limites. Malgré ses nombreux atouts, elle n’est pas un bloc cohérent capable d’assurer seule sa propre défense. Les priorités de ses membres divergent, leurs ressources sont inégales et leurs mécanismes de décision demeurent complexes.
Sans le leadership américain, elle ne possède ni les capacités militaires ni la coordination nécessaires pour agir efficacement en cas de crise majeure.
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Dans le nouvel ordre international, les puissances moyennes devront donc s’aligner clairement sur une puissance dominante. Au Canada, cette réalité est accentuée par une géographie immuable.
Une véritable résilience ne sera pas atteinte en privilégiant une alliance avec des pays plus faibles, éloignés géographiquement et souvent divisés, au détriment d’une intégration continentale accrue avec la seule puissance mondiale qui partage nos valeurs démocratiques, nos idéaux de liberté et notre culture populaire.
Le Canada manque de capacités militaires, de réseaux de renseignement et d’assises industrielles suffisantes pour agir seul en cas de crise majeure.
Sa sécurité et son influence doivent donc reposer sur un alignement avec une grande puissance dont les alliances, les capacités et les infrastructures stratégiques offrent la protection et le pouvoir de négociation qu’il ne peut obtenir seul.
La géographie commande
La géographie demeure la constante de l’équation de la sécurité nationale du Canada. Le pays ne peut plus tenir pour acquis que les chaînes d’approvisionnement mondiales resteront intactes en cas de crise grave ou de conflit armé.
Les équipements militaires modernes dépendent de composants spécialisés souvent fabriqués dans un nombre limité de pays. En période de tension, ces chaînes seront parmi les premières à être perturbées.
Les contrôles à l’exportation se resserreront, les routes maritimes seront perturbées et les fournisseurs étrangers privilégieront naturellement leurs propres besoins nationaux.
Pour les États dépendants de réseaux éloignés, les pièces de rechange, les munitions et les équipements critiques deviendront rapidement insuffisants.
Si le Canada continue de dépendre de chaînes de production extérieures à l’Amérique du Nord, les Forces armées canadiennes risquent ainsi de manquer de composants essentiels précisément au moment où les exigences de défense continentale seront les plus élevées.
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Se concentrer sur l’approvisionnement en Amérique du Nord, grâce à une intégration industrielle approfondie avec les États-Unis, réduit considérablement cette vulnérabilité.
La base industrielle de défense américaine est le seul système doté de l’échelle, de la résilience et de la capacité de montée en puissance nécessaires pour soutenir le Canada en cas de crise prolongée.
Les chaînes d’approvisionnement continentales bénéficient déjà de réglementations, de normes de sécurité et de réseaux logistiques intégrés, capables de fonctionner même en contexte de guerre.
Cependant, l’intégration industrielle ne suffit pas. Comme toutes les nations, les États-Unis donneront la priorité à leurs propres besoins.
Pour éviter d’être marginalisé lors d’un conflit majeur, le Canada doit devenir un élément essentiel des plans et des opérations de défense américains.
Cela exige une posture de défense pleinement alignée sur celle des États-Unis et une intégration permettant aux forces canadiennes de se joindre à tout élément de combat américain, à tout moment et en toutes circonstances.
S’approvisionner en équipement de défense au sein de l’Amérique du Nord renforce également l’interopérabilité quotidienne avec les forces américaines.
Dans un monde où la résilience des chaînes d’approvisionnement est devenue un élément central de la défense nationale, dépendre de la production continentale n’est plus seulement un choix économique: c’est une exigence stratégique.
Un allié, pas un fardeau
La sécurité du Canada est directement liée à celle des États-Unis. Les deux pays font face à un environnement de menaces qui évolue rapidement sous l’effet de la compétition entre les grandes puissances, des avancées technologiques militaires et de l’influence croissante des réseaux criminels transnationaux.
Une réponse efficace exige une stratégie cohérente à l’échelle continentale. Concrètement, cela signifie que le Canada doit être capable de se connecter aux systèmes américains, de partager du renseignement en temps réel et d’utiliser des équipements compatibles avec ceux des forces américaines.
Compte tenu de la vitesse et de la complexité des menaces actuelles, il n’y a guère de place pour des approches parallèles ou des systèmes d’armes incompatibles.
Alors que le Canada entreprend la modernisation de ses forces armées, il doit renforcer ses engagements en matière de défense continentale. L’objectif est double : protéger l’Amérique du Nord plus efficacement et préserver l’intégrité territoriale du Canada.
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Pour affirmer sa souveraineté face aux États-Unis, le Canada doit être un allié utile plutôt qu’un fardeau.
Sa position stratégique et ses abondantes ressources critiques constituent déjà un élément important de la défense et du soutien du territoire américain. Dans un contexte de guerre majeure, ces ressources pourraient devenir essentielles.
Il faut reconnaître une réalité fondamentale: les États-Unis agiront comme nécessaire pour assurer leur sécurité nationale si leur survie est menacée.
Dans ce contexte, le Canada peut choisir d’être un partenaire souverain, consentant et utile, ou risquer de voir son intégrité territoriale et sa souveraineté affaiblies au moment où éclatera une crise majeure.
L’intérêt vital du Canada se trouve en Amérique du Nord, pas à 3000 kilomètres.
En s’alignant sur la stratégie de sécurité nationale des États-Unis, en modernisant les Forces armées canadiennes, en consacrant des ressources crédibles à la défense et en approfondissant l’intégration continentale, le Canada contribuera à faire de l’Amérique du Nord une véritable forteresse capable de demeurer sûre, résiliente et dissuasive dans un monde de plus en plus compétitif et instable.












