Patrick Lagacé érige ses contradictions en leçons de morale. Derrière ses attaques contre le trumpisme, c’est tout le journalisme subventionné qui révèle son double standard et son goût du spectacle.
Le journalisme québécois est rendu insupportable. Si les trop nombreux commentateurs de nos feuilles de chou se surpassent de jour en jour, la chronique de Patrick Lagacé publiée dans La Presse du 19 septembre a été la goutte de trop.
Les attaques de Lagacé contre le trumpisme, dépourvues de toute originalité, montrent tous les signes du conformisme intellectuel et de la facilité.
Bien sûr que Trump et ses partisans ont leurs contradictions et leurs défaillances. Mais qu’une personne comme Patrick Lagacé les accuse d’inverser la vérité et de frayer avec l’idéologie nazie est d’une mauvaise foi qui frôle l’obscénité.
La vérité inversée
Les nazis, l’extrême droite et les partisans de la théocratie, ce sont bien ceux qui défendent sans ménagement les principes de la Constitution des États-Unis? Ce sont bien ceux qui font des vigiles et des prières après l’assassinat politique de l’un des leurs?
La figure de l’extrême droite Charlie Kirk est bien celle dont la femme a dit qu’elle pardonnait à son assassin car elle croit que c’est par l’amour qu’on peut combattre la violence?
La violence à sens unique
C’est la mouvance trumpiste ou les soi-disant progressistes bien-pensants qui cautionnaient la casse au lendemain du décès du criminel multirécidiviste George Floyd?
On n’avait alors pas entendu Lagacé et compagnie monter sur leurs grands chevaux pour dénoncer la violence de la gauche et la récupération politique du meurtre. Non! C’était «le combat pour la justice et l’égalité»!
Pointer constamment du doigt ladite extrême droite comme la source de la violence politique et de la menace envers la démocratie, voilà qui est tronquer la vérité, voilà qui est inverser le réel.
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Peut-être que Patrick Lagacé a aussi besoin qu’on lui rafraîchisse la mémoire, car il y a de cela à peine quelques années, il appelait au licenciement des personnes non vaccinées. Il appelait même la police à intercepter des voitures sur l’autoroute pour vérifier le passeport vaccinal des conducteurs.
Il voulait refuser l’entrée à l’épicerie à ceux qui avaient refusé de prendre un vaccin qu’on sait aujourd’hui qu’il n’était ni sûr, ni efficace (eh oui, là aussi la désinformation des médias alternatifs et les complotistes étaient dans le vrai).
Leçons de morale sélectives
Lagacé accuse aujourd’hui Charlie Kirk d’avoir tenu des propos choquants et provocateurs relativement au racisme, au sexisme et à l’homophobie. Quiconque a écouté humblement les interventions de Charlie Kirk n’affirmerait pas de telles sornettes. Être en désaccord avec les idées d’un autre peut choquer, évidemment.
Ça ne fait pas de lui un être «horrible», comme on l’a entendu dimanche dernier à l’émission Tout le monde en parle.
Les médias conventionnels se meurent, ne troublons pas leur agonie.
Surtout que, pendant ce temps, on se souvient tous des petites douceurs que nous servait quotidiennement et avec acharnement notre chevalier sermonneur: covidiots, édentés, négationnistes (un autre point Godwin pour Patrick).
Si j’étais Patrick Lagacé, je me garderais une petite gêne lorsque vient le temps de donner des leçons de morale sur la radicalisation et l’autoritarisme.
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Ça ne s’arrête pas là. Il accuse le trumpisme de défendre la liberté d’expression juste quand ça lui chante. Selon lui, «quand les trumpistes se posaient en champions de la liberté de parole, ils parlaient d’abord et avant tout de la leur, au mépris de la parole qui la contredit».
Tiens donc! Non seulement Lagacé ne s’est jamais levé contre la censure des professionnels et des scientifiques lors de l’épisode pandémique, il a lui-même fait un signalement pour dénoncer un professionnel qui critiquait les mesures sanitaires et qui argumentait avec lui sur la place publique.
On voit jusqu’où certains sont prêts à aller dans la malhonnêteté pour sauver les apparences et se donner l’air d’appartenir au camp du bien et du dialogue.
Faillite intellectuelle
Lagacé pousse son pédantisme à l’extrême en se prenant pour un lettré qui serait en position de nous enseigner la pensée de George Orwell. Il nous propose une réflexion aussi imbuvable qu’insipide à propos de l’inversion des valeurs dans notre société, à propos du mensonge qui serait désormais confondu avec la vérité.
Lagacé a raison: nous sommes bel et bien dans ce monde, mais un monde qu’il contribue à façonner lui-même en tant qu’acteur majeur du massacre de la vérité au profit d’une propagande idéologique et d’un indécent journalisme-spectacle.
L’appel à la pensée unique, les faux-semblants et le double standard éthique que l’on retrouve dans nos médias traditionnels, voilà ce qui rappelle l’œuvre d’Orwell.
La fabrique des imposteurs
Le professeur émérite de psychologie Roland Gori décrit très bien comment nos sociétés sont des fabriques d’imposteurs.
L’imposteur, pour Gori, c’est «celui qui fait prévaloir la forme sur le fond, qui valorise les moyens plutôt que les fins; qui se fie à l’apparence et à la réputation plutôt qu’au travail et à la probité; qui préfère l’audience au mérite; qui opte pour le pragmatisme avantageux plutôt que pour le courage de la vérité; qui choisit l’opportunisme de l’opinion plutôt que l’émancipation par la pensée critique».
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«L’imposteur est un authentique martyr de notre environnement social, maître de l’opinion, éponge vivante des valeurs de son temps et fétichistes des modes et des formes». Proche parent du conformiste, l’imposteur vit au crédit de l’autre et il triomphe par son «expertise mensongère et l’hypocrisie de ses bons sentiments».
Tirée de La fabrique des imposteurs, cette description de Gori ne pourrait mieux rendre compte de l’enrobage intellectuel tape-à-l’œil et sans substance que nous servent chaque jour les chroniqueurs d’opinion surpayés et subventionnés par l’État.
Je me console en me rappelant du mot d’Ernest Renan. Si on entend les plaintes de plus en plus aiguës de nos tartufes de l’information, c’est que leur ascendant tire à sa fin.
Laissons-les donc parler. Les médias conventionnels se meurent, ne troublons pas leur agonie.













