C’est la violence qu’il faut mettre K.-O., pas les garçons

Photo: Kenny Eliason pour Unsplash.

Vendredi le 20 mars 2026, à 10:50

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C’est la violence qu’il faut mettre K.-O., pas les garçons
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Climat social tendu, violences à l’école, guerre des sexes: face à une spirale inquiétante, l’erreur serait de désigner les garçons comme problème. L’enjeu est plus large: s’attaquer aux causes profondes et rétablir des repères communs.

 

La guerre au Moyen-Orient éclipse tout ces temps-ci. C’est normal. La région s’embrase et le risque d’escalade inquiète.  

 

Hélas, nous sommes bien impuissants face à cette guerre. 

 

Nous avons par ailleurs les moyens de nous occuper d’une guerre plus sourde et insidieuse qui semble vouloir s’imposer ici: une détérioration du climat social qui vire en «guerre des sexes» de bien mauvais augure.    

Violence envers les femmes

 

La violence envers les femmes constitue le point de départ de cette escalade sociale. En tant que mère de quatre filles, il va sans dire que le sujet me préoccupe. Chaque agression rappelle brutalement une réalité qu’il serait plus confortable de nier.

 

Récemment, l’actualité annihile le déni. 

 

L’ampleur des dossiers Epstein expose à quel point l’exploitation des femmes peut s’opérer dans un silence assourdissant. Chez nous, le récit de cette jeune fille traquée, puis poignardée au visage sur le terrain même de son école, glace le sang. 

 

Si la violence de l’acte et l’absurdité du motif sidèrent, le cadre de l’agression ajoute au trouble. 

 

L’école ne devrait pas incarner un champ de mines, mais un lieu d’apprentissage et de socialisation. 

 

L’école, zone de danger?

 

Or, la violence ne se banalise pas seulement sur les réseaux sociaux et dans les arénas, mais dans nos écoles aussi. 

 

La présence policière est devenue monnaie courante aux abords de certaines polyvalentes. Et la violence ne vise bien entendu pas uniquement les filles. 

 

Les faits divers en témoignent, elle n’épargne personne: commerçants, riverains, agents de sécurité, profs et élèves déplorent des agressions, même en maternelle

 

Cette semaine, je me suis surprise à demander à ma fille, qui envisage une carrière en enseignement, si elle ne préférerait pas un métier moins «dangereux».

 

Rien de tout cela n’est normal. 

 

Une étude qui ouvre une brèche

 

Une couche s’est ajoutée à ce portrait sombre avec l’étude commandée par la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). Sa conclusion: l’intolérance serait en forte hausse dans nos écoles. 

 

Certes, plusieurs personnes rappellent que la prudence apparaît de mise lorsqu’on extrapole les résultats d’une enquête qualitative avec un échantillon relativement petit, trié sur le volet. 

 

Cela dit, quiconque côtoie des jeunes constate que, chez eux, comme partout, les épithètes, les insultes et les accès de colère semblent fuser avec plus de facilité qu’auparavant.

 

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En explorant les fondements sociologiques, culturels, idéologiques et religieux de cette montée d’intolérance, le rapport a le mérite d’ouvrir un espace de discussion salutaire que plusieurs commentateurs se sont approprié. 

 

C’est encourageant: briser les tabous, c’est le point de départ pour identifier les racines multifactorielles de cette violence décomplexée.  

 

Malgré la complexité des causes, le rapport tire, en caractères gras, une conclusion dont la simplicité laisse pantois: «la catégorie la plus problématique» est «d’abord et avant tout celle des garçons». 

 

Dialogue, modèles et verticalité

 

Comme dans l’arène d’Hunger Games, tâchons toutefois de nous rappeler qui est le véritable ennemi: la violence, pas les garçons. 

 

D’ailleurs, plusieurs d’entre eux traversent des difficultés importantes: décrochage scolaire plus élevé, isolement social, perte de repères… 

 

Les désigner collectivement en tant que problème risque d’alimenter le ressentiment et l’aliénation plutôt que de résoudre la situation.

 

La question devient donc: comment intervenir efficacement?

 

L’intention de contrer les discours masculinistes avec des vidéos de sensibilisation peut se comprendre, mais les limites d’une telle stratégie doivent néanmoins être appréhendées avec lucidité. Une indéniable fatigue de la sensibilisation se fait sentir pour tous. 


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Et elle appert d’autant plus aiguë parmi les adolescents. En outre, avec la déconstruction des normes et la faiblesse patente de la verticalité, le risque que les ados passent de «rebelles sans cause» à «rebelles contre la cause» n’est pas anodin. 

 

Dans ce contexte, l’urgence est triple: créer des espaces de discussion non moralisateurs (le cours CCQ, par exemple), offrir des modèles positifs de masculinité et de féminité capables de coexister sans hostilité (incarnés et dans la culture populaire), et, enfin, restaurer une certaine autorité dans nos institutions. 

 

La tolérance élastique face à la violence doit cesser, car quand des élèves ressentent «une boule dans l’estomac» à l’idée d’aller à l’école et que leurs plaintes restent lettre morte, c’est un constat d’échec collectif.

 

Une stratégie pragmatique… et romantique

 

D’ici à ce que nos actions portent fruit, le pragmatisme dicte d’entendre le vibrant plaidoyer d’une citoyenne qui évoquait, dans sa lettre ouverte, l’importance que chacun sache se défendre avec autre chose que la peur et l’évitement.  

 

Cela dit, la solution ne peut pas se limiter à opposer la force à la force.

 

Le pragmatisme devra inéluctablement se doubler d’humanisme et de romantisme s’il souhaite triompher de la haine. 

 

Une célèbre étude longitudinale de Harvard a démontré que la qualité des relations sociales constitue l’un des facteurs les plus déterminants de la santé et du bien-être tout au long de la vie. 

 

Or, c’est précisément ce tissu relationnel qui semble se fragiliser chez une partie de la jeunesse qui socialise moins, se replie davantage dans les interactions numériques et aborde les relations amoureuses avec méfiance.

 

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L’amour au temps des réseaux sociaux décourage parfois. Certains craignent «d’attraper des sentiments» comme si l’amour était le choléra, alors qu’il représente le remède à plusieurs maux contemporains. 

 

N’en déplaise aux influenceurs misogynes ou aux chroniqueuses qui jettent de l’huile sur le feu de la misandrie, l’amour n’est pas une faiblesse. C’est peut-être même notre plus grande force.