Milei veut interdire l'entrée aux étrangers hostiles à l’Argentine

Le président argentin Javier Milei arrive à Lima, le 28 juillet 2026, pour assister à l’investiture de la présidente élue du Pérou, Keiko Fujimori. Photo: AFP.

Vendredi le 31 juillet 2026, à 09:30

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Milei veut interdire l'entrée aux étrangers hostiles à l’Argentine
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Après la défaite contre l’Espagne en finale du Mondial, le comportement de la sélection argentine a suscité de vives critiques à l’étranger. Milei dénonce une «campagne anti-argentine» et veut bannir les étrangers jugés hostiles au pays.

 

Le gouvernement de Javier Milei s'est subitement braqué jeudi contre ce qu'il perçoit contre une «campagne de haine» anti-argentine, en publiant un décret déroutant, qui interdit à l'avenir l'entrée, ou rend passible d'expulsion, les étrangers exprimant hostilité envers les Argentins ou le pays.

 

Décret-surprise

 

Le décret-surprise, publié dans la nuit de mercredi et qui devra passer par le Parlement, vise des étrangers «qui auraient diffusé des messages de haine, oralement ou par écrit, ou incité à la violence contre le peuple argentin dans son ensemble, ou contre un citoyen argentin, motivés par sa nationalité».

 

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Dans un communiqué en parallèle, Javier Milei justifie la mesure par «les récentes manifestations d'hostilité contre la République argentine et les Argentins».

 

Il ne donne pas de détail sur ces «manifestations», mais le président, qui briguera très vraisemblablement la réélection en 2027, s'était récemment élevé contre une supposée «campagne anti-argentine», dans le contexte du Mondial, et des critiques à l'étranger visant l'Albiceleste, ou ses supporters, pour leur comportement.

 

Dimanche, sur fond de tension diplomatique avec le Brésil, il avait accusé le gouvernement brésilien, mais aussi le Mexique et le Parti démocrate américain, d'avoir financé une «campagne anti-argentine», sans étayer ses accusations.

 

Dans son préambule, le décret constate «qu'ont considérablement augmenté les messages de haine et actes d'hostilité et de mépris dirigés spécifiquement contre le peuple argentin, sa culture et son identité nationale» et que «cela constitue un risque pour tous les Argentins».

 

 «Le décret n'est pas clair»

 

«Qui attaque la République argentine n'est pas le bienvenu dans notre pays», écrit Milei.

 

Le décret, qui entre en vigueur dans l'attente de son examen au Parlement, souligne qu'en «aucun cas», ne sont concernées par ces nouvelles dispositions «les expressions de désaccord idéologique ou critique politique, académique ou citoyenne, qui constituent l'exercice légitime» des droits constitutionnels.

 

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Le devenir législatif du décret, qui amende quelques articles de la loi sur l'immigration, est incertain, sans parler de sa faisabilité.

 

Présenté comme «décret de nécessité et d'urgence», il doit être examiné en commission parlementaire qui doit évaluer ce caractère d'urgence. Puis par les députés et les sénateurs. Un rejet par les deux chambres le laisserait sans effet.

 

«Le décret n'est pas clair et il n'y a pas non plus de certitude sur son degré d'applicabilité», estime pour l'AFP Lucia Galoppo, avocate spécialiste de l'international au Centre d'études légales et sociales.

 

«Il ne précise pas ce qu'est un discours de haine, comment il va être décrété, sur quels critères et comment déterminer les émetteurs de ces discours (...) ce qui le rend difficile à appliquer et discrétionnaire, car cela laisse trop de zones d'ombre que l'État pourrait combler avec des critères arbitraires», relève-t-elle.

 

Les réactions de la presse argentine traduisaient aussi le scepticisme juridique sur l'applicabilité, voire la constitutionnalité, du décret. Et certains médias spéculaient sur un «effet pour la galerie», pour capter l'agenda politico-médiatique.

 

Tradition d'immigration 

 

Car la mesure marque un écart, du moins rhétorique, avec la tradition de terre d'immigration de l'Argentine. Sa Constitution, un des plus bienveillantes à cet égard, pose que «les étrangers jouissent, sur le territoire de la Nation, de tous les droits civils du citoyen». Et vise à «assurer les bénéfices de la liberté, pour nous, pour notre postérité, et pour tous les hommes du monde qui voudront habiter le sol argentin».

 

«Ca fait un peu peur, j'espère que ça n'avancera pas», confiait à l'AFP Felipe, un Colombien de 43 ans vivant à Buenos Aires depuis 2009. «Je n'écris jamais sur les réseaux, je n'insulte jamais ni ne dit du mal de qui que ce soit (...) de l'Argentine encore moins. Au contraire, j'aime l'Argentine pour tout ce qu'elle m'a donné et continue de me donner!»

 

«L'histoire argentine est très riche dans le sens d'un pays qui a reçu, historiquement, des immigrants venus de partout», relevait le sociologue Ivan Schuliaquer: «Nous ne sommes pas anti-immigrants».

 

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«Et la droite en Argentine a ceci de particulier qu'elle n'est pas nationaliste du tout» souligne-t-il à l'AFP. Aussi selon lui, Javier Milei «profite d'un climat dans la société pour tirer parti de quelque chose qui, d'une manière générale, n'a pas fait partie de son projet politique».

 

La sélection argentine de football, particulièrement après sa finale contre l'Espagne, avait fait l'objet d'un flot de critiques dans la presse internationale, les réseaux sociaux. Fustigeant tantôt son jeu «négatif», «minimaliste», «destructeur», ou son attitude «cynique», «provocatrice», voire violente.

 

Lionel Messi quitte le terrain après la défaite de l’Argentine contre l’Espagne en finale de la Coupe du monde 2026 à East Rutherford, aux États-Unis. Photo: Patricia DE MELO MOREIRA pour l’AFP.

 

 

Mercredi, la FIFA a annoncé l'ouverture d'une procédure disciplinaire visant la Fédération argentine (AFA) en lien notamment avec «des chants et gestes discriminatoires», «l'affichage de messages inappropriés par l'équipe et les spectateurs», le lancer d'objets par des fans. Et les incidents entre joueurs à l'issue de la finale.