Figure emblématique de la nouvelle dissidence cubaine, Luis Manuel Otero Alcantara est arrivé samedi à Miami pour entamer son exil aux États-Unis, après avoir purgé une peine de cinq ans de prison sur l'île communiste. Portrait.
L'artiste, revêtu d'un jogging gris, coiffé d'un bonnet et un drapeau cubain sur les épaules, a été accueilli par des amis et des militants des droits humains à l'aéroport de Miami, a constaté l'AFP.
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«Après cinq années d'emprisonnement injuste, l'artiste cubain Luis Manuel Otero Alcantara a enfin été libéré», avaient annoncé des proches sur sa page Facebook, au moment de son départ depuis l'aéroport de La Havane.
L’exil comme seule issue
L'artiste avait obtenu vendredi un visa pour se rendre aux États-Unis, «une voie qui s'est imposée comme la seule manière pour qu'il puisse retrouver sa liberté en ce moment», ont ajouté ces proches.
Peu après l'arrivée du dissident, le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, a appelé La Havane à libérer plus de 700 prisonniers politiques.
Un artiste devenu symbole
Récompensé en 2024 par le Prix norvégien Rafto des droits humains «pour son opposition intrépide à l'autoritarisme à travers l'art», le dissident de 38 ans s'est fait connaître en 2020 à la tête du Mouvement San Isidro, un rassemblement contestataire d'artistes et d'intellectuels.
Luis Manuel Otero Alcántara s’adresse à la presse à son arrivée à l’aéroport international de Miami, le 18 juillet 2026. Photo: Giorgio VERA pour l’AFP.
Avec treize autres membres du mouvement, il s'était retranché plusieurs jours dans sa maison de San Isidro, un quartier à la fois pauvre et bohème de La Havane, pour exiger la libération d'un rappeur.
Cette mobilisation s'était terminée par leur expulsion qui, loin de les faire taire, avait déclenché une manifestation sans précédent: 300 artistes s'étaient rassemblés devant le ministère de la Culture pour réclamer une plus grande liberté d'expression.
Un prélude au 11 juillet
Cette manifestation a été un prélude aux manifestations historiques du 11 juillet 2021, quand des milliers de Cubains étaient descendus dans la rue pour réclamer plus de libertés et de meilleures conditions de vie, ce qui avait conduit à des centaines de condamnations.
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L'artiste avait été appréhendé alors qu'il tentait de se joindre aux protestations. Après plusieurs mois de détention préventive, il avait été condamné en 2022 à cinq ans de prison pour «insulte aux symboles de la patrie, outrage et trouble à l'ordre public».
Cinq ans pour un drapeau
Il était notamment jugé pour une œuvre intitulée «Drapeau» (2019). Au cours de cette performance, il s'était couvert du drapeau cubain pendant 24 heures, notamment lorsqu'il était aux toilettes. Les photos avaient été diffusées sur les réseaux sociaux.
Pour le régime communiste, le dissident n'est pas un artiste, mais un agent au service des États-Unis accusé d'avoir orchestré des manifestations pour déstabiliser le pays.
Amnesty International l'a déclaré «prisonnier d'opinion», comme son compagnon de lutte, le rappeur Maykel Osorbo, condamné pendant le même procès à neuf ans de prison et toujours détenu.
«Carnaval de désobéissance»
Luis Manuel Otero Alcantara est «un gars qui a organisé (...) une énorme fête dissidente, un carnaval de désobéissance», avait témoigné le jeune écrivain cubain en exil, Carlos Manuel Alvarez sur sa page Facebook, peu avant le troisième anniversaire de détention de son ami.
Sa formation de sportif durant sa jeunesse a marqué son caractère, a expliqué à l'AFP Yanelys Nuñez, commissaire d'exposition, qui vit désormais en Espagne. «Cela l'a beaucoup influencé (...) parce qu'il a grandi face aux problèmes, face aux obstacles», dit-elle.
Né le 2 décembre 1987, Luis Manuel a grandi dans le quartier populaire du Cerro, à La Havane, dans une maison où vivaient plusieurs familles. Lui, ses parents et ses trois frères et sœurs habitaient dans l'une des pièces.
L’art comme résistance
Son oncle charpentier a éveillé son intérêt pour la sculpture. Le jeune homme a échoué à entrer à l'Académie Nationale des Beaux-Arts, mais s'est rapproché d'autres artistes et a commencé à travailler dans une galerie alternative de La Havane.
Lors de sa première exposition intitulée «Los Héroes no pesan» (2011) (Les héros ne pèsent rien), il a utilisé des «matériaux sans valeur et recyclés» pour représenter «une armée mutilée», une réflexion sur les Cubains envoyés se battre en Angola dans les années 1970-80, rappelle Yanelys Nuñez.
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«Pour moi, il y a une frontière étroite entre art et activisme, art et politique. J'ai toujours pensé que l'art entraînait une responsabilité civique et politique», disait-il en 2020 dans une interview sur le blog spécialisé Shoutsmusic.
En prison, il a continué à peindre. «Je pense que l'État sait que si je ne peux pas créer, je mourrai, et c'est pour ça que les gardiens me laissent faire, pour que je ne devienne pas un martyr», confiait-il en avril dans une lettre publiée par le New York Times.
«Dans les moments les plus sombres ou les plus incertains, j'essaie de me rappeler que ma survie et mon travail d'artiste sont des symboles d'espoir et de sacrifice pour les autres Cubains», ajoutait celui qui a été récompensé en 2022 d'un prix du Fond Prince Claus aux Pays-Bas.











