Kamloops: la plus grande mystification de l’histoire canadienne?

La chef Rosanne Casimir de la Première Nation Tk’emlups te Secwepemc est photographiée après avoir relaté son histoire à des journalistes sur le site de l’ancien pensionnat de Kamloops, le 4 juin 2021. Photo: Cole BURSTON pour l’AFP.

Mardi le 27 mai 2025, à 08:00

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Kamloops: la plus grande mystification de l’histoire canadienne?
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Le 27 mai 2021, la cheffe Rosanne Casimir annonçait la découverte d’une «fosse commune» de 215 enfants autochtones à Kamloops. Quatre ans plus tard, aucune preuve n’a été présentée au public. La plus grande des fake news de l’histoire canadienne?


L’auteur est historien et professeur retraité de l’Université de Montréal.

 

Il y a quatre ans, le 27 mai 2021, la cheffe du Conseil de bande de Kamloops en Colombie-Britannique, Rosanne Casimir, rapporte qu’on a trouvé les «restes humains» de 215 enfants dans l’ancien verger du pensionnat catholique de la réserve autochtone de Kamloops. 

 

De sa fondation en 1890 jusqu’en 1969, la direction du pensionnat est assurée par les pères oblats de Marie-Immaculée et l’enseignement par les Sœurs de Sainte-Anne de Montréal. 

 

L’établissement fait partie des 130 pensionnats mis sur pied et financés par le gouvernement canadien pour assurer l’éducation des enfants issus de communautés autochtones éloignées.

 

Il est le plus important pensionnat au Canada avec près de 500 élèves dans les années 1960. 

 

«Intention génocidaire»

 

La cheffe Casimir annonce que ces dépouilles font partie des enfants disparus du pensionnat et explique que le site des sépultures était connu depuis longtemps par la communauté. 

 

Elle fait adopter le 6 juillet une résolution à l’Assemblée des Premières Nations selon laquelle on a découvert une «fosse commune» qui reflète une «intention génocidaire» à l’égard des peuples autochtones. 

 

 

L'historien Jacques Rouillard à l'été 2024. Photo: Francis Denis pour Libre Média.

 

 

L’idée de fosse commune provient du titre New York Times au lendemain du communiqué du Conseil de bande le 27 mai 2021. De nombreux médias au Canada et dans plusieurs pays vont reprendre la nouvelle de la découverte des restes de 215 enfants. 

 

Cependant, l’anthropologue responsable des fouilles, Sarah Beaulieu, fait preuve de plus de prudence lors de la conférence de presse organisée le 15 juillet par le Conseil de bande. 

 

Elle raconte que sa recherche a détecté 200 «sépultures probables» qui nécessitent cependant des excavations pour être confirmées. Elle est consciente que le radar pénétrant qu’elle a utilisé ne repère que des anomalies de sol, pas nécessairement des restes humains. 

 

Le communiqué de presse du Conseil de bande reprend l’idée que des fouilles sont nécessaires pour obtenir des résultats définitifs. 

 

Le pape François est lui-même venu au Canada

 

En 2021, la nouvelle génère une commotion au Canada alors que des marches de protestation ont lieu dans plusieurs villes canadiennes pour dénoncer le «crime» de Kamloops. 

 

Trois jours après la «découverte», le premier ministre Justin Trudeau évoque aussitôt «un chapitre sombre et honteux» de l’histoire du Canada» et se dit «profondément déçu» par l'Église catholique et le Souverain Pontife qui n'ont pas reconnu leur «culpabilité». 

 

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On peut se demander pourquoi la Gendarmerie royale du Canada (GRC) n’est pas intervenue pour enquêter et porter des accusations pour un crime aussi grave. 

 

À vrai dire, des policiers de la GRC de Kamloops ont effectivement commencé à enquêter en mai 2021 dès l’annonce de la «découverte». 

 

Ils ont rencontré l’anthropologue Beaulieu et le Conseil de bande. Mais il est probable que le ministre responsable de la GRC à Ottawa a rapidement mis fin à l’enquête à la suite de la requête du ministre Marc Miller. 

 

On exige maintenant d'obtenir l’aval du Conseil de bande pour poursuivre l’investigation afin de respecter la culture autochtone. On attend encore cette approbation, même si le Conseil a obtenu une subvention de près de huit millions de dollars en 2021 pour poursuivre la recherche. 

 

On oublie toujours que cette politique laisse planer l’accusation implicite que ces crimes ont été commis par la direction oblate du pensionnat assistée des Sœurs de Sainte-Anne. 

 

Les accusations sont d’autant plus invraisemblables que les chroniques des religieuses que j’ai consultées indiquent que le personnel enseignant comptait deux autochtones dans les années cinquante et trois dans les années 1960. Auraient-ils aussi comploté pour faire disparaitre des enfants de leur propre communauté?

