Le 24 mai dernier, à l’initiative du balado L’Anti-chambre d’écho, s’est tenue, à Saint-Lambert, une soirée de débat consacrée à la délicate question des vitesses en éducation.
Conformément à la mission du balado, la discussion a réuni des intervenants qui ne partagent pas toujours les mêmes prémisses: Gabriel Giguère, de l’IEDM, Normand Baillargeon, ancien professeur de l’UQAM, Constantin Fortier, d’École ensemble, Maxim Fortin, de l’IRIS, Étienne-Alexandre Beauregard, de l'Institut Cardus, et Vickie Viens, de la FEEP.
Malgré des divergences parfois marquées entre les six excellents panélistes, deux consensus se sont tout de même esquissés.
Le premier concerne la nécessaire abolition du régulier, ou de la vitesse «en rien».
Le second a trait à la tenue d’une Commission (Baillargeon) pour faire l’état des lieux en éducation, à condition qu’elle ne se penche pas uniquement sur les structures et le financement, mais aussi sur la mission fondamentale de l’école, le contenu des programmes, l’essentielle relation élève-enseignant et les données probantes.
Égalité et liberté
Sans surprise, l’égalité a dominé les échanges. Le problème, c’est que les deux camps citaient le même rapport du Conseil supérieur de l’éducation.
L’un pour affirmer que le système scolaire québécois serait le plus inégalitaire au pays. L’autre pour réfuter l’affirmation en s’appuyant sur la mise au point du même rapport. Difficile de conclure, sinon qu’il faut «remettre le cap sur l’équité».
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Lors de la période de questions, l’économiste Vincent Geloso a toutefois lancé un pavé dans la mare en soutenant que la prémisse selon laquelle l’école publique agirait indubitablement comme un réducteur d’inégalités ne tient pas.
Le professeur a évoqué qu’une simple visite sur Google Scholar suffit pour constater que les écoles publiques peuvent même accentuer certaines inégalités.
Le phénomène s’explique simplement: les familles, capables de lire les signaux, se déplacent vers les quartiers où se trouvent les meilleures institutions.
La valeur des écoles se voit ensuite «capitalisée» dans le prix des maisons, ce qui entraîne une ségrégation des quartiers et des enjeux de mobilité sociale.
Évidemment, la liberté et le rôle des parents se sont aussi imposés dans le débat. En effet, les «bassins scolaires optimisés» proposés par École ensemble s’appuient sur une répartition par code postal qui évacue la liberté de choix de l’équation, sauf pour les familles aptes à se tourner vers le privé non subventionné.
Il faut par ailleurs reconnaître, comme le souligne une nouvelle étude relayée par École ensemble, que la proximité comporte des avantages patents, notamment en matière d’environnement, de mobilité active et de santé publique.
Beaucoup de questions, peu de réponses
Cela dit, le plan de création d’un réseau scolaire commun demeure théorique et sa mise en application soulève plusieurs questions auxquelles nous obtenons, pour l’heure, peu de réponses.
Comment réagiront les familles face à un tel changement? Quel sera l'effet sur la performance scolaire ? Au-delà des prévisions, éminemment variables, quel sera l’impact sur les finances publiques ? Combien d’écoles accepteront de devenir conventionnées?
Et si, comme on peut le suspecter, elles sont peu nombreuses à lever la main, qu’aura-t-on accompli au juste?
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À l’inverse, si plusieurs acceptent, le nombre de places dans ces établissements prisés demeurera le même : seule la méthode de sélection aura changé. De nouveau, qu’aura-t-on accompli?
Certes, le plan d’École ensemble promet des redécoupages qui optimiseront la proximité et la mixité des clientèles. Or, les cartes scolaires précises demeurent inconnues. Ces détails sont pourtant loin d’être secondaires.
Actuellement, le plan récolte un appui populaire massif, mais lorsque chaque parent connaitra son école, l’enthousiasme de certains pourrait s’estomper.
Le même désenchantement pourrait se produire au sein de la population générale quand les effets attendus sur la valeur des propriétés deviendront plus évidents.
Et lorsque les familles liront de nouveau les signaux et que les quartiers évolueront en conséquence, faudra-t-il revoir les redécoupages? Et si oui, à quelle fréquence?
Deux angles morts: les briques...
Si les panélistes ont couvert de nombreux éléments, deux angles morts persistent à mes yeux.
Le premier concerne l’inéluctable question des briques. Toute réforme qui mise sur une nouvelle répartition des élèves se butera au parc immobilier existant, dont l’état et la distribution sont loin d’être uniformes sur le territoire.
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Certaines villes accueillent une forte concentration d’établissements, d’autres, très peu.
Face à la crise des infrastructures que nous traversons, on peut et on doit rêver de construire ou reconstruire de belles écoles. Mais il paraît irréaliste de croire que l’on puisse redessiner d’un coup le réseau comme s’il s’agissait d’une page blanche.
La même réalité s’impose dans le débat sur l’application de la loi 101 au collégial. Les considérations linguistiques s’avèrent essentielles, mais dans le contexte actuel, les contraintes immobilières le sont aussi.
Il semble d’ailleurs difficile de justifier une mesure «nationaliste» qui entasserait les étudiants francophones dans des établissements saturés, pendant que leurs collègues anglophones jouiraient d’installations enviables et idéalement localisées.
À cet égard, une application de la loi 101 qui suivrait l’étudiant plutôt que l’institution mérite d’être examinée, surtout dans la région métropolitaine, qui pourrait servir d’exception à la règle.
...et le fanal
Le second angle mort se révèle encore plus préoccupant: l’absence de lumière et d’expérimentation pour guider nos actions.
Trop souvent, les réformes éducatives ont reposé sur des intuitions ou des théories. Une fois qu'on les implante à grande échelle, il devient ardu de rétropédaler, même lorsque les résultats ne sont visiblement pas au rendez-vous.
À l’aube d’une ère de grands changements en éducation, on peut se réjouir qu’un consensus semble s’installer en faveur d’États généraux pour en débattre. Il faudrait toutefois que ce consensus s’accompagne d’un autre: celui de procéder avec prudence. Avant les réformes mur à mur, testons, mesurons et avisons.
Bref, s’il faut considérer les briques dans l’équation scolaire, il faudra surtout un fanal pour éclairer la route. Nos enfants méritent mieux que des réformes à l’aveugle.













