Les Québécois savent dire non. Mais savent-ils dire oui? À force de se définir par l’opposition et l’interdiction, le Québec risque d’oublier que la liberté se construit aussi par l’initiative, la confiance et la capacité d’agir par lui-même.
Dans un contexte géopolitique marqué par les turbulences, bon nombre de nationalistes constatent, comme Parizeau avant eux, que la peur est notre talon d’Achille.
Les sondages en attestent: l’équipe adverse n’a qu’à brandir un mot pour prendre une part de l’électorat dans ses filets, et ce, malgré l’UPAC, les brownies, le fling-flang et tutti quanti.
Les nationalistes ont raison d’inviter les Québécois à rester lucides et courageux pour éviter le piège de la peur indue.
Ils doivent toutefois discerner un second obstacle de taille sur leur route: apprendre à dire oui.
Sérénité, courage, sagesse
C’est un secret de polichinelle: en politique, bloquer, découdre ou s’opposer se révèle immensément plus facile que de proposer, d’autoriser ou de soutenir.
D’ailleurs, à force de jouer redoutablement bien les trouble-fêtes de la fédération, le Québec s’est cantonné à ce rôle jusqu’à en négliger quelque peu son agentivité.
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Pour faire un clin d’œil au Coach de la Sainte-Flanelle: le Québec a longtemps limité sa «game dans la game» à se défendre contre Ottawa et jouer offensif en étendant l’État qu’il contrôle.
Assurément, de bonnes choses en ont découlé.
De facto, les Québécois ont la sérénité de reconnaître un rôle clé à l’État.
En revanche, ont-ils le courage d’admettre que ce dernier peut parfois faillir, voire nuire ?
Et surtout, ont-ils la sagesse de distinguer les deux situations?
Soif de liberté
Rappelons que pour les élus, il s’avère plus aisé d’interdire, de réglementer et d’accroître la taille de l’État que d’autonomiser, de jeter du lest et d’accepter que l’État ne contrôle pas tout.
Or, une nation qui aspire à s’affranchir d’un gouvernement de trop devrait montrer l’exemple en évitant de mettre des bâtons dans les roues des institutions et des citoyens qu’elle chapeaute.
Après tout, la soif de liberté se développe moins à coups de freins que d’élans.
La stratégie des petits pas
La question se pose: et si le chemin vers un grand oui était pavé d’une succession de petits oui ?
Oui à un État qui se concentre sur l’essentiel et le fait bien. Oui à une débureaucratisation qui libère l’action.
Oui à un débroussaillage réglementaire pour déchaîner la vitalité de nos villes et de nos régions.
Oui à une vision créative de l’agrotourisme (Merci, Mario Pelchat!)
Oui à des règles d’urbanisme et de construction qui cessent de faire achopper d’innombrables initiatives. Oui aux unités accessoires et aux logements bigénérationnels. Oui à des normes plus permissives quant aux escaliers, aux ascenseurs et aux ratios minimums de stationnement.
Oui à une bouffée d’air frais pour nos PME. Oui à un système fiscal et réglementaire qui favorise l’innovation et la productivité.
Oui aux clauses coucher de soleil pour arrêter d’accumuler une collection de règles qui prennent la poussière comme des bibelots.
Oui à une gouvernance éclairée plutôt qu’à vue. Oui aux projets-pilotes avant d’imposer un changement de cap à grande échelle.
Oui à un filet social tissé plus serré, où l’État et la société civile s’entrelacent et se complètent.
Oui à une décentralisation de fait en éducation et en santé.
Oui à un virage préventif.
Oui à une version québécoise du «miracle du Mississippi» avec l’adoption de cibles de maîtrise claires et sans compromis en lecture.
Oui à plus de sport, de culture et de jeu libre pour nos enfants.
Oui aux équipes nationales.
Oui à une capacité énergétique robuste avec un mix aussi résilient que fiable (bonjour, nucléaire).
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Oui à des normes environnementales dignes d’une nation qui se respecte.
Oui à l’exploitation responsable de nos ressources (hors réserve humaine de la vallée du Saint-Laurent).
Oui à un système d’immigration intègre, prévisible et cohérent.
Oui à un vaste chantier de réfection pour magnifier, lentement, mais sûrement, nos infrastructures qui tombent en ruine. Oui à une priorisation dépolitisée. Oui à des fonds de prévoyance pour éviter le piège de la négligence télégraphiée.
Enfin, oui à une démocratie qui dépasse le vote aux quatre ans avec davantage de petites et de grandes consultations populaires.
Qui sait, prendre goût à décider par nous-mêmes pourrait déboulonner notre peur?