 

Les prétendues révélations ont des conséquences très importantes non seulement pour la réputation du Canada, mais à plusieurs autres points de vue. Elles ont provoqué un niveau de colère rarement vu au Canada. 

 

Ainsi, à ce jour, près de 100 églises, surtout catholiques, ont été incendiées, vandalisées ou profanées. En juillet 2021, le premier ministre Trudeau trouve ces actes de vandalisme «inacceptables et injustes», mais il ajoute qu’ils sont «tout à fait compréhensibles, compte tenu de l'histoire honteuse» des pensionnats. 

 

Quant aux églises catholiques et protestantes et aux communautés religieuses, elles se confondent en excuses. En juillet 2021, le pape François souscrit à la thèse de «la découverte choquante des restes de 215 enfants» et promet de venir au Canada.

 

Il vient effectivement en juillet 2022 présenter ses excuses pour le rôle de l’Église catholique dans les pensionnats. 

 

Plus encore, les députés de la Chambre des communes donnent leur consentement en octobre 2022 à une motion de Leah Gazan demandant au gouvernement fédéral de reconnaître que les élèves des pensionnats ont été victimes d’un génocide. 

    

La prétendue découverte de corps à Kamloops a fait aussitôt boule de neige dans d’autres communautés autochtones partout au Canada à proximité de pensionnats pour trouver des sépultures. 

 

Cette forme de fausse nouvelle repose sur des témoignages de personnes âgées et de recherches entreprises grâce au radar pénétrant. Il y a approximativement une trentaine d’endroits où on a fait des recherches par radar. 

 

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La politique suivie par le gouvernement est toujours d’obtenir l’approbation du Conseil de bande avant de procéder à une investigation. 

 

Les victimes deviennent responsables des enquêtes sur les accusés. Un seul Conseil, celui de Pine Creek au Manitoba, a embauché des archéologues pour effectuer des excavations. 

 

On a préféré effectuer les recherches dans le sous-sol de l’église catholique près du pensionnat, estimant que ce lieu était plus susceptible de contenir des restes humains. On n’a rien trouvé.

 

 

L'ancien pensionnat autochtone de Kamloops photographié le 1er septembre 2021. Photo: Cole BURSTON pour l’AFP.

 

 

La députée Leah Gazan présente son projet de loi en septembre 2024 pour criminaliser le «négationnisme en matière des pensionnats», soit les personnes «encourageant la haine contre les peuples autochtones en tolérant, justifiant ou minimisant l’impact historique et durable des pensionnats». 

 

Une telle loi «contribuerait à mettre fin aux préjudices causés aux survivants, à leurs familles et à leurs communautés». Un coup de pouce a été donné par le ministre Marc Miller responsable des Relations Couronne-Autochtones en juin 2023. 

 

Il était disposé à examiner toute proposition de loi parce que «le négationnisme des pensionnats tente de cacher les horreurs qui ont eu lieu dans ces établissements» et «cherche à priver les survivants et leurs familles de la vérité». 

 

En fait, on veut faire taire tout débat qui ne correspond pas aux accusations des chefs et activistes autochtones. Je risque d’être poursuivi pour avoir mis en doute les allégations de meurtres d’enfants au pensionnat de Kamloops. 

 

La cheffe Casimir fait marche arrière

 

Et voilà que les critiques sur l’absence de fouilles à Kamloops déterminent la cheffe Casimir, le 27 mai 2024, à revoir sa version des événements à l’occasion du troisième anniversaire de la «découverte» de Kamloops. 

 

Dans son communiqué, elle ne fait plus référence à la «confirmation des restes de 215 enfants». Elle évoque uniquement la présence de «sépultures non marquées» et oublie complètement la notion de fosse commune. 

 

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La cheffe Casimir va même jusqu’à inviter les autres nations autochtones qui sont à la recherche d’enfants disparus de «s’exprimer et de s’organiser afin de réfuter les préjudices réels causés par les négationnistes». Elle ajoute que «la vérité sur les réalités des pensionnats et des enfants disparus doit être défendue». De quelle vérité s’agit-il? 

 

Le pape ne serait jamais venu au Canada pour des sépultures non marquées. Rappelons que l’anthropologue Beaulieu avait précisé que des excavations étaient nécessaires pour que les sépultures probables soient confirmées. 

 

À mon avis, il n’y aura jamais d’excavation car le Conseil de bande craint qu’on ne trouve aucun reste humain. Les Canadiens ont été trompés par le Conseil de bande grâce à la complaisance des médias et du gouvernement fédéral.