Pris en étau entre le régime autoritaire de Maduro et la politique migratoire de Trump, des milliers de Vénézuéliens ayant fui l’effondrement économique de leur pays sont expulsés et détenus arbitrairement.
Depuis son retour à la présidence en janvier 2025, Donald Trump a intensifié sa politique migratoire, ciblant particulièrement les ressortissants vénézuéliens.
Selon les données officielles présentées par la revue Proceso, plus de 4000 Vénézuéliens ont été expulsés vers leur pays d’origine au cours des derniers mois, tandis que plusieurs centaines ont été transférés vers des centres de détention dans des pays tiers, comme le Salvador, ou vers la base militaire américaine de Guantánamo.
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Les expulsions s’appuient sur la Loi sur les ennemis étrangers de 1798, un dispositif rarement utilisé, permettant d’expulser des non-citoyens jugés potentiellement dangereux, sans procédure judiciaire classique.
Toutefois, selon plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Human Rights Watch (HRW), cette politique soulève de graves inquiétudes.
Juanita Goebertus, directrice pour les Amériques à HRW, estime que cette approche est «auprêmement violatrice des droits humains à toutes les étapes du processus», et qu’elle vise en particulier les Vénézuéliens, dont les cas sont qualifiés de «dramatiques».
Des allégations contestées
L’administration Trump justifie ces mesures par la volonté de lutter contre le gang criminel Tren de Aragua, originaire du Venezuela et désormais classé comme organisation terroriste par Washington.
Des migrants vénézuéliens auraient été associés à ce groupe, ce qui expliquerait leur placement en détention dans des établissements de haute sécurité, comme le Centre de Confinement du Terrorisme (CECOT) au Salvador.

Dans le secteur d'El Valle à Caracas, le 29 mars 2025, des gens passent devant un artiste qui peint une fresque murale avec des portraits de migrants vénézuéliens détenus dans la prison de sécurité maximale du Salvador après avoir été expulsés des États-Unis. Photo: Juan BARRETO pour l’AFP.
Cependant, plusieurs ONG, dont l’Observatoire de la diaspora vénézuélienne (ODV), contestent cette généralisation. Selon leurs vérifications, seuls 2% des migrants concernés par ces expulsions ont un casier judiciaire.
Tomás Páez Bravo, président de l’ODV, évoque une «stigmatisation excessive » et une «absence de garanties procédurales».
Une protection diplomatique limitée
La situation des migrants est d’autant plus complexe que leur pays d’origine est lui-même plongé dans une crise institutionnelle. Le président Nicolás Maduro, dont la légitimité est contestée par une partie de la communauté internationale, ne dispose pas d’une réelle autorité pour les défendre.
Quant au président reconnu par Washington, Edmundo González, il a jusqu’ici adopté une position prudente face aux expulsions, se contentant de déclarations générales sur la nécessité du respect du droit.
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Des initiatives judiciaires ont toutefois permis de freiner partiellement les expulsions. Trois juges fédéraux ont récemment bloqué l’application de la loi de 1798 à plusieurs cas de migrants, décision confirmée par la Cour suprême des États-Unis.
En parallèle, la haute juridiction a cependant autorisé la révocation du statut de protection temporaire (TPS) pour environ 350 000 Vénézuéliens, exposant ces derniers à une possible expulsion.
Une situation humanitaire préoccupante
Pour les migrants refoulés, les perspectives d’avenir restent limitées.
La majorité des migrants vénézuéliens expulsés ont fui un pays plongé dans un effondrement économique prolongé. Depuis 2013, le Venezuela a perdu près de 70% de son PIB, et l’inflation devrait dépasser 180% en 2025.
Le taux de pauvreté atteint 86%, tandis que le salaire minimum, gelé depuis 2022, équivaut à environ un dollar par mois. Dans ce contexte, le retour forcé de milliers d’exilés apparaît difficilement soutenable, tant sur le plan humanitaire que logistique.
Les migrants comme «monnaie d’échange»
HRW souligne également que certains migrants sont désormais détenus dans des conditions difficiles, notamment dans les prisons salvadoriennes, où l’organisation rapporte des cas de mauvais traitements, de torture et de décès.
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Dans ce contexte, plusieurs observateurs craignent que les migrants soient utilisés comme «monnaie d’échange» entre gouvernements, notamment entre le Venezuela, les États-Unis et le Salvador.
Alors que les flux migratoires en provenance du Venezuela se redirigent de plus en plus vers d'autres pays d’Amérique latine et vers l’Europe, une solution durable pour ces exilés reste incertaine.











